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CC

La statuaire d'Afrique du Sud

Branly_statue1_160Bien que peu présente, la statuaire n'est pourtant pas absente des arts d'Afrique du Sud.
En sont notamment les témoins, ces familles de statuettes attribuées aux Tsonga et devant appartenir à des écoles initiatiques. Plusieurs musées européens acquirent des couples de figurines de ce type à la fin du XIXème siècle en provenance du sud Mozambique et du Transvaal; région où les Tsonga côtoyaient les Venda
Branly_statue2_160et les Sotho.
Il semble que ces statuettes servaient de support didactique à l'enseignement de valeurs morales. Néanmoins, l'on pense que très tôt (fin XIXème), elles ont pu être réalisées dans le seul but de répondre à une demande européenne.
Outre ces figurines, n'oublions pas qu'il existe dans les arts d'Afrique du Sud de nombreuses cannes, des bâtons d'autorité
Autorite_tsonga_160

dont le pommeau est finement sculpté en forme de tête.
La sculpture anthropomorphe est présente, très travaillée, bien qu'elle ne soit pas indépendante de son support.

Photos 1 et 2 : Musée du Quai Branly.
Photo 3 : Collection Conru © Heini Schneebeli.

Poupées d'Afrique du Sud

Doll_nwana_303_300
On pourrait multiplier presque à l'infini les exemples de poupées en Afrique du Sud.
Cette première poupée est Tsonga, réalisée à partir d'un pot de peinture recouvert de perles et habillé de plusieurs couches de jupons.
Ndebele_umdwana_303
Utilisées pendant les cérémonies de mariage, les poupées devaient ainsi porter chance à la mariée afin d'avoir des enfants. Ci-contre une poupée traditionnelle Ndebele avec un empilement d'anneaux végétaux perlés sur une base conique.
Les poupées Zulu sont, elles, le plus souvent cylindriques, réalisées en bois, fibres, perles...
Sotho_204_conruElles pouvaient être utilisées par les guérisseurs pour leur médecine; mais aussi tout simplement dans le cadre de jeux, de relations amoureuses. Maintenant les poupées sont essentiellement réalisées pour le tourisme.
Ci-contre une poupée Sotho.

Photo 1 : Johannesburg, University of the Witwatersrand Art Galleries.
Photo 2 : Le Cap, South African Museum © Herschel Mair.
Photo 3 : Collection Conru © Heini Schneebeli.

Tabliers Ndebele

Tablier_lipotho_160Le costume perlé était un élément très important du rang social de la femme Ndebele. Si le tablier de jeune fille, l'isiphephetu, est composé d'une simple bande perlée; le lipotho porté par la femme mariée est déjà plus complexe avec ses deux languettes séparées par une rangée de franges. Sur ce
Tablier_ceremoniel_160tablier, des motifs géométriques composés de perles blanches représentent des batons de danse, des croix.
L'Ijogolo, tablier porté par les femmes mariées lors de cérémonies, se distingue par les cinq panneaux lobés, représentant la mère entourée
Mariage_160de ses enfants.
Les motifs sont en rapport avec la maison; ici l'on peut songer à un plan.
Pour ce dernier tablier à décor moderne des années 80, un support de peau très ancien a été réemployé.
Le dessin de la maison est devenu complexe.
Cette utilisation des perles, autrefois réservées à l'élite, se modifia au cours du XIXème siècle et devint un phénomène lié à la mode vestimentaire en relation avec les initiations des jeunes filles.
Ndebele_dollDans les années 60-70, les Ndebele remplacèrent ces tabliers par les plastici, tabliers en plastiques dont les bandes étaient travaillées comme les Ijogolo traditionnels. Mais il semble que ceux-ci n'eurent pas beaucoup de succcès pour être vendus auprès des touristes. Par contre, les poupées Ndebele eurent toujours du succès. À côté de poupées plus traditionnelles aux formes coniques ceintes d'anneaux de perles, de véritables figurines féminines virent le jour, vêtues de tabliers miniatures et ornées de parures.

