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Dogon - Bibliographie

Bague_dogon_180
Complément des bibliographies encore manquantes sur le blog.
Il me semble logique, suite à mon dernier billet, de produire la bibliographie que j'ai utilisée pour écrire les notes sur les Dogon.

Dogon - Catalogue d’ Exposition, Musée Dapper, 1994.
(Vous avez dû le noter avec les précédentes bibliographies, j'ai une affection particulière pour les livres des Editions Dapper que je considère dotés d'une iconographie remarquable et de textes de qualité (généralement sous la houlette de Christiane Falgayrettes-Leveau). Le prix des livres en version broché est en outre raisonnable).

BEAUDOIN G., Les Dogons du Mali – Collection Civilisations, Ed. A. Colin, 1984.
BILOT A., Masques du pays Dogon - Ed. Adam Biro , 2003.
BILOT A., Serrures du pays Dogon - Ed. Adam Biro. Paris, 2003.
CALAME-GRIAULE G. & GAYA-PARA P., La parole du monde : Parole, mythologie et contes en pays dogon – Ed. Mercure de France, 2002.
DIETERLEN G., Les DOGON, Notion de personne et mythe de la création – Collection Passerelles de la Mémoire, Ed. L’Harmattan, 1999.
GRIAULE M., Dieu d'eau, Entretiens avec Ogolemmêli - Ed. Fayard, 2001 (1ére éd.1948).
GRIAULE M & DIETERLEN G., Le renard pâle - Paris, Institut d’ethnologie, 1991 (1ére éd.1965).
LAUBERT W. (collectif), L’Architecture dogon, Constructions en terre du Mali – Ed. Adam Biro, 1998.
LEIRIS M., L'Afrique Fantôme – Ed. Gallimard, éd.1981.
LELOUP H., Statuaire Dogon – Ed. Aléas, Paris 1994.
N’ DIAYE F., L'Art du pays Dogon dans les collections du musée de l'Homme - Zürich : Mus. Rietberg, 1995.
Filmographie : ROUCH J., Le Dama d'Ambara : enchanter la mort- CNRS audiovisuel, 1974 (Importante filmographie de J. Rouch à voir…).

n.b : De manière générale, les bibliographies concernant les Dogon et l'art Dogon sont pléthoriques (il manque par exemple ici la thèse de Griaule mais je ne l'ai pas encore lue..); aussi je rappelle que :
n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : © Collection particulière / F. Tissier.

Où l'on reparle des Dogon

Mali_enfant300
J'ai vécu une semaine en pays Dogon, il y a 3 ans. 8 jours à marcher de village en village.
Je n'ai rien vu des masques, on ne m'a rien raconté à leur sujet. Rien non plus sur l'«Histoire» des Dogon, ni de leurs histoires cosmogoniques. J'ai vu des gens heureux de m'accueillir.
Ce fut de belles rencontres.
Mali_180Je ne sais rien sur leur art que je n'ai lu dans les livres.
Aussi, je souhaite, en contre point des émissions de France Culture que je vous ai invité à écouter cet été, vous convier à la lecture de cette critique des émissions de Catherine Clément :
Histoire de Dogon.
J'ai assisté à une conférence donnée par son auteur, Eric Jolly, qui a vécu plusieurs années en pays Dogon et y a travaillé sur le thème du pouvoir et ses représentations.
Mali_200Si je ne peux argumenter précisément, comme il le fait, contre tel ou tel point, je le rejoins volontiers dans
«sa bataille» contre les fantasmes que nous pouvons nourrir vis-à-vis des Dogon et de manière générale contre une vulgarisation ethnologique facile tournant à une «vulgate touristique».
Le sujet est d'actualité et, j'en suis bien consciente, la frontière est étroite lorsqu'il s'agit de transmettre, «simplement» et sans les dénaturer, des savoirs à un large public.
Mais c'est un terrain précisément où il n'y a aucune place pour l'erreur ou la falsification.

