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La statuaire Fang

Magnelli_160Dernier billet sur les reliquaires Fang.
Un lien précieux fourni par le Blog African'Art :
La statuaire Fang,
texte de Louis Perrois, in Arts d'Afrique Noire, automne 1973.
Ci-contre, exposé au Pavillon des Sessions, un grand reliquaire Fang ayant appartenu au peintre Alberto Magnelli.
Ce dernier possédait plus de 200 pièces africaines mais le style de ses oeuvres ne semblent pas avoir été influencé par sa collection.
Replaçant cette phrase dans le contexte de la première moitié de XXème siècle : «Magnelli, répondant à un questionnaire de J. LAUDE avoue qu’il a été séduit par la puissance plastique de la sculpture nègre, qui se révèle dans la finesse des traits et le détail méticuleux, preuves du sérieux par lequel les artistes nègres réalisaient leurs oeuvres. La leçon que Magnelli invite à retenir : l’artiste doit savoir mettre le temps entre parenthèses pour se donner le seul temps nécessaire, celui de la composition et de la finition de son oeuvre». («La sculpture d'après matière dans l'art nègre : nouveaux horizons de liberté et de séduction.» Article de Iba Ndiaye Diadji in Ethiopiques n°61, 2e semestre 1998).
Seule leçon ?

Photo : Musée du Quai Branly.

La Vénus noire

Betsi_dapper_160La Vénus noire ou Vénus pahouine est le nom de cette superbe figure Betsi, provenant de l'ancienne collection Georges de Miré et exposée à la Galerie Pigalle en 1930. Les Betsi occupent le Sud de la région Fang du Gabon, sur la rive droite de l'Ogooué, au nord de Lambaréné. Les figures de reliquaire présentent une tête au volume important par rapport à celui du corps, coiffée de tresses stylisées ou plates, finement incisées. Quant au corps, au doux modelé; il dégage, par ses rondeurs, par le contraste des membres gonflés et l'allongement inhabituel des bras, une sensualité sereine.
Met_betsi_160Les réalisations Betsi concernent également de nombreuses têtes d'ancêtres sculptées de manière isolée, les nlo byeri.
Ici, de curieuses tresses «à oreillettes» retombent à la manière de coiffures postiches portées par certains Fang.
Plus éloignée de la sensualité dégagée par la Vénus noire, il semble que cette dernière impose sa puissance au spectateur.

Photo 1 : Musée Dapper © Hugues Dubois.
Photo 2 : The Metropolitan Museum of Art.

Paul Guillaume et les figures de reliquaire Fang

Guillaume_mvai« C'est en 1904, chez une blanchisseuse de Montmartre, que le hasard m'a conduit pour la première fois devant une idole noire. Comment expliquer la présence en un tel endroit d'une chose aussi singulière ? .... Quoi qu'il en soit, mon goût était décidé.
À cette époque, je commençais à fréquenter les milieux littéraires et les peintres.
Je connaissais Guillaume Apollinaire et c'est à lui d'abord que je montrai ma trouvaille. Je ne rencontrerai sans doute plus de ma vie un esprit aussi enthousiaste, aussi clairvoyant que l'était Guillaume Apollinaire devant l'oeuvre d'art qui révèle quelque chose de rare et d'étrange...» in Une esthéthique nouvelle - L'art nègre (Ecrits de Paul Guillaume, 1993, Idées et Calendes, Neuchâtel).

Guillaume_leirisAu-delà de cette anecdote peu crédible quant à la date (Paul Guillaume est né en 1891 !); ce dernier fut l'un des premiers marchands d'art à se spécialiser vers 1911 dans la vente d'objets africains. Plus qu'un simple marchand, ami de Guillaume Apollinaire, on sait qu'il fut l'une des figures de l'avant-garde artistique du début du siècle. S'intéressant à l'Art Nègre, il fut particulièrement passionné par les figures de reliquaire de style Mvaï. Ainsi en est-il de la sculpture de la photo 1, caractérisée par une coiffure en 3 coques se terminant en catogan dans la nuque, un ventre proéminent, des cuisses et mollets puissants...
Les Mvaï et Okak, voisins des Ntumu, occupent respectivement la vallée du Ntem au Nord Gabon-Sud Cameroun et la partie Nord de la Guinée équatoriale.
On retrouve de nombreuses figures de ce style dans les collections françaises, telle la célèbre sculpture du byeri, noire, suintante.(photo 2 du billet).
La deuxième photo, ici, reproduit une sculpture Betsi qui a appartenu également à Paul Guillaume, un autre style...

