Le soir, lors des nocturnes du musée du quai Branly, il est des endroits magiques qui se retirent de la vie parisienne l'espace d'un instant. L'esprit vagabonde au coeur des veillées du grand Nord, à la lueur de la lampe à huile, feignant d'être encore ivre des litanies du shaman.
Alors, s'offrent à nous des visages interrogateurs, difformes, encore étonnés d'être revenus d'un voyage extatique. Devenu animal dans un autre monde, l'homme garde en ces masques la trace de sa capacité à avoir franchi les limites.
« Une cuillère dans le potlatch »
Clin d'oeil que le titre de l'article du dossier de presse de cette exposition inédite.
En effet, à l'occasion du 50° anniversaire de l’ouverture de la Galerie DODIER, cette dernière présentera une sélection de 36 cuillères réalisées par des populations de la côte Nord-Ouest : les Tlingit, Haïda, Thiamshan, Kwakiult …
Cette exposition, visible au prochain Parcours des Mondes, constituera un prétexte pour appréhender les arts des peuples de la Côte Nord-Ouest, plus précisément la signification et l’utilisation de ces cuillères dans leur contexte traditionnel ; et plus généralement, la notion de potlatch.
« Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni la nature morte, ni le paysage, c’est la
figure. C’est elle qui me permet le mieux d’exprimer le sentiment pour ainsi dire
religieux que je possède de la vie ». H. Matisse
Le livre sur les Esquimaux : Une Fête en Cimmérie, est un essai poétique de Georges Duthuit, illustré en 1947 par Henri Matisse, alors son beau-père. Ce livre devait être le premier d'une série d'ouvrages sur le thème des rituels et de la fête chez certains peuples, tels les Esquimaux, les Indiens, les Polynésiens et les Africains.
Le Cateau-Cambrésis propose une exposition à partir du 7 novembre autour de cet ouvrage, réunissant, de plus, une collection de masques Inuits qui appartenaient à Georges Duthuit et une partie de la collection de masques Esquimaux du musée de Boulogne-sur-Mer, exposés alors à Paris lorsque Matisse illustrait le livre. On pourra lire avec intérêt le dossier de presse de l'exposition.
Pierres sculptées énigmatiques faisant écho à ce que nous avons enfoui en nous de temps immémoriaux.
Lignes épurées et formes géométriques appellent à un inconscient qui semble nous dire que les temps des ancêtres sont à jamais révolus et les dieux enfuis parce que, nous, hommes, n'avons su les retenir par notre geste.
Notre esprit aime osciller entre un lointain passé dans lequel l'homme savait s'approprier les qualités de la nature que la spéciation lui avait fait perdre et un futur visionnaire où les puissances de l'intellect maîtriserait les forces cosmiques.
N'avons-nous pas toujours eu des goûts de démiurge ?
Mais il y a aussi la beauté des figures anthropomorphes ainsi sculptées pour nous faire croire en nos capacités à transcender, à croire que l'oeuvre d'art ouvre vers un « autre chose », un merveilleux où nous avons, de manière fugitive, un accès privilégié.
La Casa del Alabado appartient à ces lieux magiques où les architectes ont soigné atmosphères et ambiances afin de nous donner des clés de compréhension des cosmogonies précolombiennes.
Un monolithe cache l’entrée du parcours, voulant introduire le visiteur dans un univers souterrain, un inframonde où l'homme constitue cependant une potentialité.
Les salles du musée s'éclairent et s'organisent à l'image de l'ordonnancement du cosmos dans lequel cohabitent chamanes et personnages habilités à traverser les différents mondes ainsi évoqués.
L'on croit connaître par coeur les 108 oeuvres qui peuplent le Pavillon des Sessions du Louvre. Pourtant, et cela est vrai partout, l'on remarque ici ou là une petite statue ignorée (même des catalogues), l'on s'étonne toujours ou s'émeut sûrement devant telle ou telle pièce malgré, à mon goût, la rigidité de l'écrin et ces affreuses vitrines qui nous tiennent à distance.
En ce moment, le Pavillon des Sessions est à l'honneur avec l'anniversaire de ses 10 ans.
