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  • Alain Lecomte
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Masques Galoa

Galoa_mqb_160Les Galoa (ou Galwa) vivent en aval de Lambaréné sur le fleuve Ogooué. Les masques les plus célèbres des Galoa sont ceux appartenant à la Société Okukwé. Ceux-ci, plats et ovales, présentent un décor peint bien identifiable avec un jeu de triangles opposés sur le front et le menton; des yeux mi-clos, un nez droit et une symétrie parfaite dans leur construction.
Galoa_160Cette Société revêtait un caractère judiciaire; le miroir présent sur le front du masque pouvant être interprété comme un troisième oeil «capable» de repérer les fauteurs de troubles.
Selon Louis Perrois (in Art ancestral du Gabon), la danse du masque dans un village revêtait une certaine importance puisqu'il révèlait au grand jour les méfaits des uns et des autres !

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photo 2 : Musée Dapper © Archives Musée Dapper, photo Hugues Dubois.

Masques Kwele

Mueller_kwele
Poursuivant notre tour du Gabon par le biais des masques, nous rencontrons dans le Nord-Est du pays, le peuple Kwélé dont la production de masques variés et surprenants se faisait essentiellement dans le cadre du Bwété (cf. Kota).
Kwele_mqb_160Ce sont des représentations de visage humain, généralement blanchi, qui présentent une forme à cornes recourbées et dessinent celle d'un coeur. D'autres, masques à six yeux, déploient une vision démultipliée d'un esprit peut-être omniscient. Ces derniers n'ont pas manqué d'intéresser par leurs aspects
Kwele_gorille_160formels, les artistes contemporains.
Des masques Kwele zoomorphes incarnaient des génies de la brousse, masque antilope ou masque gorille comme celui-ci.
Ce dernier dansait tenant des armes dans les mains.
Il était enchaîné par des assistants comme s'il était chassé et donnait ainsi à voir la domination des humains sur la nature sauvage.

Photo 1 : Collection Barbier-Mueller © P.-A. Ferrazzini.
Photos 2 et 3 : Musée du Quai Branly.

Pendentifs Punu Lumbo

Punu_lumbu_pendA l'instar des masques noirs, moins célèbres que les masques blancs, se présentent des miniatures en bois
(5 à 15 cm) très raffinées. Ce sont des pendentifs, des amulettes, des sifflets chez les populations Punu et Lumbo du Sud-Ouest du Gabon.
Une attention particulière est toujours portée à la coiffure : une coque centrale la compose et un grand chignon est rejeté vers l'arrière.
Dapper_pun_lumLe visage, serein, présente, à l'image des masques, un front bombé, des yeux en grain de café que surplombent des arcades sourcilières régulières, le nez est droit et la bouche souvent lippue.
Parfois, des motifs d'entrelacs, de vannerie accompagnent le pendentif anthropomorphe.
Peu de renseignements sur ces objets, ces figurines devaient probablement être portées à des fins de protection.

Photo 1 : Collection Joseph Mueller in Art ancestral du Gabon, © Pierre-Alain Ferrazini.
Photo 2 : Musée Dapper in Corps Sublimes, © Hugues Dubois.

Les masques noirs Punu

Noir_punu_160Moins nombreux, moins connus ; les masques noirs Punu reprennent la forme des masques blancs. Parfois, la coiffure en coques laisse place à une haute coiffe de cheveux naturels.
Ce type de masque aurait appartenu à des sociétés judiciaires ou policières. La collerette du masque permettait de maintenir le tissu du costume dissimulant le porteur du masque qui devait conserver l'anonymat.
Ikwar160Chargées de maintenir l'ordre, mais aussi suspectées de semer la terreur, ces sociétés comme les puissantes sociétés Ngil chez les Fang, furent rapidement interdites par les autorités coloniales.
Ce deuxième masque est exposé au Musée du Quai Branly, il avait appartenu très tôt à Maurice de Vlaminck et a été acquis récemment par le Musée.

Photo 1 : Musée Dapper © Hugues Dubois.
Photo 2 : Musée du Quai Branly.