Photos de l'auteur

Dogon, Histoire de...

Toguna_mali03Catherine Clément persiste... et continue de nous faire voyager avec bonheur en Pays Dogon.
Suite de sa première série d'émissions sur France Culture.
Les deux semaines à venir,
tous les jours à 13h30.
Vous pourrez cliquer sur le titre souligné (une fois l'émission passée) et écouter celle-ci sur le site de France Culture.

Semaine du 12 juin :

Dieu d'eau.

Le voleur de soleil.

Le mauvais sang.

Un peu de politique.

L'islam Dogon.


Semaine du 19 juin :

La vie quotidienne des hommes et des femmes.

Mariage, flirt, divorce, naissance.

Les dangers du tourisme.

Le cas Griaule.

L'enchantement et la mort.


Photo de l'auteur


P.S : Les archives sonores ne sont plus accessibles un mois après l'émission.

Histoire de Dogon

Toguna1À partir d'aujourd'hui, sur France Culture, la philosophe et romancière Catherine Clément anime une série d'émissions tous les jours à 13h30. Cliquez sur le titre pour écouter l'émission sur le site de France Culture :
Pilier_toguna1Pourquoi les Dogons?

La beauté du pays dogon.

Sekou entre animisme et islam.

Que sait-on des Dogons ?

Qui est la mère des masques ?

et la semaine prochaine :

Porte_dogon_2003
Le Yourougou

Le Sigui et la Rome lunaire.

La sœur des masques et les prêtres fous.

La création du monde et la naissance des morts.

Le vieux serpent et la graine impure.

Photos de l'auteur.

P.S : Les archives sonores ne sont plus accessibles un mois après l'émission.

Art Dogon

Art_dogon06_1Le Musée de la carte à jouer accueille jusqu'au 28 Mai une très belle exposition grâce à Alain Bilot qui présente ici de nombreuses pièces de sa collection.
Cet homme passionné commença à collectionner les masques Dogon en 1970.
Pourquoi ou comment cette passion ?
«..Par mon vif intérêt pour l'art abstrait structuré et sobre et ma fascination pour les formes épurées et strictes de ces masques...»
Il était alors séduit par la beauté d'un masque Kanaga (Masque "croix de Lorraine") et ce fut son premier achat.
Art_dogon06_04
On retrouve dans un très bel espace muséal tous les types de masques et objets évoqués dans mes billets sur les Dogon et bien plus encore...on est très très près des objets.
Des explications claires, des extraits de films tournés par l'équipe de Marcel Griaule contribuent à la compréhension des arts du pays Dogon et permettent cette familiarité avec les oeuvres exposées.
(À noter : Deux conférences sont programmées).
Cette merveilleuse rencontre m'a permis de pénétrer dans un lieu que je n'aurai peut être jamais connu sans cette exposition : Le Musée de la carte à jouer à Issy-les-Moulineaux.

Musee_carte_jouer1
Lieu magique où l'on peut faire le tour du monde dans le temps et l'espace à travers les cartes.
C'est surtout la projection dans le temps qui est fascinante et le dévoilement de l'Histoire à travers ces jeux.
Un petit tour dans les collections, sur le site du Musée est déjà très intéressant.

Photo 1 : Affiche pour l'exposition.
Photos 2 et 3 : Photos de l'auteur.

Objet : Dogon

Porte_dogon03Dernier billet sur les Dogon...
Porte fermée.
Combien de serrures ont été collectées en ces lieux!!!
Vision du monde ordonnée.
Images récurrentes des mythes.








Volet_mnafaVolet de grenier où le crocodile est entouré de nommos.
Idée de la fertilité.
Garants des forces vitales
Grenier plein pour remplir les ventres.
Pourtant j'ai vu les ventres ballonnés de ces enfants mal nourris en pays Dogon qui alimente, peut-être seulement, nos fantasmes de civilisation mystérieuse
encore en sursis.
Pilastre_grdabris_d

Pilastre de Toguna. Hors du temps, de l'espace.
Témoin de la parole des hommes
à l'ombre de
la case à palabres.
Proue d'un navire
aux portes
d'un désert dévorant.