Photo : Figurine de style de Teotihuacan, VIè-VIIème siècle.
Retour au musée d'Art Précolombien de Santiago après un bref passage à Noël.
Dans la douceur de ce début d'automne chilien, je retrouve cet imposant bâtiment recelant de riches collections. Le musée est peuplé de nombreuses terres cuites parmi lesquelles les figurines anthropomorphes interpellant forcément celui-là même qui méconnait ces arts des cultures des Andes et de la Mésoamérique.
Par leurs formes, leurs expressions, leurs couleurs, les pièces sont toutes uniques et dévoilent autant de savoir-faire que de rites et usages de ces civilisations. Rien de commun entre cet homme de la culture Quimbaya, cette femme souriante de Veracruz (les Sonrientes)
...ou encore les petites figurines que j'affectionne comme les vénus de Valdivia, probables témoins de cultes rendus à des déesses de la fertilité.
Une prochaine exposition à l'abbaye de Daoulas réunira des œuvres inuit et aborigènes, confrontant des communautés aux antipodes, questionnant ainsi des cultures de peuples autochtones. Le communiqué de presse est très bien documenté et illustré, et fournit toutes les explications sur cette exposition qui se tiendra du 11 mai au 29 novembre 2010.
J'ai pensé que c'était aussi l'occasion de rappeler l'existence de ICRA International.
Photos: L’esprit du caribou, Manasie Akpaliapik, Mittimatalik, Bois de caribou, 2001
et Le rêve du paramèle Ewooda, Dave Ross Pwerle, Utopia, Acrylique sur toile, Coll. Musée des Confluences, Lyon
L'être à crocs et sa victime... peut-être une des céramiques des plus touchantes (et pourtant terrible) visibles actuellement au musée du Quai Branly dans le cadre de l'exposition Sexe, mort et sacrifice dans la religion mochica, mais aussi des moins dures et des moins crues.
Ces vases retrouvés en contexte funéraire, ouvraient, semble-t-il, par leur iconographie, un passage vers le monde des morts.
Nullement spécialiste des cultures précolombiennes, je vous invite à lire le communiqué de presse qui tente d'expliquer les liens entre les actes sacrificiels, sexuels et la mort au sein d'une idéologie politique et religieuse Mochica.
C'est encore lors de la visite du Musée National d'Histoire Naturelle de Santiago du Chili que je fus surprise par la vue de ce mannequin.
La notice indiquait la représentation d'un Selk'nam lors d'un rite d'initiation.
Ce peuple vivait en Terre de Feu et fut décimé dans le courant du XXème siècle.
Il semble (d'après les précisions du musée), que sous la direction d'un chamane, se déroulaient différents rites de passage. La cérémonie la plus importante était l'hain, correspondant à un rite d'initiation lorsque les jeunes garçons et filles passaient de l'adolescence à la puberté.
Les futurs initiés étaient appelés « kloketen » et devaient se peindre le corps et le visage de lignes blanches. Ils partaient alors en « expéditions » pour quelques jours, pendant lesquels, leur courage et leur résistance physique étaient mis à l'épreuve.
On leur apprenait à se servir d'un arc, à chasser, à se protéger des tornades de neige... et à connaître l'histoire des ancêtres.
Plus énigmatique, la représentation de l'esprit Keternen près d'un chamane, qui devait probablement intervenir lors de ces cérémonies Hain et permettre aux jeunes de renaître après l'initiation.
Photo 1 : de l'auteur (au MNHN Santiago)
Photos 2 et 3 : Tirées des cartes postales du musée.
Ce sont les grandes têtes de serpent insérées le long du temple de Quetzalcoatl qui nous accueillent, face à une immense maquette de Teotihuacan tentant de nous faire prendre conscience de l'ampleur d'une cité extraordinairement prospère pendant près des 6 premiers siècles de notre ère. Véritable pôle économique qui exerça son influence sur une grande partie du territoire mésoaméricain, Teotihuacan constituait aussi une puissance guerrière redoutable.
J'ai été particulièrement sensible à ces pièces telle cette petite figurine réalisée avec des dizaines de tesselles de serpentine. Offrande retrouvée dans l'un des dépôts de fondation de la pyramide de la Lune, elle était enterrée là, parmi hommes et animaux sacrifiés lors de l'agrandissement de la pyramide.
