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Tribal Art Magazine

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  • Alain Lecomte
    Membre de l'Organisation Internationale des Experts - ORDINEX

juillet 2009

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Tiki des Îles Marquises

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L'association Percevoir et le Musée du Quai Branly ont réitéré, hier, au Salon Jacques Kerchache, la présentation d'une oeuvre des collections du Musée.
S'adressant aux personnes malvoyantes mais aussi voyantes, l'expérience permet à ces dernières de prendre conscience de l'importance du toucher et tente de démontrer par là que la vue d'un objet dans une vitrine ne constitue qu'une petite partie d'une expérience qui devrait être multisensorielle.
Il s'agissait de la présentation d'un tiki des îles Marquises.
Dans toute la Polynésie, le mot « tiki » signifie être humain mais aussi ancêtre, divinité qui aurait créé les hommes.

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Celui qui circulait de main en main était de petite taille, en basalte, très trapu.
L'on devinait tout de suite l'importance accordée à la tête (près de 40% de la sculpture), puis, les grands yeux, la position fléchie, les deux mains sur le ventre.
Le reste n'était pas simple à discerner tant cette forme est ramassée sur elle-même et la sculpture des détails réalisée en bas-relief.

Le prochain rendez-vous de cette série L'aventure d'une oeuvre en collaboration avec l'association Percevoir aura lieu le 18 octobre.
D'ici, là, Nicolas Goepfert présentera, le 30 Août, un vase anthropomorphe Mochica dit LE PRISONNIER.

Photos : Musée du Quai Branly. n°inventaire : 72.84.221

Malagan ou "faire une image"

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Les sculptures malagan qui apparaissent lors des cérémonies des secondes funérailles au Nord de la Nouvelle - Irlande sont des accumulations, des images données à voir comme substitut du défunt.
La photographie ci-dessus ne constitue qu'un détail d'un extraordinaire enchevêtrement de figures anthropomorphes de près de 4m de hauteur. On y distingue une tête d'oiseau au sommet.

Malagan_berlin264Chaque clan est propriétaire de motifs qui constituent la sculpture.
Pour être « efficace », la structure doit néanmoins obéir à certaines règles afin de restituer l'histoire du groupe.
L'ordonnancement des motifs est ce qui importe.
Ces images sont liées aux histoires ancestrales et aux territoires.
Avec ces signes, on reçoit accès à des terres. Elaborée une seule fois avant d'être détruite, la « fabrique d'images » fonctionne pour être mémorisée et pour distribuer.
La cérémonie malagan scelle donc le passage à la génération suivante et notamment le passage des terres.
Les images sont intimement liées aux échanges, aux paiements en cochons qui vont permettre le transfert des droits sur le malagan.
L'image est donc ici plus qu'une simple oeuvre esthétique : elle est chargée d'émotions face à la présence des ancêtres, mais surtout, elle est « investie » de relations sociales fortes puisque tout se joue lors de cette « représentation de la mémoire » pour la revendication des droits et des pouvoirs.

Photos in Nouvelle-Irlande, Arts du Pacifique Sud, 2007, dir. M. Gunn& P. Peltier, Ed. 5 Continents, Musée du Quai Branly.
Photo 1 : Australian Museum, Sydney.
Photo 2 : Ethnologisches Museum, Berlin.

Sculptures de Nouvelle-Calédonie

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Les flèches faîtières Kanak surplombaient la Grande Case et se composaient de trois parties : un visage central entouré de motifs, un pied qui la rattachait au sommet du toit, et une ou plusieurs aiguilles ornées de coquillages. De cette première flèche faîtière, il reste peu de chose si ce n'est cette expression incroyablement forte du visage.

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La sculpture faîtière constitue avec le masque, l'un des insigne remis au chef par les clans les plus anciens.
Cette dernière présente plusieurs aiguilles qui devaient supporter des coquillages ; deux imposantes rangées de chevrons surmontent un visage trapu.
Celle-ci est très ancienne puisqu'elle date de la fin du XIVème siècle ou début du XVème.

Photos : Musée du Quai Branly. Pavillon des Sessions.

La Grande Case Kanak

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La Grande Case Kanak était autrefois la Maison que les hommes offraient au chef du clan aîné. Le système politique différaient de ceux qu'on trouve en Papouasie - Nouvelle-Guinée (Systèmes à Big Men généralement) ; il s'agissait là de chefferie.
La case était l'emblème du chef appelé "Grand aîné". Celle-ci était construite sur un tertre précédé d'une allée où les cases se répartissaient selon une certaine hiérarchie.
Dans cet espace étaient célébrés les grands événements de la communauté, le pilou, les échanges qui avaient lieu, par exemple, lors des mariages.

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De forme ronde au toit conique, construite autour d’un poteau central qui soutient toute la charpente, et qui symboliquement représente le grand aîné soutenant tout le groupe social, la Grande Case était plus qu'une simple habitation de chef, elle était une métaphore du chef.

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Ce sont les décors de la Grande Case et ceux des édifices des lignages les plus prestigieux, qui nous sont bien connus car impressionnants et ayant été collectés pour des musées occidentaux. Les flèches faîtières, les chambranles, le seuil et le linteau, les appliques extérieures... tous, sont des éléments sculptés.
Cette chambranle présentée au Pavillon des Sessions est étonnante dans ses volumes, le nez particulièrement imposant, la bouche rectangulaire et ses dents, les yeux globuleux, les oreilles stylisées...
La sculpture a été réalisée en bois de houp, que j'ai déjà évoqué, associé à la figure du chef.

Dessin 1 : in Roger Boulay, 1990, La maison Kanak, Ed. Parenthèses.
Dessin 2 : Dessin de Gustave de Glaumont, commis à l'Administration pénitentiaire (1880 -1890) in Roger Boulay, 1990, La maison Kanak, Ed. Parenthèses.
Photo 1 : Musée du Quai Branly.

Hache cérémonielle Kanak

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Difficile de ne pas dire un mot du superbe objet présenté dans le précédent billet.
C'est l'amiral D' Entrecasteaux qui, à la fin du XVIIIème siècle, parti à la recherche de La Pérouse, mentionne cet étrange objet.
Le naturaliste de bord le note dans son catalogue sous la dénomination casse-tête ou massue.

Hache_confluencesPourtant lorsqu'on observe les matériaux qui constituent cet objet, on est réellement frappé par leur richesse.
Cette hache (ci-contre), tout comme la première, présente un disque taillé dans la jadéite dont le manche est couvert de cordonnets de poils de roussette teints en rouge.
La base de leur manche est constituée d'une demi-noix de coco recouverte de tissu d'écorce battue, présentant un très bel entrelacement des cordonnets.
À l'intérieur, sont enfermés des graines, des coquillages qui transforment la hache en un instrument efficace pour faire du bruit et ponctuer le discours de tel orateur prestigieux qui l'aurait en main.
Des coquillages sont là encore pour rappeler sa préciosité.
On a longtemps cru qu'il s'agissait d'un instrument servant à découper le corps des victimes.

Detail0Maurice Leenhardt, au début du XXème siècle, précise que ces objets de prestige étaient utilisés dans des rituels destinés à frapper le soleil pour faire venir la pluie.
Mais la plupart des auteurs mentionnent leur utilisation lors de discours ; il se serait agi d'une sorte de casse-tête de parade brandi par le chef qui parlait.
Il semble aussi que ces objets circulaient lors des échanges entre les aînés des grands lignages mais ne portaient pas de connotation liée à la représentation des Ancêtres.
Objet non sacré, la hache-ostensoir pu devenir, plus tard, un cadeau emblème pour les administrateurs coloniaux. Elle fut même appelée Detail « hache du 14 juillet » puisque c'est à cette occasion que les Néo-Calédoniens la remettaient en tant que présent.
Fabriquées à la hâte, de nombreuses haches-ostensoirs perdirent beaucoup en qualité ; le merveilleux disque de pierre verte étant remplacé par de l'ardoise, des boîtes de conserve faisant office de base...

