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Expertise

  • Alain Lecomte
    Membre de l'Organisation Internationale des Experts - ORDINEX

CC

Sous l'encre...

Koraichi500
Les quatre princes... je les ai côtoyés il y a bien longtemps, bien maladroitement : le bambou, l'orchidée, le prunus et le chrysanthème.
Je les ai caressés avec le pinceau et l'encre noire de nuit.
Et puis la main a trouvé dans le calame d'autres lignes, l'esprit a voyagé vers d'autres cultures.
La main s'est arrêtée, mais l'esprit est toujours en éveil, sensible à la calligraphie, son souffle, son intelligence, ses messages.
Dans cette exposition à venir, si infime soit le poids du calame, grand veut être son pouvoir pour tenter de répondre à la question « Comment fonder poétiquement, artistiquement une nation en exil ? »
Le plasticien Rachid Koraïchi, le poète Mahmoud Darwich et le calligraphe Hassan Massoudy ont ainsi construit ensemble un chant gravé autour de cette question.
Koraichi3_500
À découvrir, Une nation en exil, exposition qui se tiendra du 23 mai au 30 juin 2008
à l’Institut des Cultures d’Islam
19-23 rue Léon - 75018 Paris.

Crédits photographiques : Mahmoud Darwich, Rachid Koraïchi, Hassan Massoudy.

Négritude

Floriane_burkina

« Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères,
je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir
le rouer de coups,
le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne
sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot? »

Aimé Césaire in Cahier d'un retour au pays natal.

Photo : © Floriane - Une trajectoire

Kirchner et l'art du Grassland

Rietberg
Actuellement au Musée Rietberg de Zürich et jusqu'au 25 mai 2008, se tient une importante exposition sur l'art du Grassland camerounais.
Grassland_stool_160Les objets d'un art royal, développé notamment dans les chefferies Bamileke et Bamum, se déploient avec toute l'expressivité qui caractérise ces arts. Des masques imposants, des statues commémoratives perlées ou colorées, des sièges majestueux ornés de léopards, de panthères ou de mygales sont ainsi présentés.
Le cabinet des Estampes du Musée présente simultanément l'exposition Ernst Ludwig Kirchner et l'art du Cameroun.
Nude_kirchner_300
Ce fut à Dresde, en 1905, que Ernst Ludwig Kirchner créa «Die Brücke» avec ses amis Erich Heckel, Fritz Bleyl et Karl Schmidt-Rottluff.
Ces artistes allaient ainsi constituer le premier groupe de l'expressionnisme allemand.
Grassland_stool_160_dIls connaissaient le Musée ethnographique de Dresde de l'époque, riche d'oeuvres rapportées des territoires sous administration allemande. Des oeuvres d'Océanie côtoyaient celles d'Afrique, et pour beaucoup d'entre elles, en provenance du Cameroun. Ainsi, pour la première fois, je regarde des oeuvres de Kirchner en suivant pour modeste trace celle des sièges du Grassland... sans occulter, loin de là, force et beauté de ses nus.
Stedelijk_300

Photo 1 : Rietberg Museum, vue de l'exposition Cameroun art royal, extraite du site du Musée.
Photo 2 : Siège bamum, Ethnologisches Museum Berlin, don de Njoya à Jesko von Puttkamer, 1904 © Martin Franken.
Photo 3 : Kirchner, Nu au siège africain, 1912, Rietberg Museum Zürich © Rainer Wolfsberger.
Photo 4 : Siège, région de Bamenda, Bünder Kunstmuseum Chur, acquis avant 1910 par Ernst Ludwig Kirchner, don de Otto Tschumi.
Photo 5 : Kirchner, Nacktes Mädchen hinter Vorhang (Fränzi) 1910-1926, Tedelijk Museum Berlin.