L'architecture de Teotihuacan (temples, palais, pyramides...) nous frappe par ses formes rigides et son apparente austérité alors que les fresques qui nous sont parvenues débordent de couleurs, de richesses dans le dessin.
Comment ne pas s'extasier devant le Pato Loco, cette poule folle, décorée d'incrustations de coquillages, avec ses yeux de jade, comme étonnée de trouver sa place au coeur de la cité des dieux !
Photo 1 : de l'auteur.
Photos 2 et 3 : Consejo Nacional para la Cultura y las Artes, Instituto Nacional de Antropologia e Historia, Mexico, photo Martirene Alcantara.
Photo 4 : Instituto Nacional de Antropologia e Historia, Mexico, photo G. Dagli Orti.
Photo 5 : Instituto Nacional de Antropologia e Historia, Mexico, tirée du diaporama du monde.fr
Sur la côte Nord du Panama, une longue bande de terre de 200 kms sur 15 kms de large, constitue le territoire autonome Kuna Yala.
Connus des touristes pour son vaste archipel coralien, les San Blas forment la toile de fond d´un décor paradisiaque.
Le premier contact avec les Occidentaux date du début du XVIeme siecle, mais la difficulté d'accès à la region et le refus (jusqu'à présent) des Kuna face à l'implantation d'infrastructures hôtelières nous font decouvrir un peuple où les traditions ancestrales et le mode de vie rudimentaire sont encore bien vivants.
De nombreux sahila (les chefs) ont décidé de rester intransigeants face à l'incursion de toute modernité ; la communauté Kuna vit actuellement les tiraillements face aux tentations apportées par le tourisme.
Les femmes perpétuent la tradition de fabrication des molas.
À l'origine, les femmes Kuna arboraient de nombreuses peintures corporelles. Celles-ci furent « remplacées » (peut-être par l'influence de Protestants qui arrivèrent dans l'archipel au début du XVIIIème siècle) par le port de blouses.
Ces dernières étaient travaillées selon la méthode « appliqué inversé ».
Il s'agit de superposer plusieurs couches de tissus de différentes couleurs et de découper les motifs. Les découpes sont alors délicatement ourlées.
Elles sont devenues des pièces de tissu autonomes, plus aisément vendables à l'unité afin de réaliser un coussin, ou constituer un tableau aux motifs narratifs ou géométriques.
Prado (ci-dessus) qui m'a vendu des molas m'a expliqué que pour l'un, il avait rêvé de la blouse de sa grand mère ; pour un autre, il avait voulu reproduire un bateau de passage. Mais ce sont la faune et la flore, les formes géométriques qui constituent l'essentiel des sources d'inspiration .
Rien n'est codifié, les motifs n'appartiennent pas à des familles comme cela existe dans les arts d'Océanie ; chacun est libre de créer selon son libre-arbitre.
Travail réservé aux femmes, il semble que lorsque la famille n'a pas de petite fille, un jeune garcon soit éduqué comme une fille et débute le long apprentissage de la couture des molas.
Ce fut le cas pour Prado.
Bibliographie : Mar Lyn Salvador (Ed.), 1995, The Art of being Kuna. Layers of Meaning among the Kuna of Panama. UCLA Fowler Museum of Cultural History, Los Angeles.
Kapp Kit S., Mola art from the San Blas Islands, 1972,Ohio, North Bend.
Michel Lecumberry, 2006, San Blas. Molas et traditions kunas.Panama, Txango
Tel est le titre de l'exposition qui se tient au Musée-château de Boulogne-sur-mer jusqu'au 7 décembre 2009.
Ce mot signifie « comme un visage » en alutiiq et désigne les masques considérés comme objets des chamanes.
Déjà évoquée dans un précédent billet, la collection de masques Kodiak est exposée dans son intégralité après avoir voyagé à Kodiak (mai-septembre 2008) et Anchorage (octobre 2008 à janvier 2009).
Les tableaux de Jean-Michel Basquiat ne laissent jamais indifférent.