Photos 1, 2, 3 : Musée du Quai Branly.
Photo 4 : © Denis J. Nervig

Les Ndebele d'Afrique du Sud

Ndebele_300
Les Ndebele se sont installés dans une région du Transvaal depuis le début du XVIIème siècle.
À leur tête, un chef pacifique, Muzi, qui occupa une région déjà peuplée par les Sotho-Tswana mais dont la cohabitation s'effectua tranquillement. À sa mort et à la suite de dispute entre ses deux fils Manala et Ndundza, les Ndebele se scindèrent en deux.
Au XIXème siècle, ces populations subirent un temps la domination de Mzilikazi qui organisa le royaume Ndebele du Zimbabwe (le royaume Matebele). Vers 1840, l'expansion des fermiers Boers empièta sur les territoires des Ndebele sud-africains; puis en 1877, lorsque les Britanniques annexèrent le Transvaal et défirent le peuple Pedi, ils détruisirent du même coup la capitale Ndebele.
UmuziMais, dès le début du XXème siècle, les écoles initiatiques renaquirent, et chez les Ndebele du Sud Transvaal, le souci de perpétuer les traditions, de maintenir les coutumes, prévalut. C'était l'époque où le gouvernement d'Afrique du Sud forçait déjà des millions de Noirs à quitter leur maison afin de les installer dans des réserves (préfigurant les «homelands»). La politique d'apartheid fut mise en place en 1948 par le parti national afrikaner. Les Ndebele du Sud Transvaal vont se répartir dans 5 régions dont celle, désignée comme «foyer national», qui deviendra plus tard le bantustan appelé KwaNdebele.

LamederasoirIl semble que ce soit à partir de cette région que l'art de la peinture murale explosa à la fin des années 40. Art maîtrisé par les femmes, expression d'une résistance, la peinture se développa à l'extérieur des maisons, envahissant la totalité des murs puis les intérieurs. Les femmes Ndebele réalisaient à la main des dessins géométriques, des motifs spéciaux comme celui dit «de lame de rasoir» à l'occasion de la fin de l'initiation masculine car ces peintures accompagnaient pour beaucoup les rites d'initiation que les Ndebele avaient toujours voulu perpétuer.
Ndebele_mural_peintings
Vers le milieu des années 50, les Blancs commencèrent à manifester de l'intérêt pour ces peintures qui devinrent source de revenus pour leurs auteurs; ce furent les prémices d'une diffusion à vocation touristique. De nos jours, l'art de la peinture murale Ndebele est bien en mouvement ; les techniques changent, des symboles liés à la vie moderne pénètrent les motifs... mais aussi des cars entiers de touristes arrivent en pays Ndebele et des décors sont réalisés pour répondre à leur demande...
On pourra lire un article questionnant, qui dépasse le cadre de l'art Ndebele : L’Africain de service, des zoos humains aux biennales d'art contemporain d'Eliane Burnet (paragraphe 3. Pourquoi l'Occident s'invente-t-il son propre art africain? (passage sur l'art Ndebele)).
Rappelons simplement ici le poids et l'importance historiques de ces peintures murales : elles favorisaient la cohésion, contribuait à la reconnaissance sociale de tout un peuple dans le contexte d'apartheid.

Photo 1 : Page du site Wikipédia.
Photos 2 et 3 : © Margaret Courtney Clarke in Ndebele : l'art d'une tribu d'Afrique du Sud, Paris, Ed. Arthaud, 2002.
Photo 4 : Extraite du South African Embassy website.

Arts Sotho

Sotho_bp2Les Sotho forment un peuple unifié depuis les années 1820, date à laquelle des groupes Sotho migrèrent à la suite du roi Moshoeshoe I vers le massif Basuto. Cette région, le Basutoland, devint protectorat britannique en 1868. Prise dans la guerre des Boers au tournant du siècle, elle restera tout de même à part, mais sous contrôle britanique, jusqu'à son indépendance en 1966 sous le nom de Lesotho avec pour roi Moshoeshoe II.
Depuis, le pays, fortement dépendant de l'Afrique du Sud, a traversé de graves crises politiques.
Sotho_bp_160
Dans les arts Sotho, les boîtes à priser figuratives sont particulièrement remarquables. L'utilisation de la corne est fréquente pour réaliser ce genre d'objets et renvoie toujours à l'image du bétail.
Outre le travail de la corne, l'art du perlage est également présent, notamment sur les poupées de fertilité.