Source : Musée du Quai Banly - La Collection, 2009, Ed. Skira Flammarion, Musée du Quai Branly.

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photos 2, 3 et 4 : Musée des Confluences. Exposition virtuelle Cultures du Monde.

Arts de Nouvelle-Calédonie - Bibliographie

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Bensa, Alban & Jean-Claude Rivierre. 1982, Les Chemins de l'Alliance. L'organisation social et ses représentations en Nouvelle-Calédonie. Paris : Sélaf.
Boulay, R. & Kasarhérou E.(eds), 1990, De jade et de nacre : Patrimoine artistique kanak. Paris : R.M.N.
Boulay, R. 1990, La maison kanak. Marseille : Parenthèses / A.D.C.K.
Kasarhérou, E. 1993, Le masque kanak. Marseille : Parenthèses / A.D.C.K.
Leenhardt, Maurice. 1985 (1ère éd. 1930), Notes d'ethnologie Neocalédonienne. Paris: Institut d’Ethnologie.
Leenhardt, Maurice. 1976 (1ère éd. 1937), Do Kamo: La personne et le mythe dans le monde mélanésien. Paris, Ed.Gallimard -Essais.
Leenhardt, Maurice. 1937, Gens de la Grande Terre. Paris, Ed. Gallimard.

n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : Musée du Quai Branly.

Masque de deuilleur

71.1893.21.17_180Le masque de deuilleur Kanak est une figure particulièrement remarquable et ce sur bien des points.
Pour les masques du Nord de la Grande île, le nez proéminent, recourbé jusqu'à toucher le menton, ainsi que la bouche ouverte en rictus ou « sourire » sont les éléments les plus frappants.
Il en est de même de l'imposante coiffure réalisée en cheveux humains et du costume composé de fibres végétales et de plumes de notou, un pigeon aux plumes noires.
Ce masque était étroitement associé au deuil des chefs et apparaissait lors des cérémonies mortuaires comme un substitut du chef défunt.
Les cheveux qui le composent étaient donnés par la deuillerie du clan de la mère du chef défunt. Pendant que le corps pourrissait, les deuilleurs se coupaient les cheveux et la barbe qu'ils avaient laissé pousser.
En cela, ce matériau très intime, constituait un symbole de vie.
Le bois de houp, un arbre séculaire, associé à la figure du chef, compose le visage du masque.
Enfin, un filet couvert de plumes de notou enveloppait le corps du porteur de masque.
Le filet est associé au monde de la mer, monde des morts, tout comme les plumes de notou, appartenant au domaine des oiseaux, c'est-à-dire d'une manière métaphorique au domaine des ancêtres, contribuent à donner à ce masque de deuilleur des valeurs symboliques liées à la vie et à la mort.

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Le masque de deuilleur intervenait lors de la cérémonie où le chef défunt devenait Ancêtre. Il montait et descendait la grande allée du village qui conduisait à la case centrale. Les membres du clan maternel du chef recevait des présents de la part du clan paternel. Le masque ramassait ces présents.
Le masque s'appelait L'homme-oiseau dans le Nord de la Nouvelle-Calédonie.

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Pour en savoir plus sur les arts de Nouvelle-Calédonie, voir bibliographie prochaine.

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photo 2 : de l'auteur au Musée du Quai Branly.
Photo 3 : Musée d'Ethnographie de Neuchâtel.

Pupitre d'orateur Iatmul

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Dans le précédent billet, j'affirmais que les arts océaniens se révélaient être une inépuisable source d'étonnements.
Je me souviens qu'une sculpture de ce type fut l'objet de la première question posée, il y a quelques années de cela, en préambule au premier cours d'histoire des arts d'Océanie que je suivais alors.
De quoi s'agissait-il ?

Iatmul-pupitre-200Je pense que nous fûmes plusieurs à répondre en choeur qu'il s'agissait là d'un siège. Un tabouret «cérémoniel» osions-nous le qualifier ainsi, tant la sculpture était belle et que seul le « sacré » aurait pu justifier l'importance du travail.
À partir de ce qui allait s'avérer être une complète méprise et d'autres exemples judicieusement choisis, nous comprîmes très vite que les arts d'Océanie allaient se jouer de nos intuitions et de nos préjugés !
Ces deux objets ont été réalisés en région Iatmul, dans le Moyen-Sepik, et sont en fait des pupitres d'orateur ou teget. La figure du pupitre indique la présence de l'ancêtre du clan dominant de la Maison des Hommes du village.
Les joutes oratoires étaient fréquentes et importantes puisqu'elles permettaient à certains hommes d'augmenter leur prestige. Un crédit qui s'avérait d'autant plus important dans ces sociétés à Big Men, hommes d'influence dont le pouvoir s'acquérait sur une méritocratie, sur leur capacité à accroître sans cesse les richesses échangées.
Lors de ces débats, les orateurs étaient debout près du pupitre et frappaient celui-ci avec un bouquet de feuilles, accompagnant ainsi du geste, les points importants de leur discours.
La première pièce présentée ici fut l'objet d'une acquisition récente du Musée du Quai Branly, en 2006.
On pourra donc lire une notice plus détaillée sur le site du Musée.

Pupitre

Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photo 2 : in Meyer, A. J. P. 1995. Art Océanien.
Photo 3 : photo © Patrick Gries

Ombres du Korewori

Korewori1

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, tout est possible dans les formes, les matériaux, les fonctions des oeuvres réalisées par cette mosaïque incroyable de communautés qui peuplent cette île grande comme deux fois la France avec 800 langues différentes !  
Depuis la région des Kwoma, passé les montagnes, franchi le fleuve Sépik, sur le cours moyen du Korewori, vit le peuple éponyme.
Bien éloignées des poteries Kwoma, les sculptures de bois des Korewori s'offrent au regard avec perplexité.

Korewori2

Figures très découpées, leur épaisseur est extraordinairement réduite et c'est de profil que nous imaginons des formes extravagantes, nous recomposons ici ou là des têtes, des ventres dans ce jeu de découpes ravinées.
On pense qu'il s'agit probablement d'objets liés à la chasse ou à la guerre. Les figures étaient peut-être activées par une offrande de nourriture ou enduites.

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Une exposition, Korewori. Art magique de la forêt tropicale, s'était tenue à Bâle en 2003 et Christian Kaufmann résume l'état de nos connaissances sur ces pièces encore mystérieuses.

Photos : Tirées du catalogue de l'exposition : Korewori. Magic art from the rain forest, Christian Kaufmann, 2003, Ed. Museum der kulturen Basel.

Poterie cérémonielle Kwoma

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Les rencontres que programme le Salon de lecture Jacques Kerchache du Musée du Quai Branly sont toujours passionnantes.
Hier, il s'agissait de la présentation d'une poterie cérémonielle Kwoma de Papouasie-Nouvelle Guinée. Celle-ci avait été organisée avec l'Association Percevoir car elle s'adressait directement aux personnes aveugles et malvoyantes.
La découverte se faisait donc de manière tactile, un fac-similé circulant de main en main, les personnes voyantes ayant un bandeau sur les yeux.
Hélène Wilhem, conférencière (Association Percevoir) puis Ludovic Coupaye, chargé de collections Océanie, nous ont présenté cette pièce dans le même temps.
Une fine description permettait d'imaginer les dessins, les couleurs, les petits détails de l'objet, suivie d'une mise en contexte. Ces poteries Yena étaient reliées à la première des trois cérémonies célébrées afin d'assurer des récoltes d'ignames abondantes et de qualité.
C'est la longueur incroyable du nez, le nombre impressionnants d'orifices, l'incompréhension devant une forme convexe ou corolle qui semble servir de joues qui m'ont frappée dans le toucher de cette oeuvre.
Or à la vue, c'est la polychromie qui éclate, ponctuée d'une multitude points blancs, et l'étrangeté de la forme qui s'impose, à la fois fuselée et ventrue.
On ne peut pas remarquer tous les orifices qui interrogent sur l'utilisation de la poterie puisque son fond est percé et la bouche béante. Il ne pouvait s'agir de contenant.
Il semble qu'elle était fichée en terre au bout d'une pique.