Photo 1 : Photo de l'auteur.
Photo 2 : ©Museum for African Art, New York - Ken McKnight
Photo 3 : ©Musée Dapper - Hugues Dubois

La statuaire Dogon

Bras_leve_mSeulement quelques images illustrant la sculpture Dogon.
Très proche de la statuaire Tellem dans ses thèmes, dans certains styles.
Mais laissons les exercices de style aux spécialistes...
(cf Hélène Leloup).
Les personnages aux bras levés sont probablement les figures les plus importantes en nombre...
Personnages androgynes présentant une barbe et en même temps une poitrine presque féminine.
Il s'agit du Nommo, exhortant probablement Amma...
Couple_dapper


Mais ne pas croire que les mythes ont investi les sculptures; la statuaire a aussi nourri les mythes...


Les couples d’ancêtres primordiaux.
Plutôt rigides.
Les visages sont sévères, cependant l’homme entoure de son bras le cou de la femme.
Cavalier2_dapper







Des figures de cavalier, de guerrier.
L'impression d'une terre cuite de Djenné Djéno transposée dans le bois.
Référence aux grandes armées? Signe d'une autorité à craindre?
Materniterouge_banly





Maternité rouge. Formes souples et arrondies pour ce thème universel.
On a dit que le forgeron était celui qui exécutait les sculptures. Investi d'un rôle important au sein de la société Dogon, il est aussi responsable de la circoncision et du processus d’initiation des garçons.
On sait maintenant que les forgerons ne sont pas les seuls sculpteurs de statuettes...
Femme_dapperFigure féminine. Toujours douce. Visage paré de scarifications.
Les mains sur le ventre.
Fécondité.
Avec la richesse des masques Dogon, on pensait avoir "refait" le monde mais l'univers de la statuaire n'en finit pas d'exposer une iconographie complexe : des statuettes emblématiques aux traits énigmatiques côtoient des personnages de statut social marqué.
Photo 1 :©Metropolitan Museaum of Art, New York
Photos 2, 3 et 5 :©Musée Dapper - Hugues Dubois
Photo 4 : © Musée du Quai Branly

Le SIGUI chez les Dogon

Falaise_mali03_1Le Sigui est une cérémonie qui ne se déroule que tous les 60 ans.
Le dernier a eu lieu de 1967 à 1973, se décalant chaque année de village en village.
Ce temps correspondrait à la durée de la révolution de l'étoile satellite de Sirius autour de cette dernière.
Le Sigui célèbre la promotion d'une nouvelle génération masculine.
Ce sont les "Vieux" qui enfantent d'une nouvelle génération d'hommes.
À l'occasion du Sigui, on taille le grand masque représentant le premier mort humain qui s'est transformé en serpent.
Fabriqué dans toute la longueur d'un tronc d'arbre avec une tête rectangulaire percée de 2 yeux, ce mât peint et décoré est l'objet d'abondantes libations car il figure l'âme de l'ancêtre-serpent.
Le grand masque fiché en terre (il ne danse pas) a de toute évidence une dimension phallique puisqu'on célèbre maintenant la reproduction des hommes et la filiation verticale.
Sirige_autrevisageLors du Sigui, les hommes portent des bijoux féminins et des crosses-sièges masculines, sortes de courtes béquilles taillées, parfois décorées.
Ils affirment ainsi leur maîtrise de la reproduction, redevenant les êtres androgynes du mythe...
Les masques Kanaga, Sirige, masques animaux,..Tous dansent dans une grande procession.
Qu'en sera-t-il de cette cérémonie (et plus généralement du peuple Dogon) en 2027 à l'épreuve (et le mot sous-entend nombre de maux plus ou moins prévisibles) de ce premier quart de XXIème siècle?