Wolfgang Paalen

Sepik_160Le «pedigree» des oeuvres «extra-européennes» possède une valeur intéressante et que je n'avais pas soupçonnée dans un premier temps :
il permet de vous interroger sur l'identité du propriétaire lorsque celle-ci ne vous est guère familière.
Ainsi (et ce que les Surréalistes n'auraient pu imaginer) en est-il de la rencontre fortuite de cette figure de Papouasie-Nouvelle Guinée, originaire de la région du Bas Sépik et du nom de son premier propriétaire que je découvre dans le catalogue dédié aux nouvelles salles océaniennes du Metropolitan Museum: Wolfgang Paalen.
Cette représentation d'être ancestral frappe par le long nez allongé qui se termine en tête de crocodile ou de serpent mais qui avait commencé oiseau, cet aspect anthropo-zoomorphe où l'on ne sait plus où est la frontière entre l'homme et l'animal. Par sa polychromie, elle devenait beauté saisissante, tournoyante, lorsqu'elle était portée sur un bâton, agitée lors des danses pour les cérémonies d'initiation.
Paalen_160Quant à Wolfgang Paalen, j'apprends qu'il fut un peintre autrichien, né au début du XXème siècle. Porté dans un premier temps vers les mouvements d'abstraction, il proposa une technique picturale, le fumage.
Il rejoignit les milieux surréalistes après ses expositions à Paris. Enfin, il se réfugia au Mexique en 1939, créant en 1941 la revue Dyn.
Le choix de Key Lords of the Prismatic Situations, de 1947, ici, n'est pas évidemment pas représentatif de l'ensemble de ses oeuvres fort diverses.
Il me semble simplement un écho lointain, une vague et gratuite réminiscence de la figure du Sépik.

Photo 1 : The Metropolitan Museum of Art Eric Kjellgren.
Photo 2 : University of Kentucky Art Museum.

Muere lentamente

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..."Muere lentamente
quien se transforma en esclavo del hábito,
repitiendo todos los días los mismos trayectos,
quien no cambia de marca..."

Pablo Neruda

Joyeuse année à tous et particulièrement à la nouvelle partie chilienne de notre famille.

Photo de l'auteur

Art nègre, Arts primitifs - Bibliographie

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Une bibliographie sommaire : quelques ouvrages consultés en omettant volontairement les articles, étant donné la densité de la production sur le sujet.
Chaque ouvrage proposant en outre une bibliographie très détaillée.

Afrique, aux origines de l’art moderne. Commissaire exposition : Ezio Bassani. Turin : Ed. ArtificioSkira. 2004.
D’un regard l’autre. Histoire des regards européens sur l’Afrique, l’Amérique et l’Océanie. Catalogue d’exposition Musée du Quai Branly. Paris : RMN. 2006.
La Création du Monde. Fernand Léger et l’art africain dans les collections Barbier-Mueller. Paris: Ed. Biro, Genève : Musée Barbier Mueller. 2000.

BAROU, Jean-Pierre. L'Oeil pense : essai sur les arts primitifs contemporains. Paris : Balland. 1993.
BONNAIN, Rolande. L’empire des masques. Les collectionneurs d’arts premiers aujourd’hui. Paris : Ed. Stock. 2001.
DEGLI, Marine & MAUZE M. Arts premiers. Paris : Ed. Gallimard, collection La Découverte. 2001.
De l’ESTOILE, BENOIT. Le goût des Autres. De l’Exposition coloniale aux arts premiers. Paris : Ed. Flammarion. 2007.
GIRAUDON Colette. Paul Guillaume et les peintres du XXe siècle : de l'art nègre à l'avant-garde. Paris : La Bibliothèque des arts. 1993.
GOLDWATER, Robert. Le primitivisme dans l'art moderne. Paris : Ed. Presses Universitaires de France, collection Sociologie d’aujourd’hui. 1988.(1ère Ed. 1938).
GUILLAUME, Paul. Les écrits de Paul Guillaume. Neuchâtel : Ides et calendes. 1993.
LAUDE, Jean. La Peinture française et "l'art nègre", 1905-1914: Contribution à l'étude des sources du fauvisme et du cubisme. Paris : Ed. Klincksieck. 2006(1ère éd. 1968).
PRICE, Sally. Arts primitifs : regards civilisés. Paris : ENSBA. 2006 (1ère éd. 1989).
RICHARD, Lionel. Arts premiers. L’évolution d’un regard. Paris : Ed. du Chêne. 2005.
RUBIN, William. Le primitivisme dans l'art du XXe siècle. Paris : Ed. Flammarion. 1984.
TZARA, Tristan. Découverte des arts dits primitifs suivi de Poèmes nègres. Paris : Ed. Hazan. 2006.
WARIN, François. La passion de l’origine. Essai sur la généalogie des arts premiers. Paris : Ed. Ellipses.2006.