Photo 1 : Le Cap, South African Museum .
Photo 2 : Collection privée © Heini Schneebeli.

Boucliers d'Afrique du Sud

Branly_nguni_boucl_160Les populations de langue nguni (dont les Zulu) utilisaient des boucliers de forme ovale en peau de vache :
les ishilunga.
Très reconnaissables par les deux bandes parallèles de coutures permettant de fixer le manche en bois, ces boucliers mesuraient entre 50cm et 1,5 m. À la chute du royaume Zulu, ils furent utilisés dans un autre cadre que celui de la guerre.
Transvaal_guerriersIls apparaissaient lors de cérémonies servant à renforcer l'unité du peuple autour de son roi (essentiellement chez les Swazi).
On trouve également de petits boucliers blancs, presque ronds, du même type, jadis utilisés par les guerriers d'élite. (cf. Boucliers d'Afrique, d'Asie du Sud-Est et d'Océanie du Musée Barbier-Mueller, 1998, Ed. Adam Biro, p.124).

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Gravure : Guerre du Transvaal. Cafres de l'Afrique méridionale © Archives du Musée Dapper.

Arts Zulu

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Importance du bétail, consommation de la bière, du tabac, périodes de guerre... Il n'est nullement étonnant que nous retrouvions dans l'art Zulu des objets appartenant à des catégories déjà rencontrées en Afrique du Sud : Plats à viande, récipients à lait, boîtes à priser, pipes, appui-tête, boucliers...
Zulu_brassard_160Mais avec l'apparition du royaume Zulu et de sa hiérarchie militaire fortement structurée, l'on trouve également des parures de cuivre (tours de cou, brassards), marquant l'importance de la fonction de leur propriétaire.
En outre, les peuples assujettis par Shaka lui devaient tributs parmi lesquels des objets divers : nattes, bâtons sculptés mais aussi des peaux, des plumes... Des cannes et massues ornementées étaient des objets de valeur.
Baton_zulu_160Dans ces circonstances, de nombreux objets ont dû être réalisés par des sculpteurs de populations de l'actuelle région du KwaZulu-Natal. L'on sait notamment que l'emploi de perles était le fait de populations voisines des Zulu.
Par contre, les motifs en pointe (amasumpa) tels ceux que l'on retrouve sur l'appui-tête (Photo1) sont bien identifiés et retrouvés sur de nombreuses oeuvres Zulu (notamment des poteries).

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photos 2 et 3 : Resp. Brassard ou ingxotha, Bâton/boîte à priser, Collection Conru © Heini Schneebeli.