Masques Punu Lumbo

Dapper_punu160Ces masques blancs, bien caractéristiques, représenteraient les figures féminines d'esprits de défunts.
Reconnaissables à leur coiffure à coques reproduisant des nattes noires, à leurs yeux plissés, arqués comme la ligne des sourcils, leurs lèvres rouges ourlées, à leur face douce et blanchie au kaolin marquée par des scarifications composées de neuf points disposés en losange, ces masques furent réalisés dans les régions du Sud Gabon.
Ipunu_bergDe manière générale, ce sont les peuples Punu, Lumbo, Eshira et plus à l'est les Sango; mais aussi les Myene, plus au Nord; les peuples des lagunes de l'Ogooué maritime; les peuples Apindji, Simba et Tsogho, qui fabriquaient ces masques dans le cadre de cérémonies funéraires.
DanseurpunuC'est en 1865 que l'explorateur Paul du Chaillu, parcourant la région Punu, rencontra ce type de masques et assista aux rites de sociétés Mukuyi (ou Okuyi). Lors de ces mascarades, les danseurs s'exécutaient, montés sur de hautes échasses et réalisaient de réelles figures acrobatiques. De nos jours, celles-ci demeurent dans le cadre de réjouissances.
PunubranlyCes masques sont aussi bien connus par les collectionneurs car ils arrivèrent dès le début du XXème siècle en Europe et furent remarqués par les artistes qui découvraient alors «l'art nègre»(cf. Matisse et l'«art nègre»), mais aussi par le marchand Paul Guillaume (déjà évoqué) très intéressé par l'art Fang et qui recevait dès 1915-1920 de nombreuses oeuvres collectées au Congo français.

On pourra lire les articles :
«Les masques blancs du Gabon», L. Perrois et Ch. Grand-Dufay in Art Tribal 08, Printemps/Eté 2005 et Art Tribal 09, Automne 2005.
«L’art du Gabon dans la Collection Vérité», L. Perrois in Art Tribal 12, Printemps 2006.

Photo 1 : Musée Dapper © Hugues Dubois.
Photo 2 : Afrika Museum, Berg en Dal.
Photo 3 : © Michel Huet.
Photo 4 : Musée du Quai Branly.

Masques du Gabon

Gabon_masques_300
Des masques blancs Punu aux masques allongés Aduma, en passant par les masques «stylisés» Kwélé, aux masques heaumes Kota et aux impressionnants masques Ngil Fang; la diversité des masques du Gabon est une réalité incontournable où formes naturalistes, géométriques, «expressionnistes» se déclinent, accompagnant des mascarades encore présentes de nos jours.
Grebert1En 1913, le jeune missionnaire Fernand Grébert s'embarquait pour le Congo Français. C'est au niveau du cours moyen de l'Ogooué qu'il allait séjourner pendant près de 20 ans. Il écrivit Au Gabon, un ouvrage publié en 1922 qui devait déjà être illustré de plus de 400 dessins. Attentif à la vie des peuples qu'il rencontrait, il rédigea, entre autres, de nombreuses notes sur les Fang et réalisa une quantité impressionnante de dessins et gravures.
Grebert2Il consacra dans ces écrits de nombreuses planches aux arts traditionnels, en sont les témoins les deux reproductions ci-contre. Il collecta et envoya aux Musées de Genève et de Neuchâtel de nombreux objets : objets magiques, armes, instruments de musique et masques que l'on peut retrouver dans les collections de ces musées.

Pour en savoir plus, on lira avec intérêt l'article de Louis Perrois et celui de Claude Savary parus dans Art Tribal consultables en ligne : pages 1 et 2, pages 3 et 4, pages 5 et 6 et les pages 7 et 8.

Carte extraite de l'ouvrage : Perrois, Louis.1985. Art ancestral du Gabon – Ed. Nathan, M. Barbier-Mueller.p. 16
Dessins © Fernand Grébert. Photos : Tirées du livre Le Gabon de Fernand Grébert : 1913-1932. Genève, Musée d'ethnographie, Département des affaires culturelles, Ville de Genève : Ed. D, 2003.