Photo : Fernand Léger. Projet pour le rideau de scène pour "La Création du Monde", 1923. Au centre, une figure de reliquaire Kota et de chaque côté, une statuette Senoufo.

Matisse et l'«art nègre»

Matisse_shira_punuDéjà évoqué à plusieurs reprises, le début du XXème siècle vit la découverte puis l'étude de l'«art nègre». Sous ce terme, il faut entendre art africain mais aussi océanien voire malgache... Cette dénomination s'inscrit d'une part dans un contexte colonial, d'autre part, on peut y voir, comme Benoît de l'Estoile, le reflet d’une lecture associant « race
Matisse_160nègre » et origine de l’art.
Dans un contexte du début de siècle où les théories évolutionistes ne sont guère remises en cause (y compris parmi les artistes d'avant-garde et écrivains), cette association remonterait aux affirmations racistes de Gobineau : «la source d’où les arts ont jailli est étrangère aux instincts civilisateurs.
Vili_160Elle est cachée dans le sang des noirs».
De là, serait née cette croyance selon laquelle l’art nègre conserve des formes artistiques originelles et précède de cette façon tous les arts.
Au début du XXème siècle, on peut considérer que le sens de «art primitif» correspondait à qualifier des objets tribaux : À Paris, «art nègre» et «art primitif» devinrent des termes interchangeables.
L'année 1906 semble être une année importante pour la découverte de l'«art nègre» chez les artistes d'avant-garde.
07_mati_natmor_stane_160 (De nombreux ouvrages ont paru sur le sujet, tout et son contraire ont été dits sur la paternité de la découverte de l'«art nègre», la paternité du cubisme...).
Quoi qu'il en soit, en novembre 1906, Matisse se rend chez Emile Heymann au 87 rue de Rennes et y achète une statuette Kongo-Vili. Il peint en 1907, La Nature morte à la statuette Nègre...

Références citées : de Gobineau, A. 1853-1855. Essai sur l’inégalité des races humaines, livre 2, chp. VII cité De L’Estoile, B. 2007. p. 236.
De l’Estoile, Benoît 2007. Le goût des Autres. De l’Exposition coloniale aux arts premiers. Paris : Ed. Flammarion.

Photo 1 : Masque Shira-Punu, collection Ernst Winizki, Zurich Succession H. Matisse, in Le Primitivisme dans l'art du 20e siècle.
Photo 2 : Portrait de Madame Matisse (détail), 1913, Henri Matisse, Musée de l'Ermitage.
Photo 3 : Collection particulière, ancienne collection Henri Matisse.
Photo 4 : Nature morte à la statue nègre, 1907, Henri Matisse.