(Au sujet de la communauté Kwoma, on se souviendra de l'exposition récente de peintures contemporaines, Rouge Kwoma ).

Photo : Musée du Quai Branly.


Ecritures silencieuses

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Cela commence comme les glyphes Rongorongo de l'île de Pâques.
Les artistes qu'a conviés l'Espace culturel Louis Vuitton se sont éloignés des modèles.
Les trois tablettes, conservées au Musée du Vatican et exposées pour l'occasion, nous introduisent dans un monde.
Un univers où le sens du langage côtoie l'effacement des mots. Persistent la trace, l'empreinte, l'interstice comme lieu où l'oeuvre peut se faire... forgeant ou déconstruisant son propre vocabulaire.

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Nous ne savons rien des tablettes de Rapa Nui.
Ni Haifeng interroge notre connaissance. Tous ces livres, pourquoi ?
Sur la tranche de cette bibliothèque d'ouvrages en sciences humaines, la main écrit sans faillir d'improbables formules alchimiques, savantes croyons-nous ; elle semble si sûre d'elle... nous serions donc proches du secret ?
Mais la main s'arrête et efface inexorablement ce qui doit être tu.

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Les artistes ont délibérément joué sur le blanc. Le blanc du discours. Le blanc de la censure ou de la méconnaissance. Les mots du vide.
Face aux tablettes Rongorongo, s'inscrivent les phrases de Lawrence Weiner ponctuées par des cases blanches. Trous d'une mémoire à jamais perdue.

Une initiative intéressante à partir d'une écriture dont on ne connaît le sens mais qui donne la parole à « notre » art contemporain.

Photo 1: Save the Poetry, Marco Nereo Rotelli, Courtesy Centro Italiano per le Arti e la Cultura, Photo © Marco Zanella.
Photo 2 : Xeno-Writings © Courtesy Ni Haifeng & Arario. Beijing Gallery.
Photo 3 : Catalogue 819 © Courtesy Lawrence Weiner & Marion Goodman Gallery

Rongorongo

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Les supports de l'écriture Rongorongo propre aux Pascuans sont généralement des tablettes en bois. On dénombre à ce jour 21 tablettes connues et répertoriées.
Hippolyte Roussel et Gaspar Zumbohm furent les premiers avant 1869 à essayer de les déchiffrer avec l'aide des habitants de l'île de Pâques. En vain, les propos demeuraient incohérents.
Depuis, les recherches se sont multipliées. Certains ont émis l'hypothèse que les glyphes devaient constituer un moyen mnémotechnique et que les tablettes étaient par le passé des objets « tabou ».

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Il semble qu'il s'agirait plutôt d'un système de notation proche d'une écriture. Mais celle-ci ne comporte que 12467 signes.
En 1995, Steven Roger Fisher en fait une étude approfondie et parvient à la conclusion que cette écriture ne daterait que de la fin du XVIIIème siècle. Elle aurait été inspirée par les signatures des chefs pascuans lorsqu'ils ratifièrent le traité d'annexion à l'Espagne en 1770.
En 1864, le frère Eyraud de la Congrégation du Sacré-Coeur débarque dans l'île, découvre une population moribonde et une centaine de tablettes.
Celles-ci n'auraient donc été réalisées que sur un siècle (1770 - 1864) ? Ceci demeure toujours une hypothèse.

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On pourra lire le point de vue de Fischer : Easter Island's Rongorongo Script avec de nombreux dessins explicatifs et comparatifs ; et celui de Jacques B. M. Guy : The Easter Island Tablets qui le critique et réaffirme la seule chose dont il soit sûr : l'existence d'un calendrier lunaire sur la tablette Mamari.
L'article sur Wikipédia (en français) est fort bien réalisé, donnant le corpus des objets supports de glyphes Rongorongo. Celui sur Wikipedia anglais permet en outre de découvrir toutes les photographies de ces supports de Rongorongo.
Enfin, un site très bien documenté : Rongo-Rongo.

Source : Orliac M.&C., 2008, Trésors de l'île de Pâques, Ed. Louise Leiris & Ed. D.
Photos : Extraites du site Rongorongo_text_c.(en.wikipedia).
Photo 1 : Tablette Mamari, Musée des SS CC de Picpus Rome.
Photo 2 : Tablette Aruku Kurenga, Musée des SS CC de Picpus, Rome.
Photo 3 : Tablette de Londres, The British Museum.

Des crocodiles sous les nymphéas

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Ainsi commence le parcours ... Deux longs crocodiles cultuels sculptés, de Papouasie Nouvelle-Guinée, reposent aux pieds de la toile de Monet.
13 salles de la Fondation Beyeler sont investies par des oeuvres d’Afrique et d’Océanie. Plus modestes en nombre s'y fondent les oeuvres occidentales sans correspondance évidente, ni déplacée, ni exagérée... simplement quelques formes suggérées, quelques étonnements suscités.
L'on se heurte très vite à d’imposants et terrifiants nkisi nkondi bardés de clous dont on peut retrouver de lointains échos dans les traits vifs et noirs de la Femme lisant de Georges Braque.

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Pêle-mêle, la sculpture en bronze d’Henry Moore du Dieu A'a, semblable à son modèle du British Museum, le corps couvert de ces petits dieux « dé-multipliés », inaugure une salle peuplée de sculptures polynésiennes.
À l’autre bout, lui donne la réplique une multitude de pagaies de danse de l’île de Pâques sur lesquelles l'on aimerait tant y discerner des visages !
Comme si la divinité s’était ainsi distribuée dans cette salle, où La femme assise de Giacometti trône discrètement, entourée de petites figures de Tahiti.

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Plus loin, une grande salle est peuplée de sculptures yipwon du Korewori ; sculptures-crochets, sculptures-squelettes. Elles dévoilent un monde par elles-mêmes, portant leur univers comme dans leurs corps évidés... difficile d’y répondre. Quelques toiles de Matisse aux papiers découpés s’éparpillent sans épaisseur.

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La dernière salle est sombre, presque vide, et ne semble pas attirer beaucoup de visiteurs.
Et pourtant, quelle intensité avec les toiles de Rothko dont Untitled (Red, Orange) réagit à l’effigie agressive du dieu Ku d’Hawaï dans sa splendeur de plumes !

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À l’entrée, le masque du Détroit de Torres en écaille de tortue, aux yeux de nacre demeure toujours aussi énigmatique.
Es-tu homme ? Es-tu esprit crocodile annonçant la création d'un monde ?
Es-tu le sphinx qui clôt le parcours pour mieux l’annoncer :
« Êtes-vous bien prêt pour ce qui est irreprésentable ? »

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Un grand merci à Elisabeth pour m'avoir guidée à Bâle.

Cf. Les avant-gardes et l'"art nègre", tension visuelle, article du Monde du 29 janvier sur le sujet.