Les Tsogho

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Les Tsogho constituent un peuple vivant dans les hautes vallées du centre du Gabon. Le culte du Bwiti (déjà évoqué à l'occasion de l'exposition Gabon, présence des esprits) y est bien vivant.
Il s'agit d'un culte aux ancêtres mais ses rites sont également pratiqués dans l'exercice de la justice.
La maison de culte est l'ebanza, lieu «représentatif» de l'homme dans le cosmos, dont les éléments architecturaux sont ornés de sculptures antropomorphes et de motifs symboliques.
Mbumba_bwiti_160Ces deux premières figures représentent des têtes de reliquaire appelées Mbumba Bwiti. Elles sont plus ou moins ovales et comportent des plaques de laiton mais avec une utilisation plus discrète que ce que l'on trouve en pays Kota. Ces têtes surmontaient des paniers contenant des reliques (ossements, pièces, coquillages, objets magico-religieux...).
Gheonga_160 Les reliquaires étaient conservés dans un endroit précis de l'ebanza.
A l'intérieur de l'ebanza, se trouvaient également des statuettes très caractéristiques (Ghéonga), le corps tendu, peint en ocre, poings fermés, les jambes fléchies.
Très dynamiques, ces statuettes d'ancêtre étaient rendues très expressives par les caractéristiques de leur visage : bouche ouverte, les yeux particulièrement pénétrants grâce à l'utilisation du blanc pour le fond de l'oeil souligné par le noir de la pupille et du bord des paupières; couleurs reprises dans la coiffure en bandeaux.

Photos : Musée Barbier-Mueller in Art ancestral du Gabon, Louis Perrois, 1985 © Pierre-Alain Ferrazini.

Une statue reliquaire Mbete

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À la frontière du Gabon et la République du Congo, vit le peuple Mbete (ou Ambete).
Celui-ci serait d’origine Kota.
Des enquêtes ethnographiques menées par André Even dans les années 20 chez les Mbete ont montré que le culte des reliques était un culte important au même titre que le Byeri chez les Fang, le Mbulu-ngulu chez les Kota du Sud et le Bwete chez les Kota-Mahongwe.
Dos_statue_160Contrairement à ces peuples, le reliquaire n’était pas constitué d’un panier surmonté d’une figure de reliquaire, mais était la statue elle-même.
C'est le cas de cette statue présentée au Pavillon des Sessions du Louvre.
La statue rendue blanche par l’application de kaolin, se présente frontalement, bien campée sur ses deux pieds dont l’une des chevilles est entourée d’un anneau de laiton. Ses deux jambes sont massives, pliées au niveau des genoux. Ces derniers sont bien marqués par un travail de polissage et dessinent des surfaces elliptiques planes. Le buste est presque cylindrique avec cependant une partie ventrale enflée présentant une hernie ombilicale saillante et un petit orifice à la base du cou, communicant ainsi avec la partie creuse de ce torse. Les bras sont détachés du torse, les mains son posées sur le ventre.
Tete_160Le cou est surmonté d’une tête de forme arrondie au front important qui surplombe la face plate profondément creusée. Au-dessus des deux yeux ronds recouverts d’un clou de laiton, des arcades sourcilières rectilignes confèrent au bas du visage une forme pentagonale (menton, côtés des joues, arcades).
Tete_160_droiteLa bouche est entrouverte avec une taille originale du bois en biseaux sur la partie supérieure de la cavité afin de donner l’illusion de dentition. Le nez ressort, droit et petit; les oreilles sont également petites mais bien saillantes. La coiffure présente trois crêtes, la crête centrale étant la plus importante. De part et d’autre, une coiffure dissymétrique a été réalisée.
Mbete_mueller_160La statue du Louvre présente de grandes similitudes avec celle de l’ancienne collection de Joseph Mueller, cette dernière étant un peu plus trapue au niveau du corps et le bas du visage (oreilles et bouche) et diffère notamment par la présence d’un prognathisme.
Celle-ci proviendrait de la région de la rivière Louessé en République du Congo et il se pourrait que celle du Pavillon des Sessions provienne de la même région; ayant été déposée en 1938 au Musée de la France d’Outre-Mer par le pavillon de l’Afrique Equatoriale française de l’exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, avec semble-t-il une erreur d'étiquette !

