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  • Alain Lecomte
    Membre de l'Organisation Internationale des Experts - ORDINEX

juillet 2009

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Objets inaccessibles

Nkisi_kozo300

J'avais déjà évoqué Nanette Jacomijn Snoep en tant que Commissaire de l'exposition Recettes des dieux, actuellement visible au Musée du Quai Branly, et pour son article fort intéressant « La production et la transformation d’un objet ethnographique africain. Le cas de la collecte des minkisi à la fin du XIXème siècle. » (cf. billet).

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C'est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis rendue, la semaine dernière, au Salon de lecture du Musée où sont très souvent programmés (mais malheureusement presque confidentiellement) des rendez-vous avec les commissaires d'exposition ou autres personnalités.
Nanette Jacomijn Snoep avait en effet « sorti » trois objets des réserves, un nkisi kozo, un boli et un boccio.
(Les photos sont trompeuses, le chien étant de grande taille par rapport aux deux autres objets)
.
Avec brio, elle nous a décrit et expliqué ces objets de divination ; tous des objets puissants renfermant leur part de secret.

Golo300

Ce dernier objet a été trouvé dans la caisse des 47 pièces appartenant à la bande de voleurs dont le chef était Akpanaka et qui sévissait à Lomé au début des années 30. (Cf. L'informe dans l'art africain). Celui-ci, constitué d'un crâne de singe ligaturé sur un bâton de forme anthropomorphe, aurait servi à faire dormir les propriétaires des maisons pendant l'« opération »...
Les « grigri » de la bande passèrent du statut de fétiche à celui de pièce à convictions au moment du procès !
Qui est le fétichiste, nous a demandé malicieusement Nanette Jacomijn Snoep ?

Photos : Musée du Quai Branly.

... aux fétiches oubliés

Nkisi_cholet260

Suite du précédent billet.
Un nkisi nkondi de la collection Joseph Cholet, « caractéristique », c'est-à-dire fidèle à notre attente... Un personnage tendu, projeté vers l'avant, couvert de lames de fer et de clous. Sa bouche ouverte laisse entrevoir les dents. Sa main droite levée au niveau de la tête brandit un couteau et sa main gauche posée sur la hanche seraient les marques d'une posture royale des Kôngo (cf.l'exposition du Musée Dapper, Le geste Kôngo, 2002).
Le réceptacle abdominal, aujourd'hui vide et ouvert, témoigne de la nécessité de cette cavité renfermant la charge magique, le bilongo. Ce « laissé vide » alimente une nostalgie d'une efficacité perdue mais réelle.
Menaçant, peut-être rassurant aussi, il est à l'image même du fétiche africain de nos projections occidentales.

Cholet1_300

Mais Joseph Cholet ne s'en est pas tenu à collecter des minkisi anthropomorphes ou zoomorphes ; il s'est intéressé aux minkisi informes qui peuplent les réserves de nos musées. Ici, c'est un ensemble formé de coton, de cuir, de plumes, de fer, de fibres végétales, de résine, de corde et un miroir qui compose le paquet magique.

Cholet3_260

Photos : Musée du Quai Branly.

Des minkisi Loango

Nkisi2_Thérémin260

Le Loango était un royaume qui s'étendait du XIIIème siècle au XIXème siècle sur de vastes territoires occupant des régions de la République démocratique du Congo, l'enclave de Cabinda, de la République du Congo et du Gabon. Il aurait été le vassal de l'empire Kongo.
Lorsqu'on se penche sur les collections des musées d'ethnographie, l'on constate que les objets recueillis très tôt (dans la fin du XIXème siècle), l'ont été par des missionnaires et des médecins.
À Paris, les trois principales collections de minkisi en provenance du Congo étaient le fait de Joseph Cholet, de Théodore Thérémin et d’un certain M. Vincent.
Théodore Thérémin était un jeune médecin français mort de fièvres à son retour du Congo, qui avait souhaité léguer sa collection au Musée d'ethnographie du Trocadéro en 1892.

Nkisi_theremin260

Quant à Joseph Cholet, il avait été membre de la Mission de l'Ouest africain et plus tard, chef de poste à Loudima. Il avait rassemblé plusieurs minkisi dès 1886 et les avait aussi légués au Musée d'ethnographie du Trocadéro.

Nkisi2_cholet260

Dans l’article « La production et la transformation d’un objet ethnographique africain. Le cas de la collecte des minkisi à la fin du XIXème siècle. » (in Les cultures à l'oeuvre, 2005, Michèle Coquet, Brigitte Derlon et Monique Jeudy-Ballini), Nanette Jacomijn Snoep s’interroge sur le fait que les minkisi présentés dans les musées ou présents sur le marché de l’art, sont anthropomorphes ou zoomorphes alors que de nombreux témoignages affirment l’existence en grand nombre à la fin du XIXème siècle de minkisi en forme de panier ou de contenant sans forme.

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La question qui se pose alors, est de savoir si notre connaissance des minkisi, telle que nous l’avons maintenant, n’est pas plutôt le fait d’une sélection correspondant à un goût européen, un marché, et non pas le fruit d’une collecte ethnographique.

