
À Paris, au début du XXème siècle plusieurs adresses étaient connues.
Il y avait, depuis la fin du XIXème, Antony Innocent Moris, celui qu'on appelait le Père Moris. Après une carrière militaire aux Indes et Tonkin, il loua en 1913 une boutique rue Victor Massé dans le 9ème ; son amie Marie y vendait de la brocante. Il se mit, quant à lui, à vendre des tissus persans. Cette année-là, semble-t-il, il acheta son premier masque africain.

La boutique était une vraie caverne d'Ali BaBa, Moris aimait accumuler les pièces les plus variées.
Lorsqu'il dispersa sa collection, Charles Ratton acheta quelques œuvres mais ce fut Pierre Vérité qui en acquit une grande partie.
C’est au Père Moris que Paul Guillaume acheta ses « premiers nègres ».
Emile Heymann (un nom peut être resté plus célèbre de nos jours), tenait une boutique « Au vieux Rouet ». Dès 1890, celui que Matisse appelait « le négrier de la rue de Rennes » vendait des objets africains parmi ses objets de curiosités (cf . affiche ci-dessous, « Armes de sauvages »).

Durant la période 1908-1914, un sculpteur d’origine hongroise, Joseph Brummer, joua un rôle important sur la scène parisienne en tant que marchand d’art. Grâce à des débuts de revente d’estampes japonaises, il put acheter à des brocanteurs des « objets nègres » et acquit vers 1909, une galerie au 6 boulevard Raspail.
Max Weber permit à Brummer de rencontrer Le Douanier Rousseau dans l’année 1908 et vers cette même époque, il se lia avec le peintre Frank Burty-Haviland qui lui permit d’acquérir des nombreux objets africains et océaniens. Il entra également en contact avec un écrivain allemand : Carl Einstein, celui-là même qui publia le premier essai esthétique des arts africains NegerPlastik.
D'autres marchands-collectionneurs existaient sur la place de Paris à l'époque; les noms cités ici sont restés peut-être un peu plus marquants pour différentes raisons (les deux premiers par leur caractère pionnier et les noms de leurs acheteurs - artistes d'Avant-garde, le second par ses influences multiples).
Leur succèdera une « deuxième » génération de marchands-collectionneurs dont les noms figurent toujours sur ce qu'on appelle dans le circuit du marché de l'« art primitif » : « le pedigree » des oeuvres, mention des Occidentaux entre les mains desquels l'objet est passé !
À lire un article très documenté d'Art Tribal 04, Hiver 2003 : À la rencontre des collectionneurs. Des photographies de la boutique du Père Moris sont reproduites dans l'article « Le complexe du chat botté ».
Photos 1 et 2 : in Arts d'Afrique Noire 46. 1983. © Charles Ratton.
Photo 3 : in Rubin, W. 1984. Le Primitivisme dans l'art du 20° siècle.p. 139.