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photos 2, 3 et 4 : Photos de l'auteur.
Photo 5 : in African art from the late Josef Mueller of Solothurn : auction June 13, 1978 p.140

Reliquaires Kota en l'île

Ile_aixCe n'est pas au bout du monde... c'est une toute petite île que l'on connaît surtout pour ses fortifications, pour les personnages célèbres qui y ont, «bon gré, mal gré» séjourné (Napoléon y passa ses 3 derniers jours avant d'être exilé pour Saint-Hélène, le 15 Juillet 1815).
Aix_kota
L'île d'Aix est probablement l'un des derniers endroits où j'aurai pensé pouvoir parler des reliquaires Kota.
Et pourtant, elle recèle un musée africain que l'on doit à l'initiative du baron Gourgaud (1881-1944), présentant les collections zoologiques et ethnographiques qu’il avait rassemblées au cours de ses voyages.
Et dans ses collections, deux figures de reliquaire de style Obamba : une coiffe en forme de croissant surmonte les figures et des coiffes latérales les encadrent, se distinguant du style Kota-Mahongwe présenté dans le précédent billet.

Photos : Extraites du site Musées de l'île d'Aix.

Styles des figures de reliquaire Kota

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Si les figures de reliquaires Kota possèdent de nombreuses caractéristiques communes (visage stylisé avec un placage de cuivre, un manche en forme de losange); il n'en demeure pas moins qu'elles affichent des morphologies bien différentes. Des spécialistes comme Alain et Françoise Chaffin, Ingeborg Bolz, Louis Perrois ou Gérard Delorme, ont voulu mettre en évidence des groupes stylistiques parmi ces sous-groupes Kota.
Mahongwesessions_160Il semble qu'on puisse distinguer 5 groupes : le style Mahongwe, le style Shamaye, le style des Kota du Sud (Obamba, Ndumu, Wumbu), le style Ndassa et le style Sangu.
Regardons ici quelques figures de reliquaires Kota-Mahongwe.
Cette oeuvre du Pavillon des Sessions, entrée dans les collections du Muséum d’Histoire Naturelle en 1886, peut servir de modèle pour décrire brièvement le style Mahongwe.
Mahongwe_branly_160La forme, ovoïde et stylisée, est réalisée avec une âme de bois surmontée de plaques de métal. Elle est de faible épaisseur, concave, décorée d’une plaque de cuivre sur le devant qui la sépare verticalement. Des yeux sont figurés par deux cabochons, le nez est formé par une fine plaque perpendiculaire.
Le reste du visage est recouvert de lamelles de cuivre aplati posées verticalement et agrafées. D’autres lamelles sont figurées sous les yeux. Au sommet, on observe une protubérance entourée de fil métallique. Mahongwe_dapper_160Le manche est recouvert en partie haute de fil de cuivre ou de laiton. La base s’élargie et forme comme une poignée sculptée de plan perpendiculaire à la face. Cette poignée comporte des plaques de métal mais laisse aussi le bois apparent. Certaines des plaques de cuivre sont piquetées, ciselées ou martelées.
Ce type de figure est une représentation symbolique du visage de l’ancêtre, beaucoup ont des blasons d’identification lignagère rendu par des motifs piquetés dans le cuivre. Les lignes, au revers, seraient des tresses stylisées et la protubérance du sommet, un chignon. La poignée qui forme parfois un losange plus prononcé serait une stylisation des bras. Le piètement de la sculpture était rattaché à un panier, de cette façon, l’ensemble formait une entité et représentait une figure anthropomorphe entière.
Mis en relation avec sa fonction, le gardien représenterait un esprit, un ancêtre dont on chercherait la protection.

Photo 1 : Carte extraite de l'ouvrage Gabon, présence des esprits, 2006 - Catalogue d'exposition - Ed. Dapper.
Photos 2 et 3 : Musée du Quai Branly.
Photo 4 : Musée Dapper © Gérald Berjonneau.

Les reliquaires Kota

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Le peuple Kota vit principalement à l’est du Gabon et à l’ouest du Congo.
Le groupe dit Kota serait un peuple issu des Ngumba en Guinée Equatoriale qui s’est dirigé vers le Sud avec les Fang.
Mueller_ferranzzini_160 C'étaient de grands chasseurs et des guerriers.
Alliés aux Bashake, ils auraient fondé conjointement de nombreux villages.
Les Kota sont aujourd’hui établis entre le fleuve Ogooué et la rivière Invendo.
L’initiation, les rites dans le cadre des cultes d'ancêtres, le Bwété, avaient une grande importance au sein de la société.
Mueller_ferrLe rituel funéraire permettait d’éloigner les morts et de les honorer afin de bénéficier de leur protection.
Le Bwété était également au centre de la vie du clan lors de l’initiation, il permettait un rassemblement périodique de la communauté.
Ainsi, comme chez les Fang, les crânes et os des ancêtres étaient conservés
Kota_bergdans des paniers surmontés de figures de reliquaires anthropomorphes, représentation symbolique et très stylisée du visage de l’ancêtre.
L’usage du cuivre dans l’art africain est fréquent, mais l’emploi systématique en placage et sur les reliques elles-mêmes est ici très original d'autant plus qu'il n’y a pas de cuivre dans la région occupée par les Kota, ni dans les zones à partir desquelles ils ont migré.

