Les têtes de Lydenburg

Lydenburg_tete1Situé au Nord de l’Afrique du Sud, le site de Lydenburg a révélé de très anciennes terres cuites, modelées au colombin. Datant du VI-VIIème siècle après J.C, elles constitueraient les plus anciennes formes de sculptures connues actuellement en Afrique australe. Celles-ci représentent des têtes, suffisamment larges pour être placées sur un vrai visage.
Lydenburg_tete2
Une seconde tête présente un faciès plus animal, des yeux aux formes particulières en oblique. Des motifs à chevrons ornent là encore la base du cou, et d'autres balafrent le visage; sont-ils des représentations de scarifications ?
Des trous à la base de ces pièces peuvent laisser penser qu’elles pouvaient être ajustées sur une structure.
Ces têtes ont été retrouvées dans un dépôt avec d’autres tessons de terre cuite. On ne connaît pas le contexte de ce dépôt.

Photos : University of Cape Town Collection at the South African Museum, Cape Town.

Art rupestre en Afrique du Sud

Procession_drakensberg_300
Les sites d'art rupestre sont nombreux en Afrique australe; nous l'avions déjà évoqué au sujet du Zimbabwe.
Les plus connus sont probablement en Namibie : Apollo 11 et ceux que recéle le Brandberg dont la célèbre Dame Blanche. On pourra lire un petit dossier qui reflète une conférence passionnante de Jean-Loïc Le Quellec à laquelle j'ai assisté :
Ce chercheur nous a fait revivre à la manière d'un roman policier avec en toile de fond, la nostalgie d’une Atlantide engloutie, les travaux de l'Abbé Breuil accompagné de Miss Boyle qui a peut-être été à l’origine du mythe d’une antique présence blanche en Afrique !
Quant à l' Afrique du Sud, la majorité des sites se trouvent dans la région du Drakensberg, la montagne du dragon.
Cobham_160Il serait très tentant d’avoir des lectures «chamaniques» de ces peintures et gravures. Il faut se méfier cependant de la chronologie puisque celles-ci sont plus ou moins superposées et ne peuvent pas être interprétées comme un tout cohérent.
Fulton_160Nous n’entrerons pas dans ces questions pointues. Tel n’est pas le but de ce billet: simplement souligner l'importance des témoignages de cet art dans cette partie de l'Afrique alors que les exemples sahariens sont bien plus célèbres.
De nombreuses peintures sont attribuées aux San. Ces derniers voyaient dans l'antilope-éland, un animal doté de pouvoirs surnaturels. La transe du chaman aurait eu pour but d'acquérir cette puissance.

Photo 1 : Abri de la procession, Drakensberg © Bernadette Bidaude.
Photos 2 et 3 : Resp. Gxalingenwa 1, Région de Cobham et Roche de Fulton, Région de Giant's Castle © Renaud Ego (son ouvrage : San, Art rupestre d'Afrique australe, Adam Biro, 2000)

