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La voie des masques - Nord-Ouest Zambie

Makishi_jordan_260_2
Les derniers billets sur les Makishi et plus généralement les prestations masquées du Nord-Ouest de la Zambie omettent les dimensions politiques de cette région frontière.
LuvalemakishiEn effet, celle-ci a dû faire face à deux regimes coloniaux et deux langues : le portugais et l'anglais. Puis, les presque 30 ans de guerre civile angolaise ont marqué les peuples de la boucle du Zambèze puisque la région a connu un important afflux de réfugiés. Les années 90 sont aussi un tournant pour la Zambie de par l'accession au pouvoir du Mouvement pour la Démocratie Multipartite.
KahipuC'est dans ces contextes de politiques nationales et internationales mouvementés que les Makishi, au-delà des rites de la Mukanda, mettent en scène des questions pour la société toute entière et l'aident peut-être à vivre certaines transformations.
Les Makishi interviendraient alors comme «agents idéologiques».
Il s'agit d'une analyse qui est développée de manière très intéressante par Manuel A. Jordan dans l'article Le masque comme processus ironique. Les Makishi du Nord-Ouest de la Zambie (in Anthropologie et Sociétés, vol.17, n°3, 1993).

Couverture du livre : Jordan M., Makishi : Mask Characters of Zambia - UCLA Fowler Museum, qui vient de sortir et que je recommande vivement.
Photos extraites du livre, © M. Jordan.

Makishi

Chibunda_280
Les Makishi exécutent ici un chibunda c'est-à-dire un appel des morts.
Muchawa_160De nouveaux personnages ont été ajoutés dans les années 80 au répertoire des Makishi. Ainsi en est-il de Muchawa, le cousin des circoncis. Visage qui se veut effrayant, la bouche ouverte et rouge, les dents épointées... C'est une véritable inquiétude visuelle qu'il souhaite communiquer.
Le corps est complètement caché; Chilea
il perpétue ainsi la tradition du costume qui prend sens en permettant aux vivants de «visualiser» une présence matérielle des défunts.
Les morts n'ayant plus d'enveloppe charnelle, les lignes blanches et rouges, les rayures, nous donnent à voir le jeu des muscles, des veines, des artères.
Voilà Chilea, l'entraîneur à la danse par laquelle il Denda_160s'agit peut-être de conjurer la peur. Il y a aussi beaucoup d'humour et d'ironie, un souhait aussi de se moquer de certains comportements.
Si les Makishi avaient été conçus pour les initiés afin de leur enseigner le respect des ancêtres, ils sont maintenant devenus, plus largement, d'après F. Gründ, les «activateurs d'un art contemporain».

Photos : © Marie-Noëlle Robert (in Gründ F., Makishi : Danses de mort pour les vivants - Exposition MAAO - Paris, Noesis, 2000.)

Masque Chisaluke en Zambie

Chizaluke_220
Déjà évoqué dans le billet sur les masques en résine Tshokwe, le masque Chisaluke est commun à de nombreux peuples de Zambie.
Particulièrement reconnaissable à son visage totalement masqué de bandes de couleurs, à son costume où le corps disparaît sous une combinaison de rayures, tout un ensemble de lignes de couleurs, les mains prises dans des gants en laine tricotée...
Chisaluk_284Probablement l'un des masques les plus importants des fêtes de la Mukanda, Chisaluke apparaît à la fin de la période d'initiation. Avec le masque Pwo, il apporte des cadeaux au chef du village.
Ce dernier, en les acceptant, marque la conclusion des cérémonies.
D'après F. Gründ
(in Danses de mort
Chisaluke_936
pour les vivants
, Exposition MAAO - Paris, Noesis, 2000), les rituels Makishi auraient renforcé les liens entre les peuples occupant la boucle du Zambèze. Ces rituels sont dépendants d'un facteur social commun précis qu'est la circoncision des jeunes garçons.
De nos jours, de nouveaux masques s'ajoutent à un répertoire déjà important de masques d'ancêtres. Ce sont des esprits de la nature et des esprits animaliers, souvent pleins d'humour et de dérision dans leur danse.