Visite chez Guillaume Apollinaire

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Guillaume Apollinaire a largement contribué à la reconnaissance de «l'art nègre» à travers des articles et des compte rendus d'expositions, parus entre 1909 et 1918. Il écrivait dès 1909 que «l'art nègre» devait rentrer au Louvre. Apollinaire fut aussi l'un des premiers à parler de « grands artistes anonymes » au sujet des créateurs de ces objets, devançant de dizaines d’années, les préoccupations actuelles.
Detail_apollinaire_biblio
Le poète commença sa collection d’art africain avant 1910. On pense que ce dernier rencontra le marchand Joseph Brummer vers la fin de 1908. Tous les deux étaient des amis du Douanier Rousseau.
Jean-Louis Paudrat (in Le primitivisme dans l'art du XXe siècle, Rubbin,W.1984) affirme que c’est à la fin de 1909 qu’Apollinaire acquit ses premières sculptures africaines.
YombeAinsi, sur cette photographie de 1954, distingue-t-on, dans ce petit coin, le «fameux» fétiche à clou d'origine Yombe ou Woyo et, à l'arrière, plus petite, une statuette Teke... des objets «chargés».
On imagine aisément l'impression que devait rendre le N'konde de près d'un mètre de haut lorsqu'on le découvrait ainsi; avec sur la droite, une marionnette Kuyu dont la tête, surmontée d'un étrange animal à la gueule entrouverte, ne semblait pas nécessairement engageante.
Kuyu_apol_160Puis le regard se porte sur l'étagère, à gauche, vers la tête Kuyu, de la République du Congo, intervenant lors des danses Kyebe Kyebe. Son visage blanc porte de grandes scarifications sur les joues et le front. La bouche laisse entrevoir des dents pointues en écho à celle de la marionnette de droite.
Apol_pluriarc_160 On découvre le pluriarc Punu du Gabon. Une petite tête fine surmonte la caisse de résonance avec cette coiffe ample aux coques rembourrées, striées de nattes, que l'on retrouve sur les masques blancs. Il semble que, plus en avant sur l'étagère, se trouve un petit appuie nuque Kuba. Et au-dessus du fétiche Teke, une récade ?? et près d'elle, un personnage agenouillé enveloppé dans un grand drapé comme priant ?...
Mais peut-être connaissez-vous une description précise de cette bibliothèque ?

Photos 1 et 2 : René-Jacques, 1954.
Photo 3 : Musée National d'Art Moderne © RMN.
Photos 4 et 5 : Musée du Quai Branly.

Derain, Modigliani...

Modigliani_guillaumeEvoquer la figure de Paul Guillaume au sujet de l'art Fang et de « l'art nègre» en général dans le début du XXème siècle, ne peut se faire sans omettre les noms aussi prestigieux que ceux de Modigliani, qui a peint ce portrait, et Derain, celui de Mme Paul Guillaume.
L'anecdote rapporte qu'en des temps difficiles, Paul Guillaume offrit un café à Modigliani contre un dessin croqué sur le vif.
Derain_guillaumeModigliani traça alors l'esquisse d'un violoniste mendiant quelques sous, dessin que Paul Guillaume conserva précieusement. Ce serait à partir de ce moment, en cette année 1915, que Modigliani commença à appeler Paul Guillaume, mécène à ses yeux, le Novo Pilota. Quant à l'histoire de Domenica Guillaume... un destin assez incroyable... on pourra dévorer l'agréable roman : La Dame au grand chapeau de Florence Trystram.

Voir également La collection Jean Walter et Paul Guillaume.

Photo 1 : Paul Guillaume, Novo Pilota, Amadeo Modigliani, 1915 © Musée de l'Orangerie - RMN.
Photo 2 : Portrait de Madame Paul Guillaume au grand chapeau, André Derain vers 1928-1929 issue du site (© Chris Brooker).