Photo 1 : Claude Monet, Le bassin aux nymphéas, triptyque, 1917-1920 © Fondation Beyeler , photo sur site http://www.quickshots.homepage.t-online.de/
Photo 2 : Nkisi Nkondi, © Afrika Museum, Berg en Dal, © Ferry Herrebrugh.
Photo 3 : Georges Braque, Femme lisant, 1911, © Fondation Beyeler, photo sur www.artnet.com
Photo 4 : Dieu A'a, Rurutu, Iles australes, © The British Museum.
Photo 5 : La femme assise, Alberto Giacometti, © CNAM.
Photo 6 : Bâton de danse, Ile de Pâques, © Collection Barbier-Mueller © Studio Ferrazzini Bouchet.
Photo 7 : Figure Yipwon, Yimam people, Korewori River, Moyen Sepik, Papouasie Nouvelle-Guinée, The Michael C. Rockefeller Memorial Collection, © The Metropolitan Museum (non exposé).
Photo 8 : Portrait en plumes, ki'i hulu manu du dieu de la guerre Kuka'ilimoku, îles Hawaii © Ethnologische Sammlung der Universität Göttingen.
Photo 9 : Rothko, untitled (Red, Orange) 1968, © Fondation Beyeler.
Photo 10 : Masque composite , Papouasie-Nouvelle Guinée, Détroit de Torres, © Collection Barbier-Mueller © Studio Ferrazzini Bouchet.

La magie des images

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La magie des images, la nouvelle exposition qui se tient à la Fondation Beyeler jusqu'au 24 mai, semble consister en un dispositif toujours réussi de jeux de confrontations entre des pièces africaines et océaniennes, érigées au rang d'objets esthétiques, et des oeuvres occidentales modernes, peintes ou sculptées.

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Ces quelques photographies laissent présager d'un beau parcours... les commentaires vous parleront de « dialogues » entre les oeuvres... restons modestes !
Ne projetons pas une vision ethnocentriste sur des objets dont nous connaissons mal l'usage, mais dans tous les cas, admirons le travail toujours incessant des artistes afin de façonner une figure à l'image de l'inaccessible : une représentation des dieux, des ancêtres, de l'homme.
( À suivre... si je peux être à Bâle demain comme prévu !)

Photo 1 : Deux embouchures de flûte des Mundugumor de Papouasie Nouvelle-Guinée, XIXe siècle, bois, ocre et autres matériaux, Museum der Kulturen Basel et Pablo Picasso, Figure (Femme assise) de 1930, Huile sur bois, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle.Photo: © Hughes Dubois, Bruxelles/Paris © 2009, ProLitteris, Zurich.
Photo 2 : Cinq figures de maîtres de la région Mumuye au Nigeria XIXe ou première moitié du XXe siècle, bois et pigment. Différentes collections particulières et Fondation Beyeler, Riehen/Bâle et Fernand Léger Contraste de formes, 1913, Huile sur toile, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle. Photo: © Hughes Dubois, Bruxelles/Paris © 2009, ProLitteris, Zurich.


Masque des îles Mortlock

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L'art océanien s'intéresse peu à la Micronésie car le nombre d'objets dans les collections est réduit.
Les masques, si nombreux et variés en Mélanésie, ne sont pas là choses courantes.
C'est uniquement dans les îles Carolines que l'on retrouve ces curieux masques, les Tapu Anu, et plus précisément dans les îles Mortlock.
Ces masques seraient ceux de sociétés secrètes Sou Tapu Anu, permettant grâce à des chants et des danses de combattre les vents mais aussi peut-être de favoriser la croissance des fruits de l'arbre à pain.

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L'on s'est beaucoup interrogé sur leur iconographie. Sur le haut du masque est arrangée une forme en chignon, reprenant la coiffure traditionnelle des hommes ou bien s'agit-il simplement d'un peigne ?
Le masque de Boulogne-sur-mer est l'un des plus anciens à être parvenu en Europe dans les années 1880. Il provient probablement du voyage d'Alphonse Pinart dans le Pacifique (1877) (malgré, semble-t-il, des doutes quant à la donation).

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Plus simple, le masque du British Museum, abore une coiffure moins élaborée. On retrouve cependant la même morphologie du visage souligné par une barbe noircie à la suie. Et toujours ce visage blanc, les yeux en forme de petites fentes à demi-fermées, la bouche dont une petite moue l'anime à peine... l'aspect général demeure pour le moins énigmatique.

Bibliographie : La découverte du Paradis. Océanie. Curieux, navigateurs et savants. 1997; Editions d'art Somogy. p.1977-201.

Photo 1 : Château-Musée de Boulogne-sur-Mer.
Photo 2 : Photographie Chants et danses, expédition "Mers du Sud", 1910. in La découverte du Paradis. Océanie. Curieux, navigateurs et savants.
Photo 3 : The British Museum

Les charmes de navigation des îles Carolines

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Ce sont les livres de voyage de l’Uranie et de la Physicienne, corvettes dirigées par Louis de Freycinet lors des années 1817 à 1820, qui mentionnent les premiers l’existence de ces objets :
« À leurs croyances se mêlent beaucoup de superstitions. Ils pensent, par exemple, que lorsqu’ils possèdent la queue d’une certaine raie dans leur pirogue, ils ne peuvent s’égarer en naviguant. Un vent contraire les empêche-t-il de se diriger vers le point où ils tendent, ils emploient un instrument singulier pour faire une sorte de conjuration : cet instrument, nommé ossoliféi, consiste en un manche en bois au bout duquel est fixée, avec du mastic, l’extrémité d’une ou deux queues de raies, et que décorent des feuilles de latanier découpées en rubans; l’un d’entre eux agite dans l’air cette espèce de bâton augural pendant que l’équipage est en prière, et ils croient de la sorte se rendre les éléments plus favorables.» (Freycinet L. Cl. de Saulces de. 1826. livre III. p.113)

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Le premier objet qui retint leur intention fut donc cet objet dont la fonction semble être incantatoire, servant à conjurer la tempête, les vents contraires.
Mais c’est l'expédition Ergebnisse der Südsee-Expedition 1908-1910, menée par le Musée de Hambourg, avec à sa tête Augustin Krämer, qui fournit des explications supplémentaires et une collecte importante.
Au large de l’île de Momegog, dans l’archipel des Carolines, Krämer recueillit une embarcation, acquit l’un de ces objets et nota son importance : « Freycinet décrit planche 58 l’objet ossolifei qui servait à combattre les tempêtes. On pense qu’un piquant de raie dans l’embarcation l’empêche de s’égarer … j’ai découvert leur maniement sur les atolls centraux où la navigation en haute mer a été pratiquée jusqu’au début de notre époque, et où on la pratique certainement à l’occasion aujourd’hui encore » et plus précisément, Thilenius note : « … C’était un objet en forme de poignard, pourvu d’épines de raie, dont la partie supérieure était une figure janus » :

Planche7_400
On remarque bien l’objet de gauche : une figure en bois surmontant des aiguillons de raies, l’attache réalisée avec des fibres, peut être des bandes de feuilles de palmier ou coco ; le bois et les piquants étant soudés par de la chaux.
Un dessin permet de mieux visualiser un autre type de charme toujours collecté par l’expédition Ergebnisse der Südsee-Expedition 1908-1910 :

Damn_350
L’exemplaire collecté par Krämer (planche 4d) se trouve au Linden Museum Stutgart, et d’autres exemplaires sont conservés naturellement au Musée de Hambourg.

Linden_kramer_350
Ces objets sont bien attrayants et l'on a envie de croire à leur fonction incantatoire.
Néanmoins, les informations sont rares, basées pour la plupart sur le récit de Freycinet, reprises par l'expédition de Hambourg ; mais aucune mission de terrain plus récente n'a permis de confirmer réellement que ces objets étaient bien fabriqués dans le but de conjurer les tempêtes !