Photo 1 : Gravure extraite de "Exploration dans l'Ouest africain" de P. S. de Brazza d'après un dessin de J. de Brazza in Le Tour du Monde 1887.
Photos 2 et 3 : Collection Barbier-Mueller © P.-A. Ferrazzini.
Photo 4 : Afrika Museum, Berg-en-Dal.

Les reliquaires de l'est du Gabon

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Dans la continuité des notes concernant les reliquaires Fang; nous rencontrons, à l'est du Gabon, plusieurs peuples pour lesquels le culte des reliques était très important. Une majorité d'entre eux est regroupée sous le nom de Kota ou Bakota. Ainsi en est-il des peuples Mahongwe, Shamaye et plus au Sud, des peuples Ndassa et Sangu. Plus proches de la frontière avec la République du Congo, se situent les peuples Ambete avec les Obamba notamment.
Le «groupe» Kota (bien que cet amalgame puisse être discuté) réalise des figures de reliquaires très particulières qui ont frappé les premiers voyageurs occidentaux. Pour témoignage, cette gravure d'après le voyage de Pierre Savorgnan de Brazza.
Reliquaires_brazza_300

Carte extraite de l'ouvrage : Perrois, Louis.1985. Art ancestral du Gabon – Ed. Nathan, M. Barbier-Mueller. p.17.
Gravure extraite de "Exploration dans l'Ouest africain" de P. S. de Brazza d'après un dessin de J. de Brazza in Le Tour du Monde 1887.

La statuaire Fang

Magnelli_160Dernier billet sur les reliquaires Fang.
Un lien précieux fourni par le Blog African'Art :
La statuaire Fang,
texte de Louis Perrois, in Arts d'Afrique Noire, automne 1973.
Ci-contre, exposé au Pavillon des Sessions, un grand reliquaire Fang ayant appartenu au peintre Alberto Magnelli.
Ce dernier possédait plus de 200 pièces africaines mais le style de ses oeuvres ne semblent pas avoir été influencé par sa collection.
Replaçant cette phrase dans le contexte de la première moitié de XXème siècle : «Magnelli, répondant à un questionnaire de J. LAUDE avoue qu’il a été séduit par la puissance plastique de la sculpture nègre, qui se révèle dans la finesse des traits et le détail méticuleux, preuves du sérieux par lequel les artistes nègres réalisaient leurs oeuvres. La leçon que Magnelli invite à retenir : l’artiste doit savoir mettre le temps entre parenthèses pour se donner le seul temps nécessaire, celui de la composition et de la finition de son oeuvre». («La sculpture d'après matière dans l'art nègre : nouveaux horizons de liberté et de séduction.» Article de Iba Ndiaye Diadji in Ethiopiques n°61, 2e semestre 1998).
Seule leçon ?

Photo : Musée du Quai Branly.

La Vénus noire

Betsi_dapper_160La Vénus noire ou Vénus pahouine est le nom de cette superbe figure Betsi, provenant de l'ancienne collection Georges de Miré et exposée à la Galerie Pigalle en 1930. Les Betsi occupent le Sud de la région Fang du Gabon, sur la rive droite de l'Ogooué, au nord de Lambaréné. Les figures de reliquaire présentent une tête au volume important par rapport à celui du corps, coiffée de tresses stylisées ou plates, finement incisées. Quant au corps, au doux modelé; il dégage, par ses rondeurs, par le contraste des membres gonflés et l'allongement inhabituel des bras, une sensualité sereine.
Met_betsi_160Les réalisations Betsi concernent également de nombreuses têtes d'ancêtres sculptées de manière isolée, les nlo byeri.
Ici, de curieuses tresses «à oreillettes» retombent à la manière de coiffures postiches portées par certains Fang.
Plus éloignée de la sensualité dégagée par la Vénus noire, il semble que cette dernière impose sa puissance au spectateur.

