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  • Alain Lecomte
    Membre de l'Organisation Internationale des Experts - ORDINEX

juillet 2009

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Force et culte des images

Force_concentration400

Ayant à l'esprit le billet sur les représentations du divin, le tableau de Victor Brauner, et son titre, m'ont interpellée.
Je ne connais pas l'histoire de ce tableau, ni les interprétations officielles.
Il est évident qu'elle renvoie à l'image du Dieu A'a.

Aanew260

Ce dernier est présenté par Afred Gell dans son livre Art and agency dans le chapitre «The distributed Person», et traduit dans sa version française comme « La personne disséminée ».
La sculpture de Rurutu, avec ses mini-répliques collées sur son corps, apparaît comme un objet fractal ; la partie étant le tout.
Le divin se distribue comme on le faisait avec les to'o de Tahiti ; les plumes rouges imprégnées de mana « chargeaient » ainsi les divinités mineures lors de cérémonies spécifiques.
Description passionnante dans Les dépouilles des dieux (Alain Babadzan, 1993, Paris : Maison des Sciences de l’Homme).

Que dire alors du tableau de Brauner ? Concentration ? Totalitarisme d'un individu qui s'accapare les autres? Agglutination des foules ?... ou image démultipliée de lui-même ?


Photo 1 : Victor Brauner, Force de concentration de M.K, 1934. © MNAM.
Photo 2 : A'a, The British Museum.

Sommaire de Juin 2009

Sommaire de Juin 2009


01 Juin : ASSOCIATION DETOURS DES MONDES
05 Juin : J’ai oublié de rêver…
09 Juin : L’art des parures – Peuples de l’Omo.
13 Juin : Les Nyangatom et les Dasanetch du Sud éthiopien
16 Juin : Se méfier des apparences
20 Juin : Regard Parole Visage
24 Juin : La fabrique des images
28 Juin : Malagan ou "faire une image"


Malagan ou "faire une image"

Malagan_aust300

Les sculptures malagan qui apparaissent lors des cérémonies des secondes funérailles au Nord de la Nouvelle - Irlande sont des accumulations, des images données à voir comme substitut du défunt.
La photographie ci-dessus ne constitue qu'un détail d'un extraordinaire enchevêtrement de figures anthropomorphes de près de 4m de hauteur. On y distingue une tête d'oiseau au sommet.

Malagan_berlin264Chaque clan est propriétaire de motifs qui constituent la sculpture.
Pour être « efficace », la structure doit néanmoins obéir à certaines règles afin de restituer l'histoire du groupe.
L'ordonnancement des motifs est ce qui importe.
Ces images sont liées aux histoires ancestrales et aux territoires.
Avec ces signes, on reçoit accès à des terres. Elaborée une seule fois avant d'être détruite, la « fabrique d'images » fonctionne pour être mémorisée et pour distribuer.
La cérémonie malagan scelle donc le passage à la génération suivante et notamment le passage des terres.
Les images sont intimement liées aux échanges, aux paiements en cochons qui vont permettre le transfert des droits sur le malagan.
L'image est donc ici plus qu'une simple oeuvre esthétique : elle est chargée d'émotions face à la présence des ancêtres, mais surtout, elle est « investie » de relations sociales fortes puisque tout se joue lors de cette « représentation de la mémoire » pour la revendication des droits et des pouvoirs.

Photos in Nouvelle-Irlande, Arts du Pacifique Sud, 2007, dir. M. Gunn& P. Peltier, Ed. 5 Continents, Musée du Quai Branly.
Photo 1 : Australian Museum, Sydney.
Photo 2 : Ethnologisches Museum, Berlin.

La Fabrique des images

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La troisième grande exposition d’anthropologie du musée du Quai Branly qui se tiendra au début de l'année 2010 a choisi un sujet passionnant.
Il faut remarquer que le commissaire de l'exposition n'est autre que Philippe Descola.

On pourra, à cet effet, lire l'article publié suite à sa conférence prononcée à l’Université Laval en 2006 : La fabrique des images.
Les séquences de l'exposition s'inspireront des quatre modes d'identification que Philippe Descola y développe : l'animisme, le naturalisme (où l'humain se différencie du non-humains par son esprit), le totémisme (avec des exemples tirés des sociétés aborigènes d'Australie) et l'analogisme (existence de réseaux de correspondance entre les existants).

72.1991.0.58_400

Photos: Musée du Quai Branly.
Photo 1 : Masque Yup'ik d'Alaska.
Photo 2 : Rêve de deux hommes, Paddy Jupurrurla Nelson, Yuendumu.

Regard Visage Parole

Mexique260

«...le visage humain n'a pas encore trouvé sa face et... c'est au peintre de la lui donner. Mais ce qui veut dire que la face humaine, telle qu'elle est, se cherche encore avec deux yeux, un nez, une bouche et les deux cavités auriculaires qui répondent aux trous des orbites comme les quatre ouvertures du caveau de la prochaine mort.»
(in Artaud A., 1947, Le visage humain, Ed. Locus Solus).

Bacon400

Comment apparaît l'humain ?
Francis Bacon à la Tate.

Photo 1 : Masque pendentif, Mexique, Culture Mezcala, 300-100 av. J.C, Collection Barbier-Mueller, © Studio Ferrazzini-Bouchet.
Photo 2 : Study for Portrait II (after the Life Mask of William Blake), 1955, © Estate of Francis Bacon, page Tate on line.


Se méfier des apparences

Une exposition intéressante qu' Une image peut en cacher une autre, actuellement au Grand Palais.

Un jeu sur l'ambiguïté, le trompe-l'oeil, les anamorphoses.
Les oeuvres de Dali sont bien sûr à l'honneur, celles d'Arcimboldo, mais aussi de Magritte, Escher, Brancusi, Raetz...
La présentation n'est plus à faire, on a déjà beaucoup parlé de cette exposition.

Magritte260

Pour en revenir aux arts d'Afrique, un rapprochement m'a interpellé.
C'est celui du viol de Magritte et d'un masque de ventre Makonde.
Entre eux, se joue Self-portrait (Torso, front) de John Coplans.
Trois images où différentes formes de violence s'expriment, transpirent.

Dapper260

Le masque de ventre est porté par les hommes, intimidant les jeunes filles.
Ces trois images rappellent que l'homme est celui qui a le pouvoir, la force.
Alors, c'est lui qui s'expose.
Mais par-delà sa monstration, ce qui lui échappera toujours, c'est bien le pouvoir de l'enfantement.
L'on songe alors aux sociétés océaniennes où la « production » des hommes, réalisée par les hommes, tente d'éliminer tout ce qu'il peut y avoir de féminin dans le jeune garçon que l'on doit conduire à l'âge d'homme !
Par les initiations, ils revendiquent ainsi, et obtiennent, le pouvoir d'enfanter.

Torso1984260

Que disent encore ces images où le portrait est devenu corps ?
N'en demeure-t-il pas une appréhension d'un visage volontairement dissimulé, censuré ?

Photo 1 : Le viol, Magritte, 1934.(sur site)
Photo 2 : Masque de ventre Makonde, Musée Dapper.
Photo 3 : Torso front, John Coplans, 1984. (sur site Tate on line)