Références bibliographiques :
(1) Freycinet, Louis Claude de Saulces de. 1826. Voyage autour du monde, entrepris par ordre du Roi, exécuté sur les corvettes de S. M. L'Uranie et La Physicienne, pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820, Paris : Pillet aîné. (Voir Texte intégral et atlas).
(2) Krämer, Augustin. 1932. Vol.II Ethnographie : B Mikronesien, Band 5, Truk.p. 308.
(3) Thilenius Hrsg G.1927. Vol.1, Allgemeines.p. 195.

À lire : un article très complet sur le sujet : « Je perce l'oeil du ciel » d'Udo Horstmann et Klaus Maaz, in Art Tribal, automne 2005.

Photo 1 : The American Museum of Natural History.
Figure 2 : Planche 58, Divers objets à l’usage des habitants des îles Carolines in Freycinet Louis Claude de Saulces de. 1826.
Figure 3 : : in Krämer Augustin.1937. Die erste Zeile des Sturmaubergesanges von Ikelur. Zentral-Karolinen, I Halbband. Planche.4d.
Figure 4 : in Damm, H. 1938. Vol.II Ethnographie : B Mikronesien, vol.10, part 2. p.330.
Photo 5 : Linden Museum Stuttgart.

Les stick charts des îles Marshall

Pirogues_freycinet_400

Les Micronésiens et Polynésiens ont toujours été de bons navigateurs ; que ce soit dans la navigation côtière ou hauturière.
Le savoir des capitaines se substituait à toute instrumentation. Ils maîtrisaient une parfaite connaissance des trajectoires du soleil, des étoiles, des vents, des courants.
Ce savoir était transmis en secret d’un maître à son élève choisi dans la parentèle.
Les « instruments de navigation » étaient des objets rares et très restreints dans leur fonction.
Les plus connus sont certainement les instructions nautiques des îles Marshall, appelées « stick charts ». Elles ne constituent cependant pas des cartes marines dans notre acception occidentale. Branly_400

Ces « cartes » très particulières sont constituées de baguettes de bois attachées les unes aux autres ; de petits coquillages étant fixés à leur jointure.
Les nœuds-coquillages représentent soit des îles, soit des axes des étoiles ; et les bâtons, des « dungungs », selon les premiers témoignages du Capitaine Winckler qui s’intéressa à ces objets.
Ces « dungungs » marquent l’orientation de la houle.
En effet, les phénomènes qui permettent d’aider le navigateur à positionner une île qui n’est pas en vue, sont la réfraction et la réflexion des vagues ; celles-ci prenant des directions différentes lorsque la houle touche les côtes.
Les stick charts renseignaient les navigateurs sur ce point.

Met_400

Mais les capitaines des îles Marshall n’emportaient probablement pas ces modèles à bord de la pirogue « pilote » qui guidait généralement toute une flotte ou flottille (20 à 80 embarcations).
Ces « stick charts » servaient à son entraînement puis fonctionnaient comme aide-mémoire.
Il semble même que si un navigateur emportait à bord l'une de ces « stick charts », il pouvait être déconsidéré.
Ces « instructions nautiques» se classent en 3 catégories :
- Mattang (Diagramme général permettant d’apprendre les principes de base, le point M est le centre de l’atoll et les différentes lignes figurent les modèles possibles de réfraction, réflexion, diffraction des vagues) :

Mattang_400

- Meddo (Diagrammes permettant de visualiser les principaux courants de vagues pour des îles déterminées),
- Rebbilib (Instructions couvrant tout l’archipel des Marshall ou éventuellement des sous-parties ).
Par exemple pour la partie Sud des Marshall, les « instructions nautiques » suivantes sont assez bien explicites puisque les coquillages déterminent des positions d’îles que nous pouvons retrouver sur la carte ci-jointe :

Marshall_270 Bryan250



















À la complexité de ces cartes, s'ajoutaient les différences de réalisation selon l'interprétation de la personne qui les réalisait ; le maître-navigateur se devait de travailler de concert avec elle.

Figure 1 : Aquarelle montrant une embarcation micronésienne. « Campagne de l’Uranie (1817-1820). Journal de Rose de Saulces de Freycinet », d’après le manuscrit original, accompagné de notes par Charles Duplomb, Paris, 1927, pl. XIX.
Reproduite in Art Tribal 09. p. 74.
Photo 2 : Musée du Quai Branly.
Photo 3 : Rebbilib, The Metropolitan Museum of Art, The Michael C. Rockefeller Memorial Collection.
Schéma 4 : in Davenport, William. 1960. « Marshall Island navigational charts ». Imago Mundi, 15, 19-26..
Schéma 5 : Carte des îles Marshall.
Schéma 6 : in Bryan, E. H. Jr. 1938. « Marshall Islands stick chart ». Paradise of the Pacific, 50 (7) : 12-13 - Bishop Museum.

Mangareva

Rao200S'il est des noms qui font rêver...
Petite île de l'archipel des Gambier
, Mangareva est restée inconnue des Occidentaux jusqu'au XVIIIème siècle. Par la suite, en 1834, s'installèrent les premiers missionnaires catholiques de la congrégation du Sacré-Cœur. Les Pères Laval et Caret évangélisèrent l'île en 4 ans et conduisirent les habitants dans des travaux surhumains de construction d'églises, de couvents, d'écoles... et d'une cathédrale.
Plus de 120 édifices religieux furent construits par des hommes réduits à un état d'esclavage. La population fut rapidement décimée au rythme de ces travaux forcés et des maladies.
Cette première figure représente le Dieu Rao et fut envoyée en Europe en 1836 avec d'autres oeuvres, témoignant du zèle dont faisaient preuve les missionnaires dans leur travail d'évangélisation et par conséquent de destruction de ces images métaphoriques de divinités, les etua.
L'exposition Mangareva, Panthéon de Polynésie, qui se tiendra au Musée du Quai Branly du 3 février au 10 mai se propose de nous faire connaître les rares objets relatifs au sacré provenant de cette île.
La théocratie instaurée par Honoré Laval s'était vite attelée à détruire toute trace de culte local.
Le montage de cette exposition ne dut pas être chose aisée puisqu'il n'existe que 12 oeuvres par le monde, dans le domaine public, touchant à la représentation du divin.
Elles n'ont jamais été exposées ensemble, certaines de sortant pas des réserves.
Pour des raisons inexpliquées, la caisse qu'envoya en Europe le Père Caret contenait des « idoles » qui se retrouvèrent au Musée de la Marine et d'Ethnographie du Louvre, à Rome ou encore à Braine-le-Comte en Belgique.

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Ce sont pour la plupart d'étonnantes figures plus ou moins anthropomorphes. Certaines, comme celle du Metropolitan Museum sont en ronde bosse, comme l'est sur un même modèle naturaliste, la statue Rongo du Muséum d'Histoire Naturelle de La Rochelle.

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Etonnantes encore ces deux oeuvres du Musée Missionnaire Ethnologique de Rome.
La représentation en forme de bâton fourchu servait peut-être de support à des banderoles en étoffe blanche consacrée à une divinité.

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Dans les collections du Musée du Quai Branly, l'on trouve cette sculpture aux quatre bras tendus, akarimarima, probablement installée près des images de divinités. Lors des cérémonies, on y suspendait des offrandes de nourriture, de fleurs mais aussi des coquilles de noix de coco sculptées... peut-être des instruments de musique.

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En fait, l'on sait peu de choses sur le panthéon de Mangareva et les pratiques cultuelles... L'exposition à venir nous en dira probablement davantage sur ces extraordinaires sculptures.


Photo 1 : Musée du Quai Branly.
Photo 2 : The Metropolitan Museum of Art, The Michael C. Rockefeller Memorial Collection, Bequest of Nelson A. Rockefeller, 1979.
Photos 2 et 3 : Musée Missionnaire Ethnologique de Rome (site du Metropolitan).
Photo 4 : Musée du Quai Branly.