Photo 1 : Musée Dapper © Hugues Dubois.
Photo 2 : The Metropolitan Museum of Art.

Paul Guillaume et les figures de reliquaire Fang

Guillaume_mvai« C'est en 1904, chez une blanchisseuse de Montmartre, que le hasard m'a conduit pour la première fois devant une idole noire. Comment expliquer la présence en un tel endroit d'une chose aussi singulière ? .... Quoi qu'il en soit, mon goût était décidé.
À cette époque, je commençais à fréquenter les milieux littéraires et les peintres.
Je connaissais Guillaume Apollinaire et c'est à lui d'abord que je montrai ma trouvaille. Je ne rencontrerai sans doute plus de ma vie un esprit aussi enthousiaste, aussi clairvoyant que l'était Guillaume Apollinaire devant l'oeuvre d'art qui révèle quelque chose de rare et d'étrange...» in Une esthéthique nouvelle - L'art nègre (Ecrits de Paul Guillaume, 1993, Idées et Calendes, Neuchâtel).

Guillaume_leirisAu-delà de cette anecdote peu crédible quant à la date (Paul Guillaume est né en 1891 !); ce dernier fut l'un des premiers marchands d'art à se spécialiser vers 1911 dans la vente d'objets africains. Plus qu'un simple marchand, ami de Guillaume Apollinaire, on sait qu'il fut l'une des figures de l'avant-garde artistique du début du siècle. S'intéressant à l'Art Nègre, il fut particulièrement passionné par les figures de reliquaire de style Mvaï. Ainsi en est-il de la sculpture de la photo 1, caractérisée par une coiffure en 3 coques se terminant en catogan dans la nuque, un ventre proéminent, des cuisses et mollets puissants...
Les Mvaï et Okak, voisins des Ntumu, occupent respectivement la vallée du Ntem au Nord Gabon-Sud Cameroun et la partie Nord de la Guinée équatoriale.
On retrouve de nombreuses figures de ce style dans les collections françaises, telle la célèbre sculpture du byeri, noire, suintante.(photo 2 du billet).
La deuxième photo, ici, reproduit une sculpture Betsi qui a appartenu également à Paul Guillaume, un autre style...

Photo 1 : Musée du Quai Branly, anc. collection P. Guillaume © Patrick Gries, Bruno Descoings.
Photo 2 : Galerie Louise Leiris, anc. collection P. Guillaume © Galerie Louise Leiris SAS.

Le style des Ntumu

Ntumu_cottesAu coeur du pays Fang, ce style est caractérisé par un tronc cylindrique, une tête assez petite surmontée d'une coiffure en forme de casque mais c'est surtout l'expression du visage que l'on remarque. Tous les traits sont délicats, impression probablement rendue par le modelé de la bouche presque dédaigneuse, le nez petit et fin dans le prolongement des arcades sourcilières conférant une forme en coeur à cette partie du visage...
Cette première photographie montre une oeuvre exceptionnelle collectée par le Capitaine Cottes lors de sa mission au Sud-Cameroun entre 1905 et 1907. Ce qu'elle a de particulier, c'est évidemment la présence de cette flûte alors que la plupart des figures de reliquaire représentent des personnages tenant un récipient. Il s'agirait peut-être d'une évocation des cérémonies lors desquelles les crânes étaient sortis de leur boîte pour les initiés du byeri (le melan).
Ssty_ntumuLes Ntumu se situent dans le Nord du Gabon, à la frontière du Cameroun et la frontière Est de la Guinée équatoriale. Il sont très proches des Mvaï et des Okak; il n'est donc pas étonnant de retrouver des caractéristiques communes dans la réalisation de ces effigies.
L'essai de classification de Louis Perrois peut certainement être discuté par d'autres spécialistes puisqu'il y a eu de très nombreuses migrations dans ces régions et il est certain que des oeuvres sont difficilement attribuables de manière tranchée. Mais dans ses écrits, Louis Perrois est tout à fait conscient de cette difficulté et la présente toujours dans l'attente de recherches complémentaires sur les données socio-culturelles de l'aire Fang.
Styles_300

Photo 1 : Musée du Quai Branly © Hugues Dubois.
Photo 2 : Collection J. Mueller © Pierre Alain Ferrazini.
Photo 3 : Carte tirée du livre Fang, Perrois L., 2006 – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents
p. 33.