Le royaume Zulu

Troupes_zulu
Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, il n'existait pas de royaume Zulu fort et unifié.
Celui-ci s'est constitué au début du XIXème siècle; de petites entités politiques se seraient d'abord regroupées.
ShakaIl faut attendre 1818; Shaka prend alors la tête d'un important groupe Nguni, organise une armée composée de régiments (impi) qu'il soumet à une discipline rigoureuse. Regroupés par classes d’âge s’étendant sur 7 ans, les garçons entrent dans un camp militaire pour une formation de 3 ans.
Les impi attaquent les populations voisines et les incorporent de force dans le royaume Zulu. Les femmes font également partie de régiments (les Amabuto). L'armée de Shaka comprendra jusqu'à 100 000 combattants (40 000 d'après d'autres sources ??).
Utimuni_shakaLe Mfecane est le nom donné à cette période de troubles qui voit de grands bouleversements s'opérer au sein des populations, de nombreuses migrations dûes à Shaka mais aussi à d'autres peuples belliqueux et aux volontés d'expansion des Blancs....
En 1824, Shaka entre en conflit avec les Britanniques puis meurt en 1828, poignardé, à la suite d'un complot familial.
Son demi-frère et successeur Dingane s’oppose aux Boers. La bataille de la Blood River tourne à l’avantage des Boers en 1838. Ces derniers fondent la République du Natal.
Guerriers_zulu1840 : le roi Mpande successeur de Dingane parvient à «s'entendre» avec les Boers; mais dès 1842, les Britanniques annexent la République du Natal qu’ils proclament colonie de la couronne; ils reconnaissent toutefois à Mpande une certaine souveraineté.
Au milieu du XIXème siècle, les relations diplomatiques avec les Anglais se «dégradent» et en 1879, ceux-ci envahissent le Zululand. D’abord battus à Isandhlwana, ils ripostent et divisent le royaume, provoquant la guerre civile. L'histoire de la nation Zulu ne s'arrête pas là; on pourra lire l'article de Wikipédia par exemple sur le sujet...
Quoiqu'il en soit, Shaka reste un symbole fort pour les Zulu, à la fois tyran et grand guerrier. Imposante figure de pouvoir, Shaka et avec lui le peuple Zulu sont devenus des mythes.
Les historiens s'efforcent de démêler le véritable impact des Zulu sur toute une région d'Afrique du Sud secouée par de grands bouleversements pendant tout le XIXème siècle.

Lithographie de George F., Angas : Umpanda passant ses troupes en revue à Nondueneng - Vers 1840 - Museum Africa, Johannesburg.
Gravure : Shaka - Nathaniel Isaacs, Travels and Adventures: Africa, 1836.
Lithographie de George F., Angas : Utimuni, neveu de Shaka - Vers 1840 - Museum Africa, Johannesburg.
Lithographie de George F., Angas : Guerriers Zulu de l'armée du roi Umpanda - Vers 1840 - Museum Africa, Johannesburg.
Gravure et lithographies ont été extraites du livre Chasseurs et Guerriers, catalogue d'exposition, Paris, 1988, Ed. Dapper.

Pipe d'Afrique du Sud

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« Oh! qu'il est difficile d'être mariée à un ivrogne car je dois moudre pour faire la bière.»

Tel est le sens de l'inscription sur cette pipe dont le petit personnage féminin constitue le fourneau.
Mais comment devons-nous l'entendre ?
Trait d'humour de la part du propriétaire de la pipe ?

Photo : Pipe Thembu - Le Cap, South African Museum © Herschel Mair.

Tabac en Afrique du Sud

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Le tabac a dû être introduit en Afrique Australe par les Portugais dans le courant du XVIème siècle.
Les hommes fument alors que les femmes ont pris l'habitude de priser. De très nombreux objets liés au tabac ont donc été réalisés, telle cette boîte de forme élégante attribuée aux Nguni du Nord.
Cuiller_coif_zuluTrès curieuses sont ces cuillers à priser Zulu qui sont également conçues comme ornement de coiffure ou comme peigne. Réalisées en os, elles rivalisent dans des formes parfois très excentriques. Celle de droite présente un compartiment pour chaque narine !
Le tabac, comme la bière, était perçu comme une «nourriture» digne des Ancêtres.
Leur consommation favorisait probablement un état plus propice à une communion avec le monde des rêves ou de l'au-delà puisque des herbes de type hallucinogène étaient souvent mélangées au tabac.
Sotho_bpriserBière et tabac se partageaient, s'offraient, d'où l'importance des objets liés à ces consommations, leur raffinement et leur place au sein de la vie sociale. Ci-contre, une très belle boîte à priser Sotho travaillée dans une corne claire et translucide, rejoignant l'ensemble conséquent d'objets qui rappellent, entre autres, l'importance du bétail pour ces populations.

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photos 2 et 3 : Collection Conru © Heini Schneebeli.