Parmi toutes les approches possibles et sa propre sensibilité, l'amateur d'art « premier » peut être attentif aux visages que Basquiat a peints, trouvant en eux des ressemblances avec des masques. Au-delà de ce simple formalisme, l'on ne peut qu'être frappé par l'intérêt du peintre pour l'identité noire qui parcourt toute son oeuvre, ses « coups de gueule » contre l'esclavage, le colonialisme.
Dans ses « portraits » de crânes humains, à la frontière des vivants et des morts, Jean Dubuffet l'avait précédé, à sa manière. Quels regards !
La redécouverte de ces oeuvres picturales me suggérait ce que je venais de voir il y a peu de temps : La collection Gastaut au MAAOA de Marseille. Henri Gastaut était un spécialiste du cerveau et il avait collecté toute une série de crânes sculptés, surmodelés, momifiés, réduits.
Sujet, bien sensible s'il en est, pour les musées où l'on ne devrait plus présenter, de nos jours, les restes humains, excepté si les peuples concernés ont donné leur accord.
À Marseille, « seuls sont exposés au MAAOA ceux dont les utilisateurs coutumiers n'ont pas interdit officiellement, via l'ONU, l'exposition au public » (A. Nicolas, conservateur en chef du Patrimoine). Ainsi en est-il de cette tête Mundurucu ou parinaa.
La notice de salle précise que « les Mundurucu pratiquaient la chasse aux têtes et donnaient lieu à des rituels s'étendant sur 3 saisons des pluies.Les têtes recevaient un traitement complexe : elles étaient bouillies, séchées, enduites d'huile, décorées de plumes, de cire et de dents de pécari. L'aspect sous lequel nous voyons cette tête trophée est celui qu'elle revêtait au cours des rituels pratiqués lors de la première saison des pluies. Pendant cette période, le vainqueur la portait toujours avec lui.»
Dans le précédent billet, j'évoquais l'ethnologue et linguiste qu'était Alphonse Pinart à la fin du XIXème siècle. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il fit don de bon nombre des objets qu'il avait collectés à sa ville natale.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le musée de Boulogne-sur-Mer renferme bien des trésors en provenance d'Océanie mais aussi d'Alaska.
Un peu oublié, le nom d'Alphonse Pinart revint sur le devant de la scène à l'occasion de l'exposition en 2003 intitulée Kodiak, Alaska : les masques de la collection Alphonse Pinart, et présentée au Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) en tant que « première exposition » du futur « Quai Branly ».
En 1867, l'Alaska devint territoire américain.
Alphonse Pinart fut l'un des premiers ethnographes occidentaux à parcourir la partie orientale de l'archipel des Aléoutiennes (Les îles furent cartographiées de façon précise dès 1778, lors du troisième voyage de Cook) et l'archipel Kodiak, au sud de l'Alaska.
En 1871-72, lors de son « terrain », Alphonse Pinart n'eut pas de mal à acquérir des masques car ces derniers devenaient déjà des objets inanimés que l'on ne fabriquaient plus.
Il semble que les exemplaires encore sur place étaient rares puisque les anciens Alutiiq avaient coutume de les brûler à la fin de leurs rituels.
La collection d’Alphonse Pinart, avec plus de quatre-vingts masques, présente donc un intérêt considérable, recelant les deux tiers des pièces Kodiak existant au monde.
Fin décembre 2008, le changement d'habillage de Détours des Mondes, permettant de disposer d'une colonne centrale plus large, bouscule toute la mise en page des billets écrits depuis 3 ans.
L'ordre des reproductions photographiques se trouve notamment mis à mal ; mais je ne peux reprendre la maquette de plus de 500 billets... je pense qu'ils demeurent cependant lisibles pour les nouveaux lecteurs.
Une dernière visite il y a deux mois, afin d'apprécier la richesse de celle-ci disposée sur 4 étages, la situation du musée au coeur de la vieille ville, dans un immeuble de la Suikerrui, les vitrines encore imposantes, bien peuplées d'objets des différents continents. L'Afrique et l'Océanie sont à l'honneur au rez-de-chaussée, avec notamment ces masques très anciens de Nouvelle-Irlande (photo 1), cette curieuse effigie Asmat et ce très amusant ivoire Lega ci-contre... ce n'est qu'un pâle échantillon de ces extraordinaires collections. Sanza a réalisé un beau reportage photo sur les oeuvres africaines, puis océaniennes, en différents billets, ici et là.