Arts du Gabon - Bibliographie

Punu_paquetbranly_260
La voie des ancêtres, 1986 - Catalogue d’exposition – Ed. Dapper.
Fang, 1991 - Catalogue d’exposition, Ed. Dapper.
Byeri Fang. Sculptures d'ancêtres en Afrique, 1992 - Catalogue d'exposition, Marseille - RMN
L'esprit de la forêt : terres du Gabon, 1998, - Catalogue d’exposition - Musée d'Aquitaine, Edition du Musée d’Aquitaine, Bordeaux.
Gabon, présence des esprits, 2006 - Catalogue d'exposition - Ed. Dapper.

Perrois L.,1972, La statuaire fan, Gabon – Paris, ORSTOM.
Perrois L.,1979, Arts du Gabon : les arts plastiques du bassin de l'Ogooué – Arts d'Afrique noire, Arnouville-les-Gonesse.
Perrois L.,1985, Art ancestral du Gabon – Ed. Nathan, M. Barbier-Mueller.
Perrois L., 1992, Byeri fang : sculptures d'ancêtres en Afrique - Catalogue d'exposition - Marseille Musée, RMN.
Perrois L., 2006, Fang – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents.
Perrois L. & Grand-Dufay C., 2008, Punu – Coll. Visions d’Afrique - Ed. 5 Continents.
Pourtier R., 1989, Le Gabon : espace, histoire, société, Paris : L’Harmattan.

Articles :
Réflexions sur l’art funéraire Kota, G. Delorme in Arts d'Afrique noire : arts premiers n°122, Villiers-le-Bel Arnouville-lès-Gonesse, été 2002.
Réflexions sur l’art funéraire Kota, G. Delorme in Arts d'Afrique noire : arts premiers n°123, Villiers-le-Bel Arnouville-lès-Gonesse, automne 2002.
Le Gabon de Fernand Grébert 1913-1932, L. Perrois in Art Tribal 01, Hiver 2002
Les masques blancs du Gabon, L. Perrois et Ch. Grand-Dufay in Art Tribal 08, Printemps/Eté 2005 et Art Tribal 09, Automne 2005.
L’art du Gabon dans la Collection Vérité, L. Perrois in Tribal Art 12, Printemps 2006.

n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : Musée du Quai Branly.

Les patines suintantes des reliquaires Fang

Eyema_byeri_160On l'aura remarqué sur différents byeri, certaines pièces dégagent un aspect luisant comme si une sève noire n'en finissait pas de suinter depuis le temps de leur réalisation; comme si cette patine si particulière était là pour conférer (à nos yeux non-initiés) encore plus de «sacré» à ces oeuvres.
Comment cela peut-il se produire ?
Les figures de reliquaires sont réalisées en bois clair puis noircies. Elles peuvent être enduites d'un vernis résineux et sont régulièrement entretenues à l'aide d'une décoction formée de sciure de padouk (un bois rouge) et d'huile de palme.
Mais cela ne nous donne pas la clef des patines suintantes.
Nlobyeri_160D'après Jean-Pierre Mohen et Didier Dubrana, dans l'ouvrage Arts et secrets d'humanité (Calmann-Lévy, 2006) où ils passent «en revue» (grâce à une série d'analyses scientifiques) certains objets du Musée du Quai Branly, ils dévoilent un coin de la réalité : «Cette impression de suintement est une illusion d'optique obtenue grâce au tamponnage d'une gomme». Voilà, tout semble dit... mais si la figure de reliquaire a perdu un peu de son secret, elle n'en demeure pas moins belle !

Photos : Musée du Quai Branly.