Habillage

Concubine350
Fin décembre 2008, le changement d'habillage de Détours des Mondes, permettant de disposer d'une colonne centrale plus large, bouscule toute la mise en page des billets écrits depuis 3 ans.
L'ordre des reproductions photographiques se trouve notamment mis à mal ; mais je ne peux reprendre la maquette de plus de 500 billets... je pense qu'ils demeurent cependant lisibles pour les nouveaux lecteurs.

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Photos : Masques de danse Pyolsandae, Yangju, Corée. American Museum of Natural History.

Le Musée ethnographique d'Anvers

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Le Musée Ethnographique d'Anvers va fermer définitivement ses portes en juin 2009.
Les collections revivront dans un nouvel et vaste ensemble, le MAS.

Papua_anvers180Une dernière visite il y a deux mois, afin d'apprécier la richesse de celle-ci disposée sur 4 étages, la situation du musée au coeur de la vieille ville, dans un immeuble de la Suikerrui, les vitrines encore imposantes, bien peuplées d'objets des différents continents.
Lega180L'Afrique et l'Océanie sont à l'honneur au rez-de-chaussée, avec notamment ces masques très anciens de Nouvelle-Irlande (photo 1), cette curieuse effigie probablement Asmat et ce très amusant ivoire Lega ci-contre... ce n'est qu'un pâle échantillon de ces extraordinaires collections.
Sanza a réalisé un beau reportage photo sur les oeuvres africaines, puis océaniennes, en différents billets, ici et .
Dans les étages, ce sont encore de magnifiques pièces d'Asie et des Amériques que l'on peut découvrir.
Voici encore quelques parures impressionnantes que recèle ce musée.

Amerique300
Photos de l'auteur.  

Rapa Nui

Detail300
Surprenant détail !
Les objets de l'île de Pâques... on pensait savoir les reconnaître aisément. Des figurines de bois noir, des sculptures souvent squelettiques, des pectoraux en forme de demi-lune, des pagaies de danse et évidemment les impressionnants moai de pierre.
Or ce « détail », c'est précisément le sommet d'une coiffe de plumes multicolores collectée entre 1890 et 1892 par Palma Gourdon, alors Capitaine de vaisseau et conservée de nos jours au Musée d'art et d'histoire de Pithiviers.

Coiffe250
Rapa Nui est décidément à l'honneur cette année. Suite à la belle exposition qui s'est tenue à la Galerie Leiris cet été, c'est au tour de la Fondation EDF de nous faire partager la passion de Michel et Catherine Orliac, commissaires de l'exposition, et celle de Micheline Pelletier pour les photographies. Jusqu'au 3 mars 2009.

Moai_couch
On y découvre encore des têtes de pierre d'assez petites dimensions et dont on ignore la fonction. Ce sont des objets, parmi d'autres, qui ont été prêtés par le Musée de l’école de médecine navale de Rochefort-sur-Mer.
Au-delà de la qualité esthétique des oeuvres présentées à l'étage, l'exposition se veut surtout didactique quant à la culture pascuane.
(cf. Dossier de presse du site de la Fondation)

Photos 1 et 2 : Musée d'Art et d'Histoire de Pithiviers.
Photo 3 : Photo de l'auteur (in situ, janvier 2007).

Gand : Collections ethnographiques

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L'Université de Gand (Universiteit Gent) possède plus de 4000 objets dont 300 sont exposés.
Une grande majorité de pièces sont africaines. Ainsi, de nombreux objets furent-ils collectés lors de la mission de Côte d'Ivoire, menée conjointement avec ce qui était alors le Musée des Antiquités d'Anvers, sous la direction de Frans Olbrechts, entre 1935 et 1938.

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Les pièces collectées le furent auprès des populations Senoufo, Dan et Wé ; mais l'université possède également de beaux objets d'Afrique Centrale tels ceux que l'on aperçoit dans la première vitrine.
La collection est ancienne.
Les premiers objets, d'origine javanaise, furent donnés par Count de Lens entre 1825 et 1829, alors maire de Gand.
Quant aux pièces océaniennes, elles furent acquises pour la plupart en 1905 par Camille de Bruyne, qui acheta des « doubles » au Museum für Völkerkunde de Berlin. Beaucoup sont issues de la collection Hernsheim.

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D'autres proviennent de la Neu Guinea Compagnie établie dans le Nord-Est de la Nouvelle-Guinée entre 1885 et 1903 ; l'Ouest de cette grande île étant alors occupé par les Néerlandais et le Sud-Est par les Britanniques.
On peut admirer de très beaux ornements (pectoraux, colliers...) ou de petites figures curieuses comme cette dernière, du Sepik.

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Photos de l'auteur. © Universiteit Gent

Bambous Kanak

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Bambous Kanak. Une passion de Marguerite Lobsiger-Dellenbach est une exposition qui se tient au Musée d'Ethnographie de Genève / Carl-Vogt jusqu'au 15 mars 2009.

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Les bambous gravés de Nouvelle-Calédonie furent particulièrement étudiés par Marguerite Lobsiger-Dellenbach, directrice du Musée entre 1952 et 1967.
Ceux-ci étaient utilisés comme bâtons de voyage par les Kanak mais ils constituaient aussi des aide-mémoire, des supports de messages et de récits.
Les illustrations représentent des aspects de la vie quotidienne, des mythes, des rituels, sont parfois témoins de la colonisation (des dessins montrant l'oppression coloniale ou tournant en dérision des moeurs occidentales).

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Ces bambous ont été réalisés principalement au XIXème siècle et jusque vers 1917.
Pourtant, depuis quelques années, des artistes Kanak gravent à nouveau des bambous. Ainsi, le MEG a-t-il acquis récemment quatre bambous réalisés par Micheline Néporon, reflets de préoccupations contemporaines, d'enjeux identitaires.
À lire, l'intéressant dossier de presse.

Photos : © Musée d'ethnographie, Genève.

Océanie - ING

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Heureuse initiative de la banque et bonne publicité puisqu'elle associe son nom à une exposition prestigieuse, Signes de rites, symboles d'autorité, à Bruxelles jusqu'au 15 mars 2009.

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Sont ainsi réunies près de 200 oeuvres impressionnantes, étonnantes, provenant des différentes régions de Mélanésie, Polynésie et Micronésie.
De nombreuses pièces de collections particulières, rarement exposées, y figurent. Ainsi, par exemple, dans cette vitrine, cohabitent des oeuvres de Nouvelle-Bretagne issues de collections privées. De gauche à droite, un masque Susu des Sulka, composé de rotin, de moelle de roseau, de feuilles, de fibres, de pigments. La couleur verte était obtenue à partir de sève végétale. Près de cette grande structure conique, végétale, on se trouve face à une sculpture lisse, abstraite, des îles Vitu (Coll. J. W. Mestach) dont on ignore la fonction. On semble discerner une sorte de tête au long nez aquilin, surmontée d'une coiffe. Enfin, à droite, on se heurte aux grands yeux toujours étonnés du masque Kavat réalisé par les Baining.

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Quelques bribes encore sur cette exposition... mais on ne sait que choisir... ce bouchon de flûte, par exemple, en forme de figure humaine que l'on trouve en Nouvelle-Guinée au niveau du Bas Sepik. Représentant le fils de la mère-crocodile primordiale, ancêtre du village chez les Biwat, ces bouchons étaient placés à l'extrémité des flûtes sacrées. Ces dernières étaient utilisées lors des initiations (le crocodile-mère avalait symboliquement les initiés) et lors des fêtes de l'igname.

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Voilà encore un masque de facture étonnante, composé de quatre planches peintes provenant des îles Salomon.
On ne connaît que peu d'exemplaires de ce type. Appartenant à des sociétés masculines, il serait associé à l'esprit Kokorra et aurait eu pour fonction d'intimider les non-initiés.