Résonances

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En écho au billet African Forms... mais avec un accent plus figuratif.
Lespugue_160Vénus paléolithique ou contemporaine, idole cycladique ou charme Eskimo, amulette Luba ou pendentif Pende... toutes ces formes, souvent épurées toujours sensuelles, élégantes, nous touchent.
Souvent il est vrai, j'ai choisi de parler de petits objets en ivoire, de figures féminines; probablement séduite par leur patine, par l'impression d'un toucher abolissant la distance du regard et
Luba_tervurenrétablissant une intimité dont une oeuvre picturale, pourtant, ne saurait nécessairement nous dessaisir.
Peut-être ne subissons-nous nos émotions esthétiques que dans la mesure où nous les créons et les entretenons ?
Cette passion de «la patine», qui anime de nombreux amateurs d'arts premiers, renvoie-t-elle à une illusion de l'objet efficace, de cette beauté forcément agissante ?
Eskimo_160La question concrète, banale, que pose le regroupement fortuit (ou peut être que non) de ces quatre objets concerne la nature de ce que nous expérimentons.
Est-il trivial ou au contraire non fondé de se poser la question ?
Est-il pertinent de trouver là des résonances et d'être réceptif à ces résonances, à ces rencontres, ces évènements qui ouvrent un monde ?

«Por toda la hermosura
nunca yo me perdere
sino por un no sé qué
que se alcanza por ventura.»

(Pour toute la beauté
jamais je ne me perdrai
mais pour un je ne sais quoi
qui s'atteint par aventure.)


Jean de la Croix (fin XVIème)

Photo 1 : Willem de Kooning, Two Women, 1952.
Photo 2 : Vénus de Lespugue, Gravettien
(env. -25000 ans BP).
Photo 3 : Pendentif Luba, The Royal Museum for Central Africa (Tervuren) © Roger Asselberghs.
Photo 4 : Statuette Eskimo, collection privée, in Catalogue de la vente Calmels Cohen, Paris, Décembre 2006.

Tu fais peur Tu émerveilles

Uli_breton_180
Pour sûr tu es un grand dieu
Je t'ai vu de mes yeux comme nul autre
Tu es encore couvert de terre et de sang tu viens de créer
Tu es un vieux paysan qui ne sait rien
Pour te remettre tu as mangé comme un cochon
Tu es couvert de taches d'homme
On voit que tu t'en es fourré jusqu'aux oreilles
Tu n'entends plus
Tu nous reluques d'un fond de coquillage
Ta création dit haut les mains et tu menaces encore
Tu fais peur tu émerveilles.

in Poèmes, «Xenophiles», André Breton, 1948.



Suite de Tour du Monde surréaliste; matières à réflexion :

L'appropriation surréaliste des objets d'art «indigènes». Article de Sophie Leclercq.

Mur_breton_300

et aussi, dans la même lettre du séminaire 13, Arts & Sociétés :

Entre oeuvres d'art et documents : Les arts d'Afrique à Paris et à New-York dans les années 1930. Article de Maureen Murphy.

La fascination occidentale pour les objets non occidentaux. Article de Nélia Dias.

Photo 1 : Uli, Nouvelle-Irlande, anc. Collection André Breton, © Bibliothèque Jacques Doucet.
Photo 2 : Mur de l'Atelier d'André Breton © Centre G. Pompidou, MNAM

Tour du Monde surréaliste

Surrealist

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent…

…tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée

Extrait de Zone, Alcools, Apollinaire – 1912.

Carte : Le Monde au temps des Surréalistes
in Variétés, 1929.
(Cliquer sur la photo pour un format plus lisible).

Miro - Maro

Sentani

Maro, peinture sur écorce battue - Lac Sentani - Papua Indonesia - 1925-1930.

Miro1
Joan Miro - Nocturne - 1940.

D'autres peintures sur étoffe d'écorce du lac Sentani.

Photo 1 : in Greub.S, 1992, Art of northwest New Guinea : from Geelvink Bay, Humboldt Bay, and Lake Sentani, New York, Rizzoli.
Photo 2 : Provenant du site.


À lire : PELTIER P., Paris-Nouvelle-Guinée, 1925-1935. Jacques Viot, les Maro de Tobati et la peinture moderne in Gradhiva 1990, 8 (ou en anglais dans l'ouvrage de S. Greub).