Photo 1 : Musée du Quai Branly, anc. collection P. Guillaume © Patrick Gries, Bruno Descoings.
Photo 2 : Galerie Louise Leiris, anc. collection P. Guillaume © Galerie Louise Leiris SAS.

Le style des Ntumu

Ntumu_cottesAu coeur du pays Fang, ce style est caractérisé par un tronc cylindrique, une tête assez petite surmontée d'une coiffure en forme de casque mais c'est surtout l'expression du visage que l'on remarque. Tous les traits sont délicats, impression probablement rendue par le modelé de la bouche presque dédaigneuse, le nez petit et fin dans le prolongement des arcades sourcilières conférant une forme en coeur à cette partie du visage...
Cette première photographie montre une oeuvre exceptionnelle collectée par le Capitaine Cottes lors de sa mission au Sud-Cameroun entre 1905 et 1907. Ce qu'elle a de particulier, c'est évidemment la présence de cette flûte alors que la plupart des figures de reliquaire représentent des personnages tenant un récipient. Il s'agirait peut-être d'une évocation des cérémonies lors desquelles les crânes étaient sortis de leur boîte pour les initiés du byeri (le melan).
Ssty_ntumuLes Ntumu se situent dans le Nord du Gabon, à la frontière du Cameroun et la frontière Est de la Guinée équatoriale. Il sont très proches des Mvaï et des Okak; il n'est donc pas étonnant de retrouver des caractéristiques communes dans la réalisation de ces effigies.
L'essai de classification de Louis Perrois peut certainement être discuté par d'autres spécialistes puisqu'il y a eu de très nombreuses migrations dans ces régions et il est certain que des oeuvres sont difficilement attribuables de manière tranchée. Mais dans ses écrits, Louis Perrois est tout à fait conscient de cette difficulté et la présente toujours dans l'attente de recherches complémentaires sur les données socio-culturelles de l'aire Fang.
Styles_300

Photo 1 : Musée du Quai Branly © Hugues Dubois.
Photo 2 : Collection J. Mueller © Pierre Alain Ferrazini.
Photo 3 : Carte tirée du livre Fang, Perrois L., 2006 – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents
p. 33.

Arts du Gabon - Bibliographie

Punu_paquetbranly_260
La voie des ancêtres, 1986 - Catalogue d’exposition – Ed. Dapper.
Fang, 1991 - Catalogue d’exposition, Ed. Dapper.
Byeri Fang. Sculptures d'ancêtres en Afrique, 1992 - Catalogue d'exposition, Marseille - RMN
L'esprit de la forêt : terres du Gabon, 1998, - Catalogue d’exposition - Musée d'Aquitaine, Edition du Musée d’Aquitaine, Bordeaux.
Gabon, présence des esprits, 2006 - Catalogue d'exposition - Ed. Dapper.

Perrois L.,1972, La statuaire fan, Gabon – Paris, ORSTOM.
Perrois L.,1979, Arts du Gabon : les arts plastiques du bassin de l'Ogooué – Arts d'Afrique noire, Arnouville-les-Gonesse.
Perrois L.,1985, Art ancestral du Gabon – Ed. Nathan, M. Barbier-Mueller.
Perrois L., 1992, Byeri fang : sculptures d'ancêtres en Afrique - Catalogue d'exposition - Marseille Musée, RMN.
Perrois L., 2006, Fang – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents.
Perrois L. & Grand-Dufay C., 2008, Punu – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents.
Pourtier R., 1989, Le Gabon : espace, histoire, société, Paris : L’Harmattan.