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J'aime beaucoup les objets des Boiken, de la région des Monts du Prince Alexander.
Voici une grande tête, peut-être élément d'une statue d'ancêtre.
Les Boiken réalisaient des oeuvres atypiques composées de vannerie et de pigments aux couleurs souvent vives ; des masques tel celui-ci aux yeux exorbités mais aussi des monnaies en vannerie et coquillages.

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Je m'aperçois que je n'ai pas évoqué la Polynésie, ni la Micronésie.
Il faut reconnaître que les objets de Mélanésie restent toujours à mes yeux les plus fascinants parce que déroutants dans leur fonction, leurs matériaux, leurs dimensions... Mais les arts de la Polynésie savent décliner toute une palette de matériaux précieux (plumes, coquillages, ivoire...) dans des objets somptueux (cf. dernièrement les expositions 60 objets de l'île de Pâques,
L'art ancestral des Marquises,
Polynésie Arts et divinités 1760-1860).
Alors pour terminer, une très "simple" mais magnifique effigie du Dieu des pêcheurs des îles Cook, de Rarotonga.

On trouvera plusieurs visuels dans l'espace presse.
Le catalogue sous la direction de Frank Herreman, est très intéressant et abordable.

Photos de l'auteur.
Photo 2 : Oeuvres de Nouvelle-Bretagne, © Collections privées.
Photo 3 : © Collection privée.
Photo 4 : © Universiteit Gent.
Photo 5 : © Etnografisch Museum Anvers.
Photo 6 : © Collection privée.

Les collections Océanie du MRAH

Coiffe_mrah
La galerie rénovée, dédiée à l'art océanien, vient d'ouvrir aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles.
L'une des pièces que j'ai admirée est cette coiffe d'apparat des Iles Australes où des plaquettes en coquillages constituent le coeur de cet ensemble, extraordinaire par son envergure, formé de plumes vert lustré de canard, plumes rouges de perruches, plumes blanches d'albatros...

Paques1Si la collection explore de nombreuses îles de Polynésie et de Micronésie, elle apporte une contribution spéciale par la présence de pièces archéologiques de l'île de Pâques.
Ces dernières proviennent de l'expédition franco-belge de 1934-35 dirigée par Alfred Métraux et Henri Lavachery.
Ainsi, cette tête du dieu Makemake en basalte.

Fidji_300
On découvre encore de très beaux objets, telle cette vitrine consacrée à Fidji.
Malgré tout, l'on reste un peu sur sa faim car la salle, bien que riche dans son contenu, se présente comme une galerie étroite que l'on découvre après avoir traversé les espaces extraordinaires dédiés aux objets des collections Amériques...

Marquises2

Photos de l'auteur,
(Photo 4 : Partie supérieure d'une massue des îles Marquises).

Voir le reportage photos de Arts premiers - Primitive Art primitif.

Rouge Kwoma

Wanmai300
Toujours au Musée du Quai Branly, à l'étage, et jusqu'au 4 janvier 2009, on pénètre dans un autre monde avec l'exposition Rouge Kwoma.
Loin de la blancheur immaculée de la banquise, les couleurs explosent dans les salles.
(cf. le dossier de presse et ses visuels).
Au commencement, raconte le mythe d'origine, c'est d'un petit trou d'eau, Wanmai, que les ancêtres des Kwoma, peuple du Haut-Sépik, sont sortis. Ils vivaient alors dans l'obscurité. Sous terre, l'un des hommes possédait un cochon nommé « parole qui élève ».
Tout un présage et une judicieuse métaphore !
Le cochon allait et venait mais sa peau était toujours couverte de terre rouge à l'issue de ses pérégrinations. Intrigué, son maître le suivit et c'est ainsi qu'il découvrit le soleil. Ce fut le début de l'installation en ces lieux de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de ceux qu'on nomme les «hommes des collines», les Kwoma.

Atakamb260
C'est l'artiste Kwoma, Marek Kowspi, qui a voulu faire connaître la culture de son peuple.
Il entreprit alors, avec ses fils, la réalisation de peintures et c'est ce que nous voyons aujourd'hui: des réalisations contemporaines confrontées à quelques objets des collections du Musée.
Ce dernier s'est associé au projet de Marek Kowspi grâce à des acquisitions de peintures et au montage de cette exposition qui pose, entre autres, la question de la frontière entre la tradition et la contemporanéité.
Les communautés concernées par le projet ont voulu que des cérémonies d'inauguration soient organisées; celles-ci ont été filmées et sont diffusées à l'entrée de l'exposition.

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On ne peut être qu'étonné par ces peintures au premier regard ; l'oeil presque trop habitué aux objets ethnographiques en ces lieux. Je me suis surprise comme rassurée par leur présence parce que paradoxalement familière. Et puis on se laisse interpeller par des histoires qui ne manquent pas d'humour, « enchanter » par ces images, comme cette dernière dont le titre est simplement «Giyomb, portrait d'insecte».
Pour ma part j'y vois « l'oeil qui pense »... tout compte fait, on est bien peu de chose !

Photos extraites du catalogue Rouge Kwoma. Peintures mythiques de Nouvelle-Guinée. 2008, Musée du Quai Branly & RMN.
Photo 1 : © Marek Kowspi, Wanmai, 2002.
Photo 2 : © Chiphowka Kowspi, Atakamb, 2002.
Photo 3 : © Chiphowka Kowspi, Giyomb, portrait d'insecte, 2007.

Nature / Culture

Toricelli_pectoral
"...De la multitude des chambrettes abritant des cultures particulières dégouttent au rez-de-chaussée des infiltrations bizarres, fragments de philosophies orientales, débris de gnoses hermétiques ou mosaïques d'inspiration New Age, assurément sans gravité, mais qui polluent çà et là des dispositifs de séparation entre humains et non-humains que l'on croyait mieux protégés. Quant aux enquêteurs que l'on avait mandés aux quatre coins de la planète pour y décrire des maisons à l'architecture plus primitive, et qui s'étaient longtemps efforcés d'en dresser l'inventaire à partir du plan type qui leur était familier, voilà qu'ils rapportent à présent toutes sortes d'informations insolites : certaines maisons sont dépourvues d'étage, la nature et la culture y cohabitant sans difficulté dans une seule pièce ; d'autres maisons semblent bien avoir plusieurs étages, mais, dans leurs fonctions étrangement distribuées, la science fait lit commun avec la superstition, le pouvoir politique s'inspire des canons du Beau, le macrocosme et le microcosme sont en conversation intime ; on dit même qu'il y a des peuples sans maisons, se passant d'étables et de jardins, peu enclins à cultiver la clairière de l'Etre ou à se fixer comme destin explicite la domestication du naturel en eux ou autour d'eux"... écrit Philippe Descola dans son Avant-propos de Par-delà nature et culture.
(2005, Ed. Gallimard)

Ignames_300
Voilà quelques lignes que j'aurai bien aimé écrire en guise d'introduction à ce blog. Combien les objets que nous contemplons dans ces notes nous obligent-ils à repenser la distinction entre la Nature et nous.
Ainsi en est-il de ces ignames, plantes banales des agricultures tropicales que les Abelam, peuple de Nouvelle-Guinée, s'appliquent à cultiver.
Le "mécanisme" de production est long ; des prescriptions et proscriptions alimentaires et sexuelles, comportementales font partie intégrante du processus technique. Des substances magiques sont introduites comme fertilisants, les tubercules sont objets de toutes les attentions, différents types de jardins sont ouverts (anciens et nouveaux), les monticules scrupuleusement irrigués, la parole toujours accompagnant le geste technique...