Arts Swazi

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Un bel appui-tête au bois de couleur clair qui évoque la forme du taureau. Le style Swazi est aisément reconnaissable par l'existence des stries et l'apparence allongée de ses appui-tête. Ceux-ci adoptent généralement une allure zoomorphe.
Pot_branlyTrès particuliers sont ces récipients piriformes dont la surface est noircie et couverte de stries profondes. On ne connaît pas la fonction d'un tel récipient, mais la présence de cuiller auprès d'autres pièces incline à pencher pour une fonction culinaire.
Le peuple Swazi est issu d'une migration de populations bantous de langues sotho et nguni vers le XIème siècle et occupe majoritairement le petit royaume enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique.

Photos : Musée du Quai Banly.

Les arts d'Afrique du Sud

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Les arts d'Afrique du Sud sont peut-être moins connus en France que les arts de l'Afrique centrale et occidentale probablement parce que les Français n'ont pas été présents dans cette région mais aussi, peut-être, parce qu'il n'y ni masque ni statuaire (ou très peu); la production artistique s'exprime le plus souvent au travers de la culture matérielle.
En outre, l'histoire des peuples qui composent ce vaste territoire de l'Afrique est complexe; il est parfois difficile pour l'historien d'art d'attribuer telle ou telle oeuvre à un peuple précis et il semble que l'on revienne actuellement sur de nombreuses identifications.
Poterie_241_tsongaDu point de vue stylistique, l'on peut être frappé par l'importance de la forme géométrique de nombreuses pièces; symétrie, équilibre semblent être des facteurs essentiels. C'est souvent le traitement de la surface de l'objet qui permet une attribution
Zulu_pot_branlyrégionale. Ainsi, le bois peut-il être lisse et poli ou au contraire strié. De ces trois poteries; la première est attribuée au Tsonga à la limite du Mozambique et du Zimbabwe; le décor est bichrome, une poudre grise est appliquée afin d'obtenir cet effet argenté. La seconde a été réalisée par le peuple Zulu; il s'agit d'une poterie Ukhamba servant à conserver la bière. Comme de nombreuses poteries Zulu, son décor est constitué de motifs en relief formant des rectangles ou plus généralement des cercles, des ovales...
Venda_poterieEnfin, cette dernière poterie est attribuée aux Venda, peuple du nord de l'Afrique du Sud et du sud Zimbabwe. Proche des décors des poteries Tsonga, elle sert également à conserver de la bière.
On trouve très souvent dans les collections des oeuvres Nguni.
Cette appellation est très large; il s'agit d'un terme employé par les linguistes. Le groupe de langue nguni regroupe le zulu et le xhosa en Afrique du Sud, le ndébélé zimbabwéen et le swazi.
Poterie_243_basothoAinsi, dans les collections, des objets pourront être attribués aux Nguni du Nord (essentiellement les Zulu et les Swazi) ou aux Nguni du Sud (essentiellement Xhosa, Thembu, Mfengu, Mondomise). Il existe, certes, des traits culturels communs à ces populations mais il faudrait pouvoir attribuer les objets de manière plus précise; ce qui n'est pas toujours le cas.
Outre la poterie, il nous reste à découvrir un corpus conséquent, varié, parfois surprenant, d'oeuvres réalisées par les différents peuples d'Afrique du Sud.

Carte réalisée à partir d'une carte publiée dans Art de l'Afrique du Sud-est, 2002, Ed. 5 Continents.
Photo 1 : Joannesburg Art gallery.
Photo 2 : Musée du Quai Branly.
Photos 3 et 4 : Le Cap, South African Museum © Herschel Mair. La dernière photo que je me permets d'intituler "Vase aux chaussures à l'occidentale" est un vase Sotho.

Les têtes de Lydenburg

Lydenburg_tete1Situé au Nord de l’Afrique du Sud, le site de Lydenburg a révélé de très anciennes terres cuites, modelées au colombin. Datant du VI-VIIème siècle après J.C, elles constitueraient les plus anciennes formes de sculptures connues actuellement en Afrique australe. Celles-ci représentent des têtes, suffisamment larges pour être placées sur un vrai visage. Lydenburg_tete2
Une seconde tête présente un faciès plus animal, des yeux aux formes particulières en oblique. Des motifs à chevrons ornent là encore la base du cou, et d'autres balafrent le visage; sont-ils des représentations de scarifications ? Des trous à la base de ces pièces peuvent laisser penser qu’elles pouvaient être ajustées sur une structure. Ces têtes ont été retrouvées dans un dépôt avec d’autres tessons de terre cuite. On ne connaît pas le contexte de ce dépôt. Photos : University of Cape Town Collection at the South African Museum, Cape Town.