Articles :
Réflexions sur l’art funéraire Kota, G. Delorme in Arts d'Afrique noire : arts premiers n°122, Villiers-le-Bel Arnouville-lès-Gonesse, été 2002.
Réflexions sur l’art funéraire Kota, G. Delorme in Arts d'Afrique noire : arts premiers n°123, Villiers-le-Bel Arnouville-lès-Gonesse, automne 2002.
Le Gabon de Fernand Grébert 1913-1932, L. Perrois in Art Tribal 01, Hiver 2002
Les masques blancs du Gabon, L. Perrois et Ch. Grand-Dufay in Art Tribal 08, Printemps/Eté 2005 et Art Tribal 09, Automne 2005.
L’art du Gabon dans la Collection Vérité, L. Perrois in Tribal Art 12, Printemps 2006.

n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : Musée du Quai Branly.

Les eyema byeri du nord du pays Fang

Ngumba_munich_160Les figures de reliquaires Fang, les eyema byeri, si elles répondent toutes à la même fonction, présentent cependant des aspects stylistiques fort différents selon les régions.
Essayant de dégager une analyse de ces effigies, Louis Perrois a distingué trois groupes stylistiques : le nord du pays Fang (Sud-Cameroun), le coeur (Nord du Gabon et nord-est du Mbini) et les Fang du
Ngumba_berlin_2Sud.
Chacune de ces aires étant décomposées en plusieurs variantes.
Ainsi, le style Ngumba se caractérise-t-il par l'utilisation de métal. Les statuettes ont une assez grande taille. Le visage, aux traits stylisés, affiche une bouche proéminente, parfois prognathe.
Son menton est garni d'une barbe.
La silhouette est longiligne, le tronc cylindrique, les jambes sont petites et fléchies; les bras sont détachés du corps. Le personnage tient parfois un récipient ou une corne de médecine.(cf.photos 1 et 2).
MabeaLe style Mabea est fortement apparenté au style précédent. Il semble différer dans la mesure où l'aspect longiforme est plus tendu; la bouche est entrouverte afin de montrer des dents limées; la patine est plus rouge.
Parfois, les bras sont démesurément longs. Il s'agit ici d'une effigie féminine d'ancêtre.
On est loin des représentations plus douces qu'on a pu voir ici ou par exemple.

cf. Bibliographie sur ces questions.

Photo 1 : Staatliches Museum für Völkerkunde, Munich.
Photo 2 : Museum für Völkerkunde, Berlin-Dalhem © Hugues Dubois.
Photo 3 : Musée du Quai Branly

Les patines suintantes des reliquaires Fang

Eyema_byeri_160On l'aura remarqué sur différents byeri, certaines pièces dégagent un aspect luisant comme si une sève noire n'en finissait pas de suinter depuis le temps de leur réalisation; comme si cette patine si particulière était là pour conférer (à nos yeux non-initiés) encore plus de «sacré» à ces oeuvres.
Comment cela peut-il se produire ?
Les figures de reliquaires sont réalisées en bois clair puis noircies. Elles peuvent être enduites d'un vernis résineux et sont régulièrement entretenues à l'aide d'une décoction formée de sciure de padouk (un bois rouge) et d'huile de palme.
Mais cela ne nous donne pas la clef des patines suintantes.
Nlobyeri_160D'après Jean-Pierre Mohen et Didier Dubrana, dans l'ouvrage Arts et secrets d'humanité (Calmann-Lévy, 2006) où ils passent «en revue» (grâce à une série d'analyses scientifiques) certains objets du Musée du Quai Branly, ils dévoilent un coin de la réalité : «Cette impression de suintement est une illusion d'optique obtenue grâce au tamponnage d'une gomme». Voilà, tout semble dit... mais si la figure de reliquaire a perdu un peu de son secret, elle n'en demeure pas moins belle !

Photos : Musée du Quai Branly.