Grand Zimbabwe

Zimbabwe_stamp
Grand Zimbabwe est situé à une trentaine de kilomètres au Sud-est de Masvingo. Il s’étend sur plus de 7 Km² à la limite Sud du plateau du Zimbabwe, dans la région située entre les fleuves Zambèze et Limpopo. Il est l’exemple, le plus étendu et le plus emblématique des architectures de pierre disséminées sur le plateau du Zimbabwe et dans d’autres pays : le Mozambique, le Botswana et l’Afrique du Sud.
Gd_zimbabweGrand Zimbabwe fut «fréquenté» depuis des millénaires mais ce n'est que vers les X-XIème siècles que de nouvelles populations, éleveurs de bovins et exploitant l'or et le cuivre sur une vaste échelle, s'y installèrent de manière pérenne. Cette période marque le début des contacts avec les établissements arabes de la côte de l'océan Indien.
Cette phase, qui s'étend jusqu'à la fin du XVème siècle, est la principale période d'occupation de Grand Zimbabwe.
Tour_conique_w_j_deweyVers la fin du XIIème siècle, les premières constructions en pierres de granit apparaissent.
Au XIIIème siècle, l’état de Mapungubwe, situé dans l’actuelle Afrique du Sud s’effondre, et on assiste à un déplacement du pouvoir politique et économique vers le site du Grand Zimbabwe.
Les premiers voyageurs portugais font mention de l’importance de ce royaume qui entretenait des relations commerciales avec les populations arabes de la côte de l’océan indien. Par la suite ce royaume fut confondu avec celui de Monomotapa fondé au milieu du XVème siècle qui lui succéda.
Mais Grand Zimbabwe resta pour les Mwene Mutapa du royaume de Monomotapa, puis pour leurs successeurs Rozwi, à la fin du XVIème siècle, un important centre religieux.
Vers 1830, le royaume Rozwi fut envahit et détruit par les Nguni venus d’Afrique du Sud. Seules subsistent les constructions en pierre.
ReconstitÀ l’arrivée des Européens au XIXème siècle, la région fut occupée par les Karanga; le site lui-même fut redécouvert en 1868 par un chasseur, Adam Renders et exploré en 1871 par le géologue Carl Mauch. Malheureusement, en 1891, J. Théodore Bent, nommé par Cecil John Rhodes, puis Richard Hall menèrent des fouilles «désordonnées» et contribuèrent au pillage du site.
Oiseau_berlinCe qui est peut être le plus connu aujourd'hui de Grand Zimbabwe, ce sont ses oiseaux de pierre: 8 oiseaux en stéatite gris vert ont été retrouvés et ils demeurent une énigme.
Sont-ce les représentations de l'aigle batteleur qui, dans la religion Shona, est un messager, un médiateur entre les esprits et les hommes ?
Les célèbres oiseaux sont devenus des emblèmes nationaux comme on peut le voir sur le drapeau du Zimbabwe ou sur des timbres (cf. début du billet).

Dessins 1 et 3 : Proviennent du site sur lequel on trouvera de nombreuses informations complémentaires sur Grand Zimbabwe. (Le dessin 3 ne reflète qu'une hypothèse).
Photo 2 : Tour conique de Grand Zimbabwe, © W. J. Dewey.
Photo 4 : Museum für Völkerkunde - Berlin.

Terres cuites d'Owo

Owo1Pour terminer ce rapide panorama des terres cuites du Nigéria (Nok, Ifé) : Des oeuvres du XVème siècle provenant d'Owo, une ville-état Yoruba située à mi chemin entre Ifé et Bénin.
Ici, c'est un simple buste d'une femme dotée d'une étrange collerette de perles. Mais l'art d'Owo est multiple et dévoile des sujets macabres tels un panier de Owo2têtes coupées dont on n'a pas trouvé d'équivalent dans les autres cultures.
Ici, ce sont des bras richement parés jusqu'aux mains délicates qui tiennent un animal probablement voué à une offrande.
Tete_owoPas si éloignées de l'art d'Ifé, les têtes d'Owo. De longues stries courent le long du visage mais pourtant ces têtes ne sont jamais couronnées.
Souvent c'est le calme et la sérénité qui les définissent.
Ici, rien de statique; seul, un regard intense peut-être tourné vers le ciel.
Quelle tension révèle ce visage ?

Photos : National Museum, Lagos.

Les terres cuites d'Ifé

Ife_reineBeaucoup plus nombreuses que les bronzes, les sculptures en terre cuite d'Ifé représentaient, pour la plupart, des personnages grandeur nature.
Ce sont les têtes qui ont le mieux survécu au temps (XIIè-XVè siècle) et que les fouilles ont mises à jour. Cette première est celle d'une reine, remarquable par sa couronne étagée,
Ife_coiffure_bonnnetornée de perles.
Ce sont de véritables portraits. (Sur une plus grande photo, on aperçoit ses lèvres comme gercées).
Et sur cette deuxième tête, comme sur d'autres, les scarifications du visage. Ces dernières, en fait, nous indiquent que les oni portaient des couronnes dont les longues franges ornées de perles masquaient entièrement le visage.
Ce dernier fragment enfin, l'un de mes préférés, s'il fallait choisir : un délicat visage avec des scarifications en moustaches de chat...
Moustache_chat_ife_1

Photo 1 : Musée des Antiquités d'Ifé.
Photos 2 et 3: National Museum, Lagos.