Dans les étages, ce sont encore de magnifiques pièces d'Asie et des Amériques que l'on peut découvrir. Voici encore quelques parures impressionnantes que recèle ce musée.
J'avais découvert, il y a plus d'un an maintenant à Bruxelles, Les maîtres de l'art précolombien, La Collection Dora et Paul Janssen, une exposition extraordinaire. Depuis le début du mois, le MRAH présente aussi les nouvelles salles Amérique, avec plus de 1800 objets et fait la part belle à la Mésoamérique. Par exemple, ce masque Mixtèque en bois, turquoise et coquillage.
Les démêlés de la dation Dora Janssen me demeurent obscurs. Quoi qu'il en soit, 300 pièces de cette collection, devenue propriété de la Communauté flamande, sont ici présentées jusqu'en 2010. On peut entre autres, admirer ce couple entrelacé de la culture Nayarut ou Jalisco, une terre cuite datée entre 300 avant J.C et 300 après J.C. L'Amérique du Sud est aussi bien représentée notamment avec l'orfèvrerie colombienne, pectoraux et pendentifs en or et tumbaga, allusion aux plus folles transformations de chamans.
Plus au Nord, ce sont les Kachina Hopi de l'Arizona ou du Nouveau-Mexique qui sont la vedette de cette vitrine. Enfin, la section Amérique du Nord se termine dans les régions arctiques de l'Alaska et du Canada avec des amulettes en ivoire, des masques, l'imposant mât totémique Kwakiutl réalisé en 1999. Le manque de lumière des salles m'empêche malheureusement de rendre compte photographiquement de la remarquable impression que dégage cet ensemble Amérique fort bien conçu.
À la Pinacothèque de Paris et jusqu'au 15 février 2009. L'intérêt de l'exposition repose sur la thèse développée par Stephen Polcari selon laquelle l'oeuvre de Pollock doit être examinée à la lumière de son intérêt pour le chamanisme.
On arpente ainsi un véritable labyrinthe où se mêlent les toiles de Pollock (essentiellement des années 1935 à 45), de très beaux objets amérindiens et quelques tableaux d'André Masson dont le rapprochement s'imposait.
Les oeuvres exposées sont réellement intéressantes. Si l'on connaît bien ses dripping, cette facette de l'art de Pollock m'était jusqu'alors inconnue. Néanmoins, les thématiques des salles demeurent convenues puisqu'on y retrouve Sacrifice-Mort, Fusion Homme-Animal, Fusion Homme-Femme, Germination-Naissance... qui sont autant de thèmes universaux et propres à maintes recherches picturales plutôt que proprement investis par les chamans. Effectivement, l'on sait que Jackson Pollock était fasciné par les arts amérindiens et avait été impressionné par l'exposition Indian Art of the United States organisée au MoMa en 1941. Mais il était sensible aux mêmes préoccupations que les Surréalistes...et je peine à trouver dans ces imbrications d'hommes et d'animaux, d'hommes et de femmes ; des symboles chamaniques ou des rituels de fertilité.
J'y vois tout simplement une extraordinaire palette se déployer, parlant de la vie, de la mort, à la recherche de formes pour exprimer l'indicible. Peut-on pousser l'hypothèse plus loin, en voyant dans les dripping de Pollock, non pas un simple accès à l'invisible grâce au recours à l'abstraction (tant bien même peut-on parler de rituel dans le processus), mais un monde peuplé de références chamaniques ?
Dans le précédent billet, j'annonçais que les masques Yup'ik étaient également à l'honneur au sein de l'exposition Upsidedown - Les Arctiques du Musée du Quai Branly. Ces masques-sculptures ont été réalisés par les Yupiit habitant la côte sud-ouest de l'Alaska.