Photo 1 : Photo de l'auteur.
Photo 2 : P. A. Ferrazzinni in L'autre visage - Masques africains.

Le DAMA chez les Dogon

Dama_griauleLe DAMA a lieu tous les deux ou trois ans et des centaines de personnes y participent.
Il s’agit d’une cérémonie de levée de deuil: Elle doit permettre à l’âme du défunt de rejoindre ses ancêtres.
L'un des rituels les plus significatifs a lieu la nuit où tout le monde se réunit à la sortie du village.
On pose à terre une poterie remplie de bière ayant appartenue au défunt et son manche de houe. Un neveu utérin (parce que c'est celui qui ne peut être soupçonné de sorcellerie) renverse du pied gauche la poterie. On ramasse le manche de houe et les morceaux de poterie que l'on place à l'extérieur du village: Le défunt ne pourra plus ni manger, ni boire la bière de mil fermentée avec les vivants.
Il est contraint d'entamer son voyage vers l'au-delà.
Puis pendant 3 jours, c'est la danse des masques.
Les nouveaux masques peints et ornés sont les pivots d'une littérature orale, appât trompeur pour l'âme du défunt qui doit se laisser enchanter et quitter le village pour toujours.
Ils dansent dans un ordre précis de manière à ce que la communauté comprennent et assimilent toutes les phases du Dama.
Sirige_robin

Les masques SIRIGE se penchent d'avant en arrière puis d'arrière en avant afin de symboliser le lever et coucher du soleil. Il est conduit par un guide qui lui montre le chemin à suivre, les arrêts à respecter afin de flatter l'âme du défunt.
Kanaga_dapper_2



Les masques KANAGA, représentant une croix de Lorraine, tournoient sans cesse. L'extrémité supérieure touche le sol. Pour les non-initiés, il s'agit d'un oiseau en vol.
Pour les initiés, il y a plusieurs niveaux d'interprétation : c'est l'image du dieu créateur qui "danse le monde en faisant tourner les 4 points cardinaux"; c'est un insecte d'eau qui a amené l'arche du ciel ou le Nommo de la mare lui-même; c'est aussi le chacal mort de soif, sur le dos, les pattes en l'air pour implorer le pardon du créateur...
Singe_dapper_1
Et encore les masques Jeune fille...et presque tous les animaux de la Création sont présents...les masques Picoreur, les masques Antilope, les masques Crocodile, les masques Singe...
Satimbe_rasmussen






Les masques SATIMBE surmontés d'une représentation de la Yasigine et encore la danse des Touterelles lors de laquelle les danseurs évoluent sur de grandes échasses...

Voilà ce que j'ai pu observer lors de la diffusion du film de Jean Rouch et Germaine Dieterlen: Le Dama d'Ambara, enchanter la mort (1974). Malheureusement je n'ai pas de photographies d'un tel rituel.

Mais on trouve de très très belles photos de ces cérémonies et plus généralement du pays Dogon,
sur le site Dogon-Lobi.

Photo 2 : ©Béatrice Hatala
Photo 3 et 4 : ©Musée Dapper - Hugues Dubois
Photo 5 : ©Justin Kerr, New York

La société des masques chez les Dogon

Dama_ephe« Il se rappelait la file des cent cinquante danseurs masqués des Ogol qui avait surgi des grès tremblants de mirage et s’était engagée dans la poussière des pistes traversant les champs.
Presque tous ceinturés de fibres écarlates qui s’ouvraient sur des fibres noir luisant ou jaune paille, les hommes portaient sur la poitrine les faux seins noirs ou les bandes de cauris cousus, éclatants de blancheur.
Masques_dama90Les visages se cachaient sous les cagoules tressées dont certaines se crêtaient d’un court plumet beige ou d’un cimier rouge,
à la romaine.
Ils représentaient les jeunes gens, les forgerons,
les Peuls,
les Saman,
les cordonniers, les tambourinaires, les Maures, les voleurs rituels, les chasseurs.
Kanaga_mueller
D’autres portaient les masques en bois taillés et peints des trois couleurs fondamentales, rouge, noir, blanc. Antilope chevaline, cervidés, oiseaux picoreurs,
« déployeurs d’ailes de brousse » à la haute croix de Lorraine, enfin les longs mâts dits
« maison à étage ».
Marcel Griaule
Dieu d’eau