L'Oni d'Ifé

NigeriateteifeLes fameux bronzes d'Ifé...
Souvent des laitons à forte teneur en zinc mais quel que soit l'alliage, cela ne change rien à la valeur unique de cet art du métal, en Afrique du XIV-XVème siècle, et représentant de manière idéalisée mais aussi mêlée de réalisme le visage de l'Oni, c'est-à-dire du roi divin d'Ifé.
On remarquera la longueur du cou et les plis de beauté; la bouche ourlée, les trous autour de celle-ci (peut-être pour y fixer une barbe, une moustache ?), les yeux presque vides et les paupières légèrement bridées.
NigeriamasquedobalufoniUn trou au niveau du cou ?... une des hypothèses formulées consiste à penser qu'elle était adaptée sur un mannequin en bois et était coiffée de la couronne du roi pour la cérémonie des deuxièmes funérailles.
(«Le roi est mort mais le pouvoir de l'oni demeure»... je suppose).
Cette autre représentation, est un masque de cuivre pur (près de 6kgs), celui de l'oni Obalufon. La légende veut que ce fut ce roi qui introduisit l'art de la fonte à Ifé.
Oni_ife_en_piedStatue d'Ita Yemoo, le site où l'on découvrit en 1957, par un hasard cher à de nombreux archéologues, plusieurs bronzes dans cette région du Nigéria.
Rare statue retrouvée intacte, d'un oni, en pied : Personnage paré d'insignes royaux, couronne avec médaillon central, lourds colliers... Dans la main gauche, une corne d'antilope en référence à ses pouvoirs magiques; dans la main droite, un sceptre.


Photos : Musée d'Ifé

La liste rouge de l'ICOM

Ooni_couronneLes notes récentes du blog concernant les terres cuites Nok du Nigeria, les terres cuites et bronzes d'Ifé et plus anciennement la note sur les terres cuites du delta intérieur du Niger (Djenné Djeno) m'incitent à attirer votre attention sur la liste rouge de l'ICOM (International Council of Museums) établissant une série de catégories d'objets archéologiques particulièrement victimes du pillage.
Ife_portrait
Cette liste est établie pour l'Afrique, mais vous trouverez également sur le site, une liste rouge d’urgence des antiquités irakiennes en péril et une concernant les biens culturels d'Amérique latine avec de nombreuses illustrations permettant de repérer des oeuvres du même type.


Photo 1 : Un bronze (en fait un laiton à teneur en zinc) du Musée d'Ifé. Superbe tête d'oni dont les traits délicats laissent suggérer qu'il pourrait s'agir d'une représentation féminine...
Quant à la photo 2, là encore une magnifique tête, en terre cuite cette fois, provenant d'un musée du Nigeria (Lagos ou Ifé)... une vraie merveille !!!

Ifé

Gardiendeporte_idena_ifeAu Sud-ouest du Nigeria, Ifé ou plus exactement Ilé-Ifé, «là où la terre a été créée», est une cité importante pour les Yoruba.
Les mythes racontent que le dieu Olorun donna à une divinité un sac empli de divers objets afin de pouvoir fabriquer le monde. Mais, cette dernière ennivrée par le vin de palme se vit dérober ses objets par Oduduwa qui aurait jeté la terre du sac. Celle-ci se répandant, engendra Ilé-Ifé et ce fut le «nombril du monde». Oduduwa devint le premier roi d'Ifé ou «Oni» (ou Ooni); c'est-à-dire «compagnon des dieux».
OlokunLes premières découvertes archéologiques datent du début du XXème siècle grâce à la curiosité de Léo Frobenius, intéressé par le panthéon d'Ifé et voulant établir un parallèle avec l'ensemble des dieux grecs; notamment Poséïdon et le dieu de la mer Olokun qui est ici représenté.
Il semble que ses recherches n'aient pas été poursuivies...
Ife_branlyIfé connut un épanouissement artistique du XIIème au XIVème siècle avec une statuaire de bronze et de terre cuite.
La puissance politique d'Ifé commença à décliner au XVIème siècle lorsque le royaume de Bénin se développait à l'Est et que le royaume Yoruba d'Oyo prenait lui aussi de l'ampleur.