Art rupestre en Afrique du Sud

Procession_drakensberg_300 Les sites d'art rupestre sont nombreux en Afrique australe; nous l'avions déjà évoqué au sujet du Zimbabwe. Les plus connus sont probablement en Namibie : Apollo 11 et ceux que recéle le Brandberg dont la célèbre Dame Blanche. On pourra lire un petit dossier qui reflète une conférence passionnante de Jean-Loïc Le Quellec à laquelle j'ai assisté :
Ce chercheur nous a fait revivre à la manière d'un roman policier avec en toile de fond, la nostalgie d’une Atlantide engloutie, les travaux de l'Abbé Breuil accompagné de Miss Boyle qui a peut-être été à l’origine du mythe d’une antique présence blanche en Afrique !
Quant à l' Afrique du Sud, la majorité des sites se trouvent dans la région du Drakensberg, la montagne du dragon. Cobham_160Il serait très tentant d’avoir des lectures «chamaniques» de ces peintures et gravures. Il faut se méfier cependant de la chronologie puisque celles-ci sont plus ou moins superposées et ne peuvent pas être interprétées comme un tout cohérent. Fulton_160Nous n’entrerons pas dans ces questions pointues. Tel n’est pas le but de ce billet: simplement souligner l'importance des témoignages de cet art dans cette partie de l'Afrique alors que les exemples sahariens sont bien plus célèbres. De nombreuses peintures sont attribuées aux San. Ces derniers voyaient dans l'antilope-éland, un animal doté de pouvoirs surnaturels. La transe du chaman aurait eu pour but d'acquérir cette puissance. Photo 1 : Abri de la procession, Drakensberg © Bernadette Bidaude.
Photos 2 et 3 : Resp. Gxalingenwa 1, Région de Cobham et Roche de Fulton, Région de Giant's Castle © Renaud Ego (son ouvrage : San, Art rupestre d'Afrique australe, Adam Biro, 2000)

La Vénus hottentote

Saartje_baartman_160Suite du billet sur les San et les Khoekhoe.
Représentante de la race hottentote (les Khoekhoe étaient ainsi appelés Hottentots), cette jeune femme fut emmenée en Europe parce que remarquée pour sa stéatopygie et sa macronymphie (fesses et organes génitaux surdimensionnés). Comme d'autres Khoisan, dans ce XIXème siècle des cirques, salles de spectacles ou zoos humains occidentaux, elle y devint élément de curiosité.
L'histoire de la Vénus hottentote a été souvent racontée. On trouvera des articles plus détaillés ici ou . Vie tragique d'une bête de foire qui mourut à 27 ans, dont le corps fut disséqué par Cuvier et dont la dépouille fut, enfin, restituée à l'Afrique du Sud par la France en... 2002 !

Illustration in l'Histoire naturelle des mammifères de Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire (1824).