Les sculptures du byeri

Nsekh_byeri_160Le byeri est le culte des ancêtres qui était pratiqué par les Fang du Gabon et du Sud Cameroun.
La figure de reliquaire eyema byeri (statuette) ou seulement la représentation d'une tête (nlo byeri) est liée aux ancêtres fondateurs du lignage et surmonte une boîte nsekh byeri dans laquelle sont conservés les ossements et plus particulièrement les éléments du crâne.
Guillaume_branlyComme pour de nombreux peuples d'Afrique mais aussi d'Océanie, le crâne est le lieu où réside la force vitale de l'individu. Cette force peut se transmettre encore des morts aux vivants.
Le byeri désigne à la fois le culte et l'ensemble des reliques et de la figure.
Ces objets servaient à la consultation des ancêtres dans le cas de prises de décisions importantes, mais aussi pour les initiations au byeri (melan) lors desquelles on montrait les crânes familiaux aux jeunes garçons. Ces derniers, avec l'aide de plantes hallucinogènes, pouvaient alors entrer en communication avec les ancêtres.
Betsi_neuchatel_160Les premiers à s'intéresser à la culture Fang et à ses rites, à les relater et à collecter des byeri furent le père Henri Trille, missionnaire pour la Congrégation du Saint-Esprit, qui parcourut les territoires Fang du Gabon de 1892 à 1907 et l'allemand Günter Tessmann qui débarqua comme contremaître au Cameroun en 1904.
Ntumu_lubeck_160De retour à Lübeck en 1907, le directeur du musée proposa à ce dernier de repartir 3 ans pour une enquête de terrain. Personnalité ambigüe, Tessmann ne resta que 2 ans au Cameroun, y mena sa mission mais dans un climat de rapport de forces avec les populations rencontrées. Il notait cependant ses nombreuses observations tant sur la vie quotidienne que sur les rites, il réalisait des photographies, collectait des objets. Revenu prématurément en Allemagne en 1909, il commença l'écriture de son ouvrage Die Pangwe (dont on peut lire une partie traduite dans le catalogue d'exposition Fang du Musée Dapper, 1997), passionnant témoignage ethnographique du début du XXème siècle... à lire cependant avec du recul, compte tenu, semble-t-il, de la personnalité de son auteur !

Photo 1 : Musée Dapper, collectée par H. Himmelheber en 1938, anc. Collections H. Himmelheber et Ch. Ratton-Archives Musée Dapper © Gérald Berjonneau.
Photo 2 : Musée du Quai Branly, anc. collection Paul Guillaume.
Photo 3 : Musée ethnographique de Neuchâtel, collecte du Père Trilles.
Photo 4 : Völkerkundesammlung, Lübeck, collecte de Günter Tessmann.

Les Fang

Ntumu_berlin_160Plusieurs complications surgissent dès le départ de notre expédition parmi les arts Fang... le nom, la géographie, entre autres.
En effet, Fang est un nom donné par les Occidentaux à des groupes qui se répartissent sur les territoires du Cameroun, de la Guinée Equatoriale et du Gabon. Ces peuples proviennent probablement d'une migration issue du Nord-est et se sont installés en différents lieux du bassin de l'Ogooué, véritable carrefour de contacts et brassages des différentes ethnies.
D'autre part, par le fait des premiers interprètes de voyageurs occidentaux, ces groupes (débordant largement le seul groupe Fang) furent appelés Pahouins, Panggwe puis l'ensemble de ces populations prirent le nom de Fan puis celui de Fang.
Guerre_coll_160Averti que ce «nom» recouvre des sous-groupes différents parmi lesquels on pourrait englober les Bulu et Mabea à la fontière sud du Cameroun, les Mvaï et Ntumu au Nord du Gabon, les Okak et les Mvaï encore à la frontière de la Guinée-Equatoriale, les Betsi sur le moyen Ogooué... il faut donc être conscient que les oeuvres Fang ne sont donc pas le propre d'artistes du Gabon (bien que le groupe le plus important peuple ce pays).
Des styles différents vont ainsi émerger dans la statuaire et dans les masques.
Fang_okak_dapper_160Quoi qu'il en soit, sociétes, traditions, rites Fang ont des socles communs au-delà des frontières des états et cela nous autorise à évoquer une aire culturelle Fang.
Ainsi en était-il de la cérémonie du melan et des rites du byeri concernant les reliques des ancêtres, l'initiation s'effectuait pour de nombreux groupes dans le cadre du so; la justice, l'ordre étaient rendus par les adeptes du ngil...

Photo 1 : Masque Fang (Ntumu) Staatliche Museen zu Berlin, Preussischer Kulturbesitz, Museum für Völkerkunde © H. Schneebeli.
Photo 2 : Anc. collection P. Guerre © Gérard Bonnet, Marseille.
Photo 3 : Musée Dapper © Gérald Berjonneau.

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