Photos 1 et 2 : National Museum de Lagos (la première représente un gardien de porte et est l'une des plus ancienne statuaire trouvée à Ifé (VIIème siècle), la deuxième est censée représenter la tête d'Olokun; c'est une reproduction, l'original a disparu).
Photo3 : Musée du Quai Branly.

Etrange pendentif

Pendentif_oeufs_300
Ce pendentif trouvé sur le site d'Igbo-Isaiah est réellement étonnant ! Un oiseau aux ailes écartées semble couver deux gros oeufs.
Des rangées de boucles ornées de perles de verre auxquelles sont attachées chaînettes et clochettes semblent provenir de son corps. Plus de 60000 perles de verre ont été retrouvées sur les sites d'Igbo-Ukwu... et nous sommes au Xème siècle bien avant toute importation portugaise.
Plus mystérieux, les motifs de mouches et d'abeilles qui ornent ses ailes de bronze.
On sait que pour le peuple Igbo, elles représentent des symboles liés à la notion de fertilité.
En était-il ainsi pour leurs lointains ancêtres ?

Photo : National Museum, Lagos in Trésors de l'ancien Nigéria.

Igbo - Ukwu

NigeriapendentifIgbo-Ukwu est un petit village du Sud-est du Nigeria, situé dans la région occupée par le peuple Igbo.
Le hasard faisant bien les choses; en 1938, un habitant du village, Izaiah, décide de creuser une citerne près de sa maison. Il découvre alors une série de bronzes. Kenneth Murray, alors inspecteur des Antiquités à Lagos, reconnut l'importance de cette découverte mais les fouilles scientifiques ne commencèrent qu'en 1958, à l'instigation de Bernard Fagg.
NigeriapotD'autres fouilles furent menées sur les terrains des deux autres frères d'Isaiah, Richard et Jonah. C'est pourquoi on parle d'oeuvres provenant d'Igbo Isaiah, d'Igbo Richard ou d'Igbo Jonah.
La première photo représente une des rares figures humaines retrouvée. Il s'agit d'un pendentif.
Les scarifications en relief ressemblent à de profonds sillons. À l'époque moderne, il semble qu'on trouve ce type de scarifications sur des statues Igbo en référence à des grades d'initiation.
NigeriabolLe bol en forme de demi calebasse est l'un de ceux découverts en 1938. Ce bronze date du IXème ou Xème siècle après J.C.
Le principe décoratif est à peu près constant sur l'ensemble des objets, décors en registres, très couvrants; délicats et complexes...


Photos National Museum, Lagos - Site Igbo Isaiah

Terres cuites Nok

Nigeria_map
La culture Nok s'étend sur un vaste territoire du Nigeria d'environ 500 km de long et 170 de large sur le plateau de Bauchi.
Jemaa_nokDécouverte accidentellement en 1943 dans une mine d'étain, la tête de Jemaa demeure la terre cuite Nok la plus emblématique. En effet, alors sur le terrain, Bernard Fagg raconte (in Nok Terracottas) que ce fut la comparaison de cette tête à celle ci-dessous, seule découverte en 1928, qui le convainquit de l'existence d'une civilisationFagg2 alors inconnue dans cette région.
Ces têtes de Jemaa sont datées du VIème siècle av. J.C et l'on pense maintenant que la culture Nok s'est étendue du 1er millénaire avant J.C au VII ème siècle après J.C. Les terres cuites Nok sont ainsi les premières sculptures en terre cuite connues de l'Afrique sub-saharienne.
TetesnokDepuis 1943, on a retrouvé plus de 500 oeuvres Nok.
Parmi elles, figurent les deux célèbres sculptures du Pavillon des Sessions.
Cette première, de fût circulaire, projette des visages en ronde-bosse, couronnés par un serpent. De petits personnages se dégagent, en relief.
Nok_sessionsLes oeuvres Nok présentent des caractéristiques communes, notamment un traitement particulier des yeux et des sourcils (plusieurs styles identifiés) et la perforation au niveau des oreilles, du nez, et des yeux. Les personnages sont souvent couverts de parure... mais on ne sait que peu de choses sur cette civilisation et absolument rien de tangible quant à ses croyances.