San, Bushmen, Khoekhoe

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Les premiers chasseurs-cueilleurs à peupler l'Afrique australe furent les San dont les descendants furent plus tard appelés Bushmen (ou Bochimans ou Bosjemen) par les Hollandais qui s'installèrent au niveau du Cap au XVIIème siècle.
Ces premières populations San cohabitaient avec une population d'éleveurs, les Khoekhoe. Ce n'est que dans le premier millénaire de notre ère que des populations Bantoues venues du Nord les rejoignirent.
On trouve, entre autres, comme premiers témoignages des San, des galets peints. Celui qui est représenté ci-dessus fut retrouvé sur l'épaule d'un squelette, ce qui pourrait suggérer l'usage de ces galets peints dans des rites funéraires; ce n'est qu'un hypothèse ! (Ce galet date d'une époque assez récente (probablement 2000 ans), il en existe de plus anciens).
Oeufs_autruche_sanOn attribue à ces premières populations San une grande majorité des peintures et gravures rupestres de l'Afrique australe mais également des oeufs d'autruche décorés. Le dessin était réalisé avec une lame de pierre puis, plus tard, une lame de fer. Seuls, quelques fragments ont été retrouvés et l'on ignore, là encore, la fonction de ces coquilles ornées.
Les San des époques récentes fabriquèrent des oeufs de cette sorte pour le «tourisme». Ainsi, l'une des premières coquilles ornées de ce type à arriver en Europe fut ramenée en 1770 par le naturaliste suédois Sparrman.
Khoekhoe_160Mais l'histoire des peuples San et Khoekhoe ne tourne pas autour d'un oeuf d'autruche; elle devient malheureusement tragique dès lors que Barthélemy Diaz franchit le cap de Bonne-Espérance en 1488, et prouve que le contournement de l'Afrique est possible. Le commerce vers les Indes devient chose réalisable.
Ainsi dès le milieu du XVIIème siècle, Jan van Riebeeck est chargé d'établir pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales la première implantation européenne proche du Cap de Bonne-Espérance. Celle-ci deviendra la colonie du Cap en 1791.
Houzouana_160Mais les relations entre San, Khoekhoe et les Hollandais ne cesseront de s'envenimer.
En effet, le mode de vie sédentaire des colons se heurta très vite aux modes de vie de ces populations. Les San étaient nomades et ne respectaient pas les territoires,
les Khoekhoe pratiquaient la communauté de biens; les uns et les autres furent vite accusés de voleurs, ne comprenant pas la notion de propriété privée ! De plus, la langue khoisan des deux peuples faite de «clics» les firent considérer plus proches des animaux que des hommes puisqu'ils ne semblaient pouvoir émettre qu'une sorte de caquetage.
HottentotsCes populations furent victimes de maladies apportées par les Européens. Puis, de véritables chasses à l'homme furent organisées puisque San et Khoekhoe étaient pratiquement considérés comme du gibier car difficilement «intégrables» comme travailleurs dans les fermes.
La colonie du Cap s'agrandissant, les frontières des territoires San et Khoekhoe reculèrent. Il leur fut impossible de maintenir une vie de pasteurs nomades.
Tous ces facteurs conduisirent à l'extinction de ces peuples. Mais malheureusement dans l'extermination de ces populations, nous n'avions peut-être pas encore atteint le comble de l'abject. Il le fut au travers du cas tristement célèbre de Saartje Baartman... du temps où les Occidentaux se repaissaient des spectacles des zoos humains et de l'exhibition de «spécimens».

Photo 1 : South African Museum, Cape Town.
Photos 2 et 3 : The Trustees of the British Museum, London et Staatliche Museen zu Berlin, Preussischer Kulturbesitz, Museum für Völkerkunde © Heini Schneebeli.
Dessin : Anonyme, fin du XVIIème siècle, Groupe de Khoekhoe, Le Cap, National Library of South Africa.
Gravure : Portrait d'un Houzouana (San) d'après le récit de François Le Vaillant (fin XVIIIème siècle) in Ego R., 2000, San, Paris, Ed. A.Biro.
Estampe : P. Seuin, F.C Vermeulen sc, 2ème moitié du XVIIème siècle, Hottentots habitants du Cap de Bonne-Espérance, Paris, BNF.

Arts du Zimbabwe et d'Afrique du Sud - Bibliographie

Part_archiv_dap_dub_280

Zimbabwe. Témoins de pierre. Passé et Présent, Africa Museum, Tervuren, 1997.
Garlake P.,1973, Great Zimbabwe, Thames and Huston, Londres.
Garlake P., 1982, Great Zimbabwe descripted and explained, Zimbabwe Publishing House, Harare.