Bede_a_bilot

L'AWA désigne la société des masques chez les Dogon mais aussi les masques eux-mêmes et les fibres des masques.
Cette société masculine est très hiérarchisée : les membres les plus importants sont les Vieux qui ont assisté à 2 Sigi (cérémonie qui ne se produit que tous les 60 ans), puis viennent ceux qui ont assisté à un Sigi, puis les plus jeunes.

Satimbe_dapperSeule, une femme, la Yasigine, a le droit d’accéder à l’Awa.
Elle est la "soeur des masques"...mais son rôle se borne à être un officiant de cette société masculine. Elle est représentée sur le masque SATIMBE. Dans une version du mythe elle serait la jumelle du chacal. C’est elle qui aurait introduit les masques chez les hommes permettant de donner un support matériel, lorsqu’on est mort, à l’énergie vitale qu’est le Nyama et qui existe en chacun de nous, en la plante, en l’animal.
De manière générale, les rites Dogon sont focalisés sur la transmission de cette force vitale.
Photo 2 : ©Arian et Huib Blom
Photo 3 : ©Collection Barbier-Mueller
Photo 3 : ©Collection Alain Bilot - Béatrice Hatala
Photo 4 : ©Musée Dapper - Hugues Dubois

Marcel Griaule et l'univers Dogon

DieudeauLa cosmogonie Dogon nous a été essentiellement révélée à travers les écrits de Marcel Griaule.
En effet, après l'expédition Dakar-Djibouti, Marcel Griaule revient en 1935 dans la falaise de Bandiagara avec Denise Paulme et y séjourne près d'un an.
Puis, les missions qu'il conduira: "Sahara-Soudan" et "Sahara-Cameroun" (en 1937) lui permettront de collecter des masques et d'affiner ses connaissances.
Ainsi publie-t-il sa thèse en 1938 sur les masques Dogon.
En 1946, il a ses fameux entretiens avec Ogotemmêli, un vieux chasseur aveugle qui va l'initier à une version de la cosmogonie Dogon et dont est tiré le livre célèbre, Dieu d'eau, publié en 1948.
Celle-ci est fascinante et très complexe...
Quelques lignes pour "faire simple"...et "résumer" le mythe fondateur (d'après ce livre de Griaule; car on s'est aperçu par la suite que le récit d'Ogotemmêli n'était qu'une façon de dire les choses et le mythe tel qu'on le connaît actuellement possède des versions qui diffèrent de ce récit) :