Les sculptures du byeri

Nsekh_byeri_160Le byeri est le culte des ancêtres qui était pratiqué par les Fang du Gabon et du Sud Cameroun.
La figure de reliquaire eyema byeri (statuette) ou seulement la représentation d'une tête (nlo byeri) est liée aux ancêtres fondateurs du lignage et surmonte une boîte nsekh byeri dans laquelle sont conservés les ossements et plus particulièrement les éléments du crâne.
Guillaume_branlyComme pour de nombreux peuples d'Afrique mais aussi d'Océanie, le crâne est le lieu où réside la force vitale de l'individu. Cette force peut se transmettre encore des morts aux vivants.
Le byeri désigne à la fois le culte et l'ensemble des reliques et de la figure.
Ces objets servaient à la consultation des ancêtres dans le cas de prises de décisions importantes, mais aussi pour les initiations au byeri (melan) lors desquelles on montrait les crânes familiaux aux jeunes garçons. Ces derniers, avec l'aide de plantes hallucinogènes, pouvaient alors entrer en communication avec les ancêtres.
Betsi_neuchatel_160Les premiers à s'intéresser à la culture Fang et à ses rites, à les relater et à collecter des byeri furent le père Henri Trille, missionnaire pour la Congrégation du Saint-Esprit, qui parcourut les territoires Fang du Gabon de 1892 à 1907 et l'allemand Günter Tessmann qui débarqua comme contremaître au Cameroun en 1904.
Ntumu_lubeck_160De retour à Lübeck en 1907, le directeur du musée proposa à ce dernier de repartir 3 ans pour une enquête de terrain. Personnalité ambigüe, Tessmann ne resta que 2 ans au Cameroun, y mena sa mission mais dans un climat de rapport de forces avec les populations rencontrées. Il notait cependant ses nombreuses observations tant sur la vie quotidienne que sur les rites, il réalisait des photographies, collectait des objets. Revenu prématurément en Allemagne en 1909, il commença l'écriture de son ouvrage Die Pangwe (dont on peut lire une partie traduite dans le catalogue d'exposition Fang du Musée Dapper, 1997), passionnant témoignage ethnographique du début du XXème siècle... à lire cependant avec du recul, compte tenu, semble-t-il, de la personnalité de son auteur !

Photo 1 : Musée Dapper, collectée par H. Himmelheber en 1938, anc. Collections H. Himmelheber et Ch. Ratton-Archives Musée Dapper © Gérald Berjonneau.
Photo 2 : Musée du Quai Branly, anc. collection Paul Guillaume.
Photo 3 : Musée ethnographique de Neuchâtel, collecte du Père Trilles.
Photo 4 : Völkerkundesammlung, Lübeck, collecte de Günter Tessmann.

Les Fang

Ntumu_berlin_160Plusieurs complications surgissent dès le départ de notre expédition parmi les arts Fang... le nom, la géographie, entre autres.
En effet, Fang est un nom donné par les Occidentaux à des groupes qui se répartissent sur les territoires du Cameroun, de la Guinée Equatoriale et du Gabon. Ces peuples proviennent probablement d'une migration issue du Nord-est et se sont installés en différents lieux du bassin de l'Ogooué, véritable carrefour de contacts et brassages des différentes ethnies.
D'autre part, par le fait des premiers interprètes de voyageurs occidentaux, ces groupes (débordant largement le seul groupe Fang) furent appelés Pahouins, Panggwe puis l'ensemble de ces populations prirent le nom de Fan puis celui de Fang.
Guerre_coll_160Averti que ce «nom» recouvre des sous-groupes différents parmi lesquels on pourrait englober les Bulu et Mabea à la fontière sud du Cameroun, les Mvaï et Ntumu au Nord du Gabon, les Okak et les Mvaï encore à la frontière de la Guinée-Equatoriale, les Betsi sur le moyen Ogooué... il faut donc être conscient que les oeuvres Fang ne sont donc pas le propre d'artistes du Gabon (bien que le groupe le plus important peuple ce pays).
Des styles différents vont ainsi émerger dans la statuaire et dans les masques.
Fang_okak_dapper_160Quoi qu'il en soit, sociétes, traditions, rites Fang ont des socles communs au-delà des frontières des états et cela nous autorise à évoquer une aire culturelle Fang.
Ainsi en était-il de la cérémonie du melan et des rites du byeri concernant les reliques des ancêtres, l'initiation s'effectuait pour de nombreux groupes dans le cadre du so; la justice, l'ordre étaient rendus par les adeptes du ngil...

Photo 1 : Masque Fang (Ntumu) Staatliche Museen zu Berlin, Preussischer Kulturbesitz, Museum für Völkerkunde © H. Schneebeli.
Photo 2 : Anc. collection P. Guerre © Gérard Bonnet, Marseille.
Photo 3 : Musée Dapper © Gérald Berjonneau.

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