Ignames_300_C
Puis viennent les cérémonies des grandes ignames.
Métaphores visuelles du corps humains, ces plantes devenues gigantesques, sont décorées.
Masque_abelam160Les monnaies de coquillages circulent de main en main, la viande de cochon est distribuée.
Une expression dit qu'elle "graisse les relations".
En fait c'est précisément de cela dont il s'agit. L'igname est devenue le fruit d'un réseau de relations humaines, clone végétal, objet d'art...
Ce que l'on présente dans les musées, ce sont les masques qui ornent les tubercules...
Ne l'isolez pas mentalement, le masque n'est qu'un simple ornement. L'important c'est l'igname devenue le moteur de relations. Imaginez le labeur dépensé aux jardins, les chants, les transactions, les alliances entre villages... imaginez le long processus, ne regardez pas tant l'objet !

Photo 1 : Ornement pectoral, population Lumi, Montagnes Torricelli in Meyer, A. J. P. 1995. Art Océanien. Köln, Ed. Konemann. Photo @ Olaf Wüpperfürth.
Photo 2 : Ignames courtes parées, village Abelam près d'Ulupu. Photo : René Gardi, 1956, @ Archives Museum der Kulturen, Bâle.
Photo 3 : Grande igname décorée, village de Nyamikum, 2003. Photo @ Ludovic Coupaye.
Photos 2 et 3 in Peltier, P. & Morin F. 2006. Ombres de Nouvelle Guinée. Arts de la grande île d'Océanie dans les collections Barbier-Mueller. Paris, Ed. Somogy.
Photo 4 : Musée du Quai Branly.

Parures et ornements à Branly

Iatmul_coiffe260 Les programmes à la carte virtuels du Musée du Quai Branly se sont enrichis. Ainsi en est-il du thème Parures et ornements... vaste domaine !
Parmi eux, j'aime particulièrement ces coiffes Iatmul, où l'on voit se dessiner un visage orné de cauris, les yeux constitués par des coquillages et le nez réalisé à l'aide d'une dent de cochon. Tout ce qui est précieux pour ce peuple du Moyen Sepik compose cette coiffe de fiancée.
Ces valeurs témoignent des échanges entre les peuples de l'intérieur et ceux des régions côtières. Cela ne devait pas être simple d'acquérir et accumuler tant de richesses, les objets passant d'une vallée à l'autre, entre territoires amis ou ennemis, de main en main, négociations après négociations.
Le visage représente symboliquement l'ancêtre fondateur du village et celle qui porte une telle coiffe doit précisément appartenir au clan fondateur. Cette parure ambusab est la dot offerte par sa famille en regard des compensations apportées par la famille du futur époux.

Casque_hawai260
A Hawaï, les plumes rouges et jaunes sont sacrées. Leur présence et les cérémonies accompagnant la réalisation de telles parures permettaient au “divin” de se matérialiser à travers elles. Les chefs avaient le droit de porter de tels casques, leur tête “tapu” était proche du “divin”, protégée de cette façon.
Ces mahiole accompagnaient le port de capes qui enveloppaient totalement le corps du chef.
Celles-ci sont réellement impressionnantes.
Très rares, on peut en voir actuellement dans l'exposition Polynésie Arts et Divinités 1760-1860 qui se tient au Musée du Quai Branly jusqu'au 14 septembre.
J'insiste sur cette exposition extraordinaire, présentée ci-dessous par Steven Hooper :



... qui conclut : “les plumes rouges, les plumes jaunes, il y a là-dedans la vie”.

Photos : Musée du Quai Branly.

Orongo, Anakena, Hanga Hoonu...

Orongo300
Orongo est situé au sud de l'île de Pâques, c'est là qu'on y pratiquait le culte de l'homme-oiseau.
Des pétroglyphes sont gravés face aux îlots, rappelant un épisode de l'histoire de l'île.
Orongo160C'est d'ici que des champions s'élançaient, se disputant lors d'une nage et d'une course effrénées, le premier oeuf pondu par une frégate au printemps austral. En effet, après les grandes révoltes de la fin du XVIIème siècle, et face à l'anarchie régnante, il fut décidé que celui qui serait désigné comme l'“homme-oiseau” détiendrait les pouvoirs politiques pendant un an. Les chefs de guerre s'y affrontaient ainsi par serviteurs interposés.
Anakena300 Tout au Nord, Anakena est la seule plage de sable de l'île et le lieu où le roi légendaire Hotu Matua, venu de Polynésie, aurait débarqué entre le VIème et VIIIème siècle. C'est aussi, avec Orongo, les seuls endroits de l'île où l'on a retrouvé pétroglyphes et bas-reliefs.

C'est dans une autre baie, à l'est d'Anakena, celle de Hanga Hoonu, que “l'Astrolabe” et “la Boussole” commandés par Lapérouse, jetèrent l'ancre en avril 1786. Louis XVI lui avait alors demandé d'entreprendre une grande expédition dans les mers du Sud afin de “découvrir les terres ayant échappé au capitaine Cook”.
Laperouse300
Mais ceci est une autre histoire.
L'on pourra visiter avec bonheur Le mystère Lapérouse, une exposition qui se tient au musée de la Marine jusqu'au 20 octobre 2008 et qui se présente comme un véritable jeu de piste à travers le Pacifique.
Ce qui est connu des deux frégates prend fin le 15 mars 1788 lorsqu'elles partent d'Australie. On sait maintenant que le naufrage a eu lieu tout près de l'île de Vanikoro (Iles Salomon).
Depuis 1981, 6 missions de recherche ont été menées par l'Association Salomon; quelques pans du mystère ont été soulevés mais il reste encore de nombreuses énigmes.
Une nouvelle et passionnante aventure scientifique !

Photos 1, 2 et 3 de l'auteur.
Photo 4 : Carte du Voyage de Lapérouse par Jacques Liozu (1941) @ Musée Lapérouse, Albi.

60 objets de l'île de Pâques

Tangata-moko300
Une exposition à la Galerie Leiris, 47 rue de Monceau, Paris 8ème, jusqu'au 31 juillet 2008.
Petite exposition, pourrions-nous être tenté d'affirmer par le nombre de pièces présentées, mais qui se révèle de grande qualité par la rareté des oeuvres ainsi dévoilées et par leur beauté.

Kavakava160Les arts de l'île de Pâques ne sont pas simples à aborder.
De prime abord, on peut les juger austères face à l'exubérance de la majeure partie des objets polynésiens.
Si l'on connaît bien les Moai kavakava, ces figurines anthropomorphes de bois foncé, aux côtes apparentes ;
les Tangata moko (photo 1), ces formes courbes d'"hommes-lézards" finement sculptées qu'on pensait être des massues, sont rares et peu connues.
Un jeu subtil de motifs anthropo-zoomorphes se déroule sur ces objets ; il ne devait pas s'agir de massues ! On sait maintenant que les plus petits devaient être portés lors de cérémonies.

Rapa_ao160L'on pourrait encore parler du style très épuré des pagaies de danse qui ont dû influencer maints artistes modernes. Les rapa, plus petits et toujours aveugles, se distinguent ainsi des rao. Ces derniers se présentaient plutôt comme insignes d'autorité.
Il y a aussi les Tahonga, pendentifs que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Polynésie, tel celui reproduit ci-dessous, orné de deux têtes.
L'art de Rapa Nui ne lasse pas de surprendre par une variété insoupçonnable de formes sculptées.

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L'exposition présente 31 objets de la Collection des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie SS.CC.
À cette occasion, Catherine et Michel Orliac publient un ouvrage, une somme qui fait référence sur les objets de cette collection.
29 autres objets de la Galerie Louise Leiris font partie de cette exposition.

Photos 1 et 2 : Galerie Louise Leiris.
Photos 3 et 4 : Collection de la congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie SS.CC in Trésors de l'île de Pâques, Michel et Catherine Orliac, Ed. D et Ed. Louise Leiris, 2008, Photos André Longchamp. .