Les Pende sont arrivés dans les régions du Sud Congo par vagues de migrations successives, habitant un territoire du Nord de l'Angola et dominé maintenant par les Tshokwe. Ils se sont rassemblés à la fin du XVIIIème siècle; un premier groupe s'est installé sur la rive ouest de la rivière Kwilu, un autre groupe plus à l'Est entre les rivières Kwilu et Lubwe; puis au XIXème siècle des groupes se sont installés entre la rivière Loange et le Kasaï.
Peut-être fastidieuses pour le lecteur, ces distinctions géographiques n'en demeurent pas moins importantes aux yeux de l'historien d'art car elles vont conditionner des styles différents : respectivement ceux des Pende Kwilu, des Pende centraux et des Kasaï Pende (ou Pende orientaux); permettre aussi de comprendre la chronologie des oeuvres.
La société Pende est matrilinéaire. La transmission des savoirs se fait entre oncle et neveu. Cela aussi influe sur l'histoire des oeuvres.
À l'arrivée des Belges, toutes les grandes institutions des Pende vont être disloquées. La région devenue (comme tout le Congo) propriété personnelle du roi Léopold; l'exploitation des ressources naturelles (Diamant, caoutchouc, huile de palme..) requiert une main-d'oeuvre importante.
Dès lors, on assistera à de nombreuses révoltes et plus particulièrement celle de 1931 qui sera durement réprimée et à la suite de laquelle les chefs de communauté se verront destitués, le système de pensée des Pende ébranlé, les masques détruits...
Ce n'est qu'à partir des années 1940-50 qu'on assistera à un retour des masques dans le cadre de manifestations culturelles, réactions contre le colonialisme.
À partir de l'indépendance (1960), la région sera secouée par la guerre civile et reste maintenant d'accès difficile.
De par cette brève histoire, on comprend que les objets très anciens n'existent pas. Le plus ancien connu date de 1906 et est conservé au musée de Vienne (un masque féminin).
Le premier à avoir écrit sur les Pende est l'ethnologue Emil Torday : «La sculpture de bois est pratiquée avec grand talent quoiqu'elle soit exportée des Tshokwe»... Méprise... L'art Pende est effectivement peu (et c'est dommage, on va le voir) apprécié des collectionneurs car il souffre la comparaison avec l'art Tshokwe, les ennemis voisins...
Pour ma part je ne me lasse pas d'admirer ces petites amulettes en ivoire dont nous avons déjà parlé...
Nous ne possèdons donc pas non plus de témoignages récents sur les Pende.
Le premier spécialiste des Pende fut Léon de Sousberghe puis plus récemment, Zoé S. Strother qui a écrit un texte référence dans les années 1980 : Inventing Masks.
Longue introduction pour en venir à l'art Pende où les masques tiennent un rôle prépondérant.
Carte : Adaptée de la carte de Africa, The art of a continent p. 230.
Photos 1 et 2 : The Cleveland Museum of Art.
Photos 3 et 4 : National Museum of African Art, Smithsonian Institution.
.