Pilier_toguna3Après avoir créé l'univers, le Dieu Amma créa la Terre et s'accoupla avec elle.
De cette union naquit le chacal, être unique et imparfait (au lieu de donner naissance à des jumeaux comme Amma
l'avait souhaité).
Le chacal a été identifié par la suite sous le nom de Renard pâle (cf Germaine Dieterlen).
Finalement, des jumeaux vinrent au monde avec l'apparence de l'homme et du serpent.
Ces jumeaux sont les Nommo : chacun est à la fois mâle et femelle.
Les Nommo s'occupèrent de vêtir la Terre et commencèrent à acquérir la parole.
Le chacal voulut s'emparer du Verbe et pour cela commit l'inceste avec la Terre.
C'est grâce à cette parole ainsi acquise qu'il peut communiquer avec les devins (Interprétation de ses traces sur le sol car Amma lui a coupé la langue).
Après l'inceste, Amma se détourna de la Terre et décida de fabriquer les hommes seuls.
C'est à partir d'une boule de glaise et de la fusion des 2 sexes créés que naquirent l'homme et la femme.
Les Nommo dotèrent ces êtres uniques d'âme femelle et d'âme mâle, retrouvant le caractère gémellaire si important dans cette cosmogénèse.
L'union de cet homme et de cette femme donna naissance aux 4 couples de jumeaux originels.
C'est l'origine des huit premiers ancêtres (Nommo eux-aussi).
Le premier ancêtre devint un esprit et les autres le rejoignirent aux cieux.
Puis, chaque Nommo redescendit sur Terre afin de transmettre un enseignement aux hommes.
Tissage_irelliLe 7ème Nommo, le "plus important", le Nommo de la mare, était le maître de la parole.
Le mouvement de sa bouche et de sa langue fourchue constituait une navette qui batissait une trame d'étoffe sur laquelle pouvait cheminer la parole.
Plusieurs versions de la transmission de la parole existent...
Elles sont toutes très belles et liées à l'image du métier à tisser.
La parole qui organise le monde fut ainsi transmise aux hommes et la société put dès lors se développer.
Hogon_ibiLe septième Nommo fut "tué" et transformé en serpent Lébé. Depuis, c'est le Hogon, grand dignitaire du village qui est responsable du culte du serpent Lébé et des décisions impliquant la communauté.
Le serpent est censé se promener dans les champs afin de protéger les récoltes et est le symbole de régénération du cycle végétal.
À travers ses mues, il est l'image de la renaissance.
Ainsi, grâce à des rituels s'adressant aux différentes entités chthoniennes (Nommo, Lébé et sortes de Djinns), les Dogon ont construit religieusement leur territoire et ont défini l'identité Dogon.
Ce sont cependant les rites concernant les Ancêtres et la levée de deuil (Dama) qui constituent les cérémonies les plus importantes et sont l'occasion de sorties de masques impressionnantes.

Photos de l'auteur.

La statuaire Tellem

Statuette_autel


Les statues Tellem se caractérisent par une patine épaisse qui les enveloppent due aux libations cultuelles.
Des croûtes faites de bière de mil, de sang, attestent des pratiques sacrificielles lors de cultes rendus à des divinités encore mystérieuses.
L'objet aujourd'hui nous restitue cette histoire.
Tellem_brasleve1









Les figures humaines s'élancent vers le ciel, les bras levés.
De certaines sculptures, on ne distinguera que les deux bras tendus (photo ci-dessous).
Concentration dans ces lignes épurées d'un appel
vers l'infini ou le spirituel?
Ces bras levés
sont-ils simplement
une incantation
à la pluie?
Un appel
à une prière encore inconnue de nous?
Une imploration au pardon?
Tellem2_d













On retrouvera ce geste chez les Dogon.
A-t-il la même signification?
Beaucoup de questions restent encore sans réponse sur cette période et plus généralement sur les cultures pré-Dogon : les Niogom, les Soninké, Djennéké et Tellem.
La statue aux bras levés va se transformer en une fourche, en une échelle...
Certains types de statuaire ("bras levés", cavaliers..)
vont garder postérité mais des styles différents selon les régions vont émerger.
Quel qu'en soit le style, toute la statuaire Dogon va hériter d'une noblesse dans ses attitudes et être le gardien d'une retenue, d'une intériorité venue de la nuit des temps.










Photos 1 et 3: ©Musée Dapper - Hugues Dubois

Les Tellem

Tellem0Des évènements naturels (désertification) et politiques furent à l’origine des vagues migratoires de populations vers la falaise de Bandiagara.
Les Dogons (environ 500 000 individus aujourd'hui) qui peuplent la falaise près de Mopti, dans la boucle du Niger, ont été précédés à l’époque médiévale, par une population restée aujourd’hui encore mystérieuse, les Tellem.
Ces derniers avaient chassé des « petits hommes rouges », probablement les ancêtres des Pygmés actuels.
Ces Tellem seraient eux-mêmes les ancêtres d'une population qui vit actuellement dans le Yatenga (frontière nord du Burkina Faso) : les Kurumba.(cf carte in Dogon_Photos)