Sonnet

Bolivie_03
«Appelle-moi à celle de tes heures,
qui ne cesse de te résister :
implorante et proche comme un visage de chien,
mais toujours à nouveau détournée de toi,

quand tu crois la saisir enfin.
Ce qui ainsi t'a échappé est ce que tu possèdes le mieux.
Nous sommes libres. Nous fûmes congédiés là
où nous pensions être d'abord salués.

Avec angoisse nous demandons un point d'appui,
nous qui sommes parfois trop jeunes pour ce qui est vieux
et trop vieux pour ce qui ne fut jamais.

Nous, qui ne restons justes que lorsque, malgré tout, nous louons,
parce que, hélas ! nous sommes la branche et le fer
et la douceur du danger mûrissant».

Rainer Maria Rilke
in Les sonnets à Orphée (23ème, partie 2).

Photo de l'auteur - Sud Bolivie, 2002.

Portrait de femme Nkhumbi - Angola

Nkhumbi
Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée.

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Léopold Sédar Senghor
in Chants d'ombre-1945

Croquis de l'expédition Capelo et Ivens 1886
in Sculptures angolaises.

Carnaval africain

Carnavalafricainbeal
Peinture : ©Florence Béal-Nénakwé
La couleur encore, toujours, avec cette fois l'univers d'une artiste peintre camerounaise.
«Cela commence comme une belle histoire, un conte merveilleux où une fillette côtoie les plus grandes collections de masques aux teintes et formes étranges, bizarres et quelque peu magiques ...»
C'est ainsi que débute le discours de Florence sur ses oeuvres que vous pouvez découvrir sur son site (et aussi dans un billet d'un blog ami).
Femme-reine, , «marathonienne au masque», «amoureuse à la guitare», la femme devient multicolore-multiforme sous son pinceau éclaboussant.

Wilfredo Lam

66lamBrève rencontre dans ce billet, grâce à Christine, avec Wilfredo Lam.
Croisement fortuit avec les antilopes du soleil dont je parlais hier...
Cela n'aurait-il pas pu être le titre d'un de ses tableaux?
C'est dans ces moments là, à mon sens, que les détours des mondes opèrent.
Casting_of_the_spell_1947




Au coeur des ténèbres.
Dans la nuit épaisse des forêts, au creux de l'humidité
de la jungle.
Déesse de la terre.
Esprit de la Nature à l'état sauvage.
Cri du monde.
100lam



Ce peintre cubain nous offre au regard des êtres hybrides.
Des femmes surtout.
Femmes-licornes,
femmes-cheval...
Douceur de
l'Alma Mater?
Métamorphoses monstrueuses d'éléments qui nous échappent?Zambezia_zambezia_50






Est-il encore utile de préciser que Wilfredo Lam a croisé dans sa vie Picasso, Matisse, Tristan Tzara, Breton, Leiris...Puis au Mexique, Frida Kahlo et Diego Rivera ?



Les photos 1 et 3 sont issues du site consacré au peintre.
La photo 2 représente The casting of the spell - 1947, au Santa Barbara Museum
La photo 4 représente Zambezia, Zambezia - 1950, au Guggenheim Museum

Souffles - Birago Diop

Écoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres.

Tellem_dapper
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’Ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Birago Diop - 1947

Photo : ©Musée Dapper - Hugues Dubois

Prière aux Masques

Masques_poeme
Masques ! Ô Masques !
Masque noir masque rouge, vous masques blanc-et-noir
Masques aux quatre points d’où souffle l’Esprit
Je vous salue dans le silence !
Et pas toi le dernier, Ancêtre à tête de lion.
Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme, à tout sourire qui se fane
Vous distillez cet air d’éternité où je respire l’air de mes Pères.
Masques aux visages sans masque, dépouillés de toute fossette comme de toute ride
Qui avez composé ce portrait, ce visage mien penché sur l’autel de papier blanc
À votre image, écoutez-moi !
...
Leopold Sédar Senghor

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