Carte et Photo 1 : in Trésors de l'Ancien Nigeria - Catalogue d'exposition - 1984.
Photo 2 : in Nok Terracotas - Bernard Fagg.
Photos 3 et 4 : Musée du Quai Branly

Les terres cuites de Djenné Djeno

Mus_mali_djenne_1
Les terres cuites retrouvées à Djenné Djeno sont essentiellement des représentations humaines intégrant parfois des éléments zoomorphes.



Femme_serpentL'image de la femme enceinte est associée à celle du serpent rappelant les mythes de fécondité mais aussi d'immortalité...
Des femmes "accouchent" de serpents.
La légende rapporte qu'une jeune fille fût emmurée vivante en hommage au python sacré.
Aussi chaque année des rites sacrifiaient une jeune fille jusqu'au jour où l'une d'elle fût sauvée par un jeune homme amoureux.
L'histoire indique que cela entraîna la famine puis la ruine de la ville...
Dignitaire_mazenod

Des larmes en forme de serpents n'en finissent pas de couler de ses yeux...
Présence particulière du regard.
Regard empli de chagrin ou d'adoration?
Position de prière et de respect?




Cavalier_djenne



La figure du cavalier est très présente à Djenné Djeno.
On retrouvera cette iconographie à maintes reprises dans l'art dogon.
Fait-elle référence à la puissance des armées de l'Empire du Mali de l'époque?





Couple_djenne

De nombreuses figures sont agenouillées, couvertes de pustules. Impressionnant!
Et ce couple enlacé!!!
Poignant; pour notre sensibilité d'homme moderne...Mais pour cette civilisation, "simple" façon de conjurer une maladie?
L'hypothèse retenue actuellement est effectivement celle d'une fonction prophylactique.





RecroquevilleCelui-là semble prostré..
D'autres sont "tordus", présentant des positions extatiques, aux yeux révulsés... Sont-ils le témoignage de pratiques de transe?
Trouvées majoritairement en contexte domestique, les statuettes sont-elles des représentantes de divinités, d'ancêtres fondateurs utilisées dans le cadre de la fondation d'une maison (fonction de protection)?
Sont-elles des figurines d'adoration utilisées lors de cultes domestiques?
Aucune statuette n'a été trouvée en contexte funéraire.
L'énigme de la civilisation de la Vallée du Niger au XIIIème siècle reste entière.
Photo 1 : ©Musée National du Mali
Photos 2, 5 et 6 : ©Collections Particulières - Heini Schneebeli
Photo 3 : ©Collection Particulière - Igor Delmas
Photo 4 : ©Collection Particulière - De Ferante Ferranti.

Djenné Djeno

Djenne_djenoLe delta intérieur du Niger, entre Mopti et Ségou, a été une zone de développement précoce et un carrefour de multiples cultures. Les Bozo, peuples du fleuve, pêcheurs ont cohabité très tôt avec les Bamana, les Soninké et plus généralement les autres ethnies présentes au Mali : les Malinké, les Dogons, les Senoufo et les Peuls.
En 1943, Théodore Monod découvrit à trois kilomètres au sud de Djenné, une large butte appelée Djenné Djeno (ou Jenne Jeno), site de l’ancienne Djenné dont l’apogée se situe au XIIIème siècle et qui fut abandonnée au XIVème siècle.
On spécule que cet abandon se fit au profit de Djenné où la ville moderne islamique commençait à se développer.
Le site fut fouillé de manière systématique par Roderick et Susan McIntosh entre 1977 et 1981.
Metropolitan_djenneCes chercheurs mirent à jour 800 terres cuites de style homogène mais dont les fonctions demeurent mystérieuses.
Les figurines représentent une diversité iconographique remarquable, trace du cosmopolitisme de cette région à l'époque médiévale.
Les McIntosh avancent l’hypothèse que la multiplication de ces statuettes au XIVème siècle marqueraient l’existence d’une poche de résistance à l’Islam (et seraient donc des témoins de pratiques religieuses traditionnelles que nous ignorons).
Djenne_bamakoCe site a fait l’objet d’un intensif pillage…
Les McIntosh expliquent dans un article très intéressant Dilettantisme et pillage : trafic illicite d'objets d'art anciens au Mali comment ces pillages ont nui à leurs fouilles et les hypothèses qu’ils formulent sur les transformations sociales de l’époque.

juin 2008

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