Soninke_dapperAu milieu du XIème siècle, des groupes Soninké migrent vers la région du delta du Niger et vers la falaise où semble-t-il résident déjà des Tellem.
Ceux-ci se seraient assimilés aux premiers Tellem.
Et de la même façon que les terres cuites de Djenné ne sont pas sans rapport avec d'anciennes sculptures de bois Soninké; les figures aux bras levés et les cavaliers Tellem et Soninké vont se répondre.Tellem_branly_2
Et plus encore, la distinction même Tellem/Dogon
dans la statuaire est

une notion probablement destinée à disparaître dans l'histoire de l'art africain.
Quoiqu'il en soit, les Tellem ont laissé des témoignages architecturaux que constituent ces gigantesques greniers accrochés aux falaises où ils enterraient leurs morts, et des sanctuaires où furent retrouvés des objets funéraires et cultuels fort curieux.
Tellem2
Au XIIIème et XIVème siècles, les Dogons arrivent par vagues successives de l’Ancien Empire du Mali, chassés par l'Islamisation.
Au XVème siècle, la culture Dogon absorbe définitivement la culture Tellem.

Photo 2 : © Musée Dapper - Hugues Dubois.
Photo 3 : ©Musée du Quai Branly.
Photos 1 et 4 : Photos de l'auteur.

La mission Dakar-Djibouti 1931-1933

Depuis quelque temps, je suis partie des côtes du Sénégal, quittant les Diola, pour le Mali.
Sur le chemin, près de Mopti, émerveillement devant les terres cuites de Djenné Djeno et questions sur cette civilisation médiévale mystérieuse...
Ma progression m'emmène inexorablement vers le pays Dogon.
C'est L'Afrique fantôme de M. Leiris qui m'accompagne dans ce cheminement...et "nous" voilà arrivés en haut de la falaise, à Sangha.

Carte_falaise
19 mai 1931 : La mission ethnographique et linguistique organisée par l'Institut d'Ethnologie de Paris vient d'embarquer à Bordeaux.
Marcel Griaule est à la tête de cette mission de terrain qui traversera les empires coloniaux français et anglais de l'époque et se terminera en 1933.
À son retour, l'équipe rapporte une collecte impressionnante d'objets qui conduira à la réouverture du Musée de l'Homme en 1937.
La mission séjourne 2 mois à Sangha à l'automne 1931 afin d'étudier la culture Dogon.
Michel Leiris est du voyage, "secrétaire" de Marcel Griaule. Il tient son "journal de voyage" (oeuvre ethnographique et autobiographique), célèbre sous le titre de L'Afrique fantôme.
Oeuvre inclassable...Michel Leiris note les évènements, petits ou grands, ses rêves, ses surprises, sa joie, son ennui....

Dogon_03
Lettre du 19 Septembre 1931 :
« …Tout ce que je fais m’intéresse toujours beaucoup, mais je trouve quand même le temps bien long et ne puis jamais me passionner que momentanément pour mon travail, d’autant plus que les méthodes employées pour l’enquête ressemblent beaucoup plus à des interrogatoires de juge d’instruction qu’à des conversations sur un plan amical, et que les méthodes de collecte des objets sont, neuf fois sur dix, des méthodes d’achat forcé, pour ne pas dire de réquisition.
Tout cela jette une certaine ombre sur ma vie et je n’ai la conscience qu’à demi-tranquille.
Autant des aventures comme celles des enlèvements du kono, tout compte fait, me laissent sans remords, puisqu’il n’y a pas d’autre moyen d’avoir de tels objets et que le sacrilège lui-même est un élément assez grandiose, autant les achats courants me laissent perplexe, car j’ai bien l’impression qu’on tourne dans un cercle vicieux : on pille des Nègres, sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et les aimer; c’est-à-dire, en fin de compte, à former d’autres ethnographes qui iront eux aussi les « aimer et les piller »…
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