Catalogues d'exposition (ess. Afrique du Sud)
African forms - Marc Ginzberg, Milan, Ed. Skira, 2000.
Art and Ambiguity : Perspectives on the Brenthurst Collection of Southern African art - Johannesburg, Ed. Johannesburg Art Gallery, 1991.
Chasseurs et guerriers - Paris, Ed. Dapper, 1998.
Formes et figures : L'art africain dans la collection Horstmann. Textes par Ezio Bassani, Michael Bockemühl, Patrick McNaughton - Milan, Ed. Skira, 2002.
Ubuntu, Arts et culture d'Afrique du Sud - Paris, RMN, 2002.

Arts de l'Afrique du Sud-Est de la collection Conru. Textes Sandra Klopper et Karel Nel, Milan, Ed. 5 Continents, 2002.
Courtney-Clarke M., 2002, Ndebele : l'art d'une tribu d'Afrique du Sud - Paris, Ed. Arthaud.
Magubane P. & Klopper S., 2001, 4 ouvrages : Arts&Crafts - Ceremonies - Dress and Adornment - Homesteads - Srtuik Publishers.
Zaloumis A. & Difford I., 2000, Zulu Tribal Art - Cape Town, Ed. AmaZulu.

Ego Renaud, 2000, San, Art rupestre d'Afrique australe - Paris, Ed. Adam Biro.
Le Quellec J.-L., 2004, Arts rupestres et mythologies en Afrique. Paris, Ed. Flammarion.
Sellier J., 2003, Atlas des peuples d'Afrique - Paris, Ed. La Découverte.

n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : Collection particulière, © Archives Musée Dapper et Hugues Dubois.

Tsonga, Shangaan, Hlengwe...

Couple_mankindParler des arts Tsonga est un exercice difficile car, outre une répartition géographique des peuples au-delà des frontières des états : Zimbabwe, Mozambique et Afrique du Sud; le peuple de langue tsonga recouvre des identités différentes. Il est chargé d'une histoire lourde de nombreuses
Recipient_remedesmigrations, d’échanges, de commerce.
Pour certains, les Tsonga se confondent avec les Shangaan et lorsqu'on désigne les Tsonga à la frontière Mozambique - Zimbabwe, l'on parle plutôt du peuple Hlengwe.
Pour compliquer encore «l'affaire», il faut rappeler qu'il existe un groupe important de langues
Induku_160bantoues parlées dans la partie orientale de l'Afrique australe : le nguni.
Le nguni du Nord regroupe plusieurs langues dont celles parlées par les Zulu, Swasi et Ndebele; le nguni du Sud regroupe principalement les langues parlées par les Xhosa.
Cuiller_160Par extension, le terme Nguni est devenu un terme générique qui englobe pécisément les peuples appartenant à ce groupe linguistique.
Enfin, chez les Shangaan, le nguni devint la langue des hommes et le tsonga resta celle des femmes.
Pour l'historien d'art, c'est donc un véritable casse-tête !
Si telle pièce Tsonga est difficilement attribuable à un pays précis (Zimbabwe, Mozambique, Afrique du Sud), il est aussi difficile de bien distinguer les apports proprement Tsonga sur des objets qui peuvent être tout aussi bien attribués à des peuples voisins.
Tsonga_branly_160D'où, on le remarquera dans de nombreuses collections, des objets à double appellation Tsonga/Venda; Tsonga/Nguni du Nord.... afin de tenir compte de cette complexité et des spécificités régionales lorsque celles-ci ont pu être identifiées.
Les différents exemples exposés ici sont un témoignage de la diversité des objets Tsonga dans leur fonction et leur forme...

Photo 1 : Couple de statuettes Tsonga utilisées dans des sociétés d'initiation - Museum of Mankind, Londres.
Photo 2 : Récipient à remèdes Tsonga - Johannesburg, University of the Witwatersrand Art Galleries.
Photo 3 : Canne Induku Tsonga/Nguni du Nord - Johannesburg Art Gallery © Wayne Oosthuizen.
Photo 4 : Cuiller Tsonga - Zug, Coll. W. & U. Horstmann.
Photo 5 : Appui-tête Tsonga (provenance de Zambie) - Musée du Quai Branly

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