Essentiellement peuple de pêcheurs, vivant également de la chasse aux mammifères marins, les Yupiit ont sculpté des masques témoignant de l'importance vitale de ce monde de la mer ; masques mi-animal, mi-homme, masques poisson, morse, orque, imbrications des plus étonnantes avec des éléments d'oiseau, de caribou, de têtes humaines...
La mythologie Yup'ik fourmille ainsi de mille créatures hybrides, représentations que, seul, le chaman devait savoir maîtriser.
Où l'on nous parle de « promenade sensorielle » dans le monde polaire... Il s'agit là de l'exposition Uspide Down - Les Arctiques, au Musée du Quai Branly jusqu'au 11 janvier 2009.
La scénographie est bien réalisée en ce sens : Accès sur la banquise ; la lumière devient de plus en plus crue. Notre regard peut embrasser l'ensemble du grand plateau immaculé, parsemé de boîtes transparentes où les objets des cultures Ekven, Old Berring Sea et Ipiutak sont réunis.
Perte de repère voulue et programmée, aucun cartel ne viendra vous expliquer ces outils du quotidien, les objets de chamanes ou les offrandes funéraires. Multiples fragments en ivoire, en défense de morse... comme fragiles dans leur vitrine, enfermés, frémissant au bout de leur tige sous les pas du visiteur. On reste un peu sur sa faim de connaissance. Les objets sont nombreux et petits ; telle cette masquette ci-dessous qui ne mesure que 4 cm, peut-être un talisman... toutes les hypothèses sont permises. Seule certitude, sa présence comme beaucoup d'autres objets en contexte funéraire.
Mais l'attention portée à ces minuscules sculptures mérite le détour, éveille la curiosité. Le qualificatif d'« esthétique minimale » me semble inapproprié pour mettre en valeur une telle exposition. Si la muséographie a effectivement choisi la sobriété et la mise en valeur des formes, il n'en demeure pas moins que les sculptures sont terriblement saisissantes. À l'écart ; sur le chemin de la sortie, les masques Yup'ik nous renvoient à des images plus connues mais toujours aussi étonnantes.
Les Maîtres de l'Art précolombien au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles jusqu'au 29 avril 2007.
Le titre de ce billet est volontairement réducteur ! Il se veut simple écho au titre de mon précédent billet et ne prétend pas rendre compte de l'extraordinaire collection Dora et Paul Janssen qui est présentée à Bruxelles avec plus de 300 oeuvres couvrant les principales cultures de la Mésoamérique et de l'Amérique Andine.
Sur le territoire mexicain de la Côte du Golfe, les Olmèques (1000 à 400 avant notre ère) ont laissé des oeuvres en pierre dont ces masques évoquant pour la plupart des créatures surnaturelles. Ainsi, ce qui me fascine dans ces deux premiers masques, ce sont ces bouches entre-ouvertes, aux commissures de lèvres tombantes. À la frontière de l'humain et de l'animal... aucun croc n'est représenté comme sur les masques chinois de démons; pourtant il ne nous est pas difficile d'imaginer qu'ils puissent être associés à l'Être-Jaguar
Nous ne retrouverons plus jamais ces visages si particuliers dans les horizons plus récents.
Presque à l'opposé, ce masque Mezcala, plus tardif, entre 200 avant notre ère et 300 de notre ère, sur la côte Pacifique du Mexique, dessine une effigie abstraite de la figure humaine au gré de la coloration naturelle de la pierre.
Teotihuacan : la cité la plus grande des Amériques entre le Ier et Vème siècle de notre ère rayonne sur le bassin de Mexico. Ce masque était-il porté ? Les trous pourraient le laisser suggérer mais la lourdeur laisse perplexe; peut-être était-il fixé sur le visage du défunt ?
(Ceux qui connaissaient la collection André Breton savent qu'il possèdait l'un de ces masques, actuellement exposé au Musée du Quai Branly)).
À dessein, le choix des oeuvres est «sobre» dans ce court billet restreint à la présentation de masques de périodes anciennes... je ne parlerai pas des merveilles que constituent les figurines de la Mésoamérique, les profils des têtes Maya, les pectoraux en or de Colombie, les ornements d'or et de turquoise des Mochica... je vous laisse les découvrir, si vous le pouvez, ce printemps à Bruxelles.