Photos : Musée du Quai Branly.
Minkisi respectivement collectés par M. Thérémin (photos 1 et 2), M. Cholet (3) et M. Vincent (4).

Habillage

Concubine350
Fin décembre 2008, le changement d'habillage de Détours des Mondes, permettant de disposer d'une colonne centrale plus large, bouscule toute la mise en page des billets écrits depuis 3 ans.
L'ordre des reproductions photographiques se trouve notamment mis à mal ; mais je ne peux reprendre la maquette de plus de 500 billets... je pense qu'ils demeurent cependant lisibles pour les nouveaux lecteurs.

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Photos : Masques de danse Pyolsandae, Yangju, Corée. American Museum of Natural History.

Les Bitumba

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Les bitumba (ntumba) anciennement nommés mintadi (pluriel de ntadi).

« Si l’art des Kongo est assez bien connu dans son ensemble, surtout pour sa sculpture sur bois; il possède encore bien des faces cachées, comme ces pierres funéraires. Lecomte_btumba2
Le rite constituerait à déposer sur la tombe des personnes importantes une représentation sculptée, signifiant leur fonction.
La définition donnée par Karl Laman en 1936 de «bitumba» est ressemblance, image, statue, buste. Mais d’après Raoul Lehuard, ces sculptures ne sont certainement pas Lecomte_bitumba2

conçues pour servir uniquement de figures tombales.
Ces pierres étaient parfois conservées par le chef à l’endroit discret où il entretenait les forces magiques et les témoignages religieux du groupe parental dont il avait la responsabilité.
Son successeur en héritait et c'est seulement Lecomte_bitumba3

à la mort du dernier «dépositaire sacré» que ces statues étaient déposées sur sa tombe. Parmi d’autres peuples du Moyen Congo, la statuaire presque toujours en bois, détenue par le chef de famille était détruite par le feu ou mise en terre avec le défunt. Ces statues n’étaient donc pas prévues pour servir uniquement de sculptures funéraires, bien que certaines aient pu l’être, mais elles le devenaient systématiquement à la mort de leur dernier dépositaire.»

Alain Lecomte, d’après le livre de Raoul Lehuard : Art Bakongo, la statuaire en pierre sculptée.

Photos : © Galerie Alain Lecomte.

Petites précisions sur les Minkisi ou « fétiches à clous »..mais qui auront une suite..

Dapper_nkisiJ’évoquais dans ma dernière note, ces statues magiques de l’aire culturelle Kongo (de la frontière du Congo et de la République Démocratique du Congo; de part et d’autre du fleuve Kongo).
Il serait bon de dire un mot sur ces minkisi…
Les Minkisi (c’est le pluriel de Nkisi) constituent véritablement l’incarnation d’une entité spirituelle qui se soumet à une contrôle humain au travers de rites.
Ils sont utilisés pour résoudre toute sorte de problèmes (maladie, stérilité, conflits…).
Ce sont généralement des statues antropomorhes de 15 à 30 cm de haut, possèdant une cavité ventrale dans laquelle est placée la charge magique : le bilongo.
Celui-ci est composé de diverses substances végétales et animales et est placé dans la cavité refermée par un bouchon résineux orné de coquillages ou de miroir.
L’acte de refermer ce réceptacle n’est pas anodin car il indique que les puissances invoquées peuvent être maîtrisées.
C’est le devin, le Nganga, qui au cours d’une cérémonie place la charge et de ce fait active les pouvoirs de la statue.
Par la suite, puisqu’il est l'intercesseur entre la personne qui vient le consulter et le Nkisi, le Nganga lèche un clou ou un élément de métal et l'enfonce dans le corps de la statue.
Il « réveille » ainsi l’esprit du Nkisi qu’il peut solliciter par des invocations.
Dapper_nkondi1Les oeuvres qui sont le plus souvent exposées dans nos musées appartiennent à la famille des Minkisi et sont des Minkondi ou Zinkondi (ce sont les pluriels de Nkonde (resp.Nkondi)).
Ce sont des œuvres relativement rares, de grandes tailles (généralement 1 mètre) avec un aspect effrayant : corps massif, épaules puissantes, brandissant parfois une lance, bouche ouverte qui dévoile des dents agressives…
La fonction principale des Minkondi est de rétablir l’ordre social dans la communauté.
Ils sont donc utilisés au cours de pratiques rituelles publiques. Malgré leur aspect effrayant, on comprend qu’ils jouent un rôle positif, protégeant la communauté contre le mal.
À voir la superbe exposition en ce moment au Musée Dapper: « Brésil, l’héritage africain », montrant, comment certains « référents symboliques » (par exemple de la culture Kongo) se sont transmis de l’autre côté de l’Atlantique.

Des billets plus tardifs : Des minkisi Loango ... aux fétiches oubliés.

Photo 1 : © Archives Musée Dapper/ Hugues Dubois
Photo 2 : © Musée Dapper