Photos : © Dick Beaulieux in Makishi lya Zambia, Marc Leo Felix & Manuel Jordan, Munich, Fred Jahn, 1998.

Masques de l'Etranger

Katoyo_iowa_1Le masque qui représente l'étranger, l'homme blanc, est partout présent en Afrique sous des formes différentes.
Ici, en Angola et dans l'Ouest de la Zambie, c'est le masque Katoyo qui joue ce rôle. Un exemple Tshokwe nous le montre ici avec des lèvres exagérées.
Katoyo_zambieMais ce qui est le plus souvent récurrent dans ce type de masque, c'est la présence de petits yeux, d'un nez fin et droit et d'une petite bouche près de laquelle sont pratiqués des trous afin d'y fixer un semblant de moustache ou de barbe.
Chindele_mbundaPlus particulier, ci-dessous, ce masque rectangulaire.
Il s'agirait d'une forme que l'on rencontre plus à l'Est dans les territoires Mbunda de Zambie, bien que la coiffure ait pu être empruntée à celle de Pwo des Tshokwe.
Ces derniers ont travaillé pour un grand nombre de peuples et leur art a largement rayonné dans ces régions.
Katoyo_zambie1Si les représentations de l'Autre sont variables, elles ne sont pas vraiment caricaturales. Il semble que chez certains peuples, il y aurait pu avoir référence aux Ancêtres sous l'aspect du masque de l'Occidental et par conséquent les mascarades n'étaient pas le lieu pour se moquer de son comportement.
En outre, ce type de masque pouvait peut-être servir l'ambition de ceux qui voulaient s'approprier d'une certaine façon le prestige ou l'autorité du «Blanc» là où il en avait !

Photo 1 : The University of Iowa Museum of Art, Stanley Collection, © Ecco Wang.
Photo 2, 3 et 4 : in Makishi lya Zambia, © Dick Beaulieux.

Prise de bec

Oiseau_chokwe_angola
Représentation d'un oiseau de proie ou d'un calao...
Ce masque Tshokwe de l'Angola incarne probablement un esprit protecteur de par l'acuité de sa vision et par conséquent sa faculté d'anticiper le danger.
Lebel_colombie_britan





À des milliers de kilomètres de là, en Colombie Britannique, ce masque d'aigle, de très belle polychromie, était probablement porté lors de cérémonies célébrant le pouvoir du chef.

Et ce masque stylisé, en fibres, avec des plumes d'oiseaux...
Ces «chipepa» du Nord-est de l'Angola appartenant aux Matapa demeurent méconnus.
Chipepa_matapa_mne_200
On ne peut qu'émettre des hypothèses à leur sujet. Ce type de masque évoquerait le retour d'un ancêtre; ses plumes symboliseraient celles de l'aigle, et par sa danse il mettrait fin à la nuit.
Peut-être une symbolique correspondant à la période clôturant l'initiation des jeunes hommes ?

Proue_meratQuelle que soit la culture, les symboliques liées aux oiseaux abondent, nées d'imaginaires collectifs mais aussi de réalités sociales : Puissance, renaissance, rapine, liberté... la liste est longue et peut se révéler contradictoire.
En Papouasie-Nouvelle Guinée, par exemple, nous les retrouvons dans de nombreuses sculptures car ce sont eux qui mangent les fruits des arbres. Pour simplifier, un arbre étant un homme, le fruit en est la tête... et il faut savoir ô combien la chasse aux têtes était importante chez ces peuples guerriers.

Photo 1 : Collection privée, © Manu Sassoonian.
Photo 2 : Ancienne collection Lebel, © in Catalogue de la vente.
Photo 3 : Museu Nacional de Etnologia - Lisbonne, © José Pessoa.
Photo 4 : Collections Barbier-Mueller, © Sudio Ferrazzini Bouchet. Proue de pirogue à figure d'oiseau, région du lac Sentani en Nouvelle-Guinée

Tête de cochon

Ngulu_933_140Mne_cocho_140
En Angola, les masques animaux, tels les Ngulu, ces masques cochons Tshokwe, apparaissent lors de mascarades festives en relation avec la Mukanda. Par opposition à Pwo et Cihongo qui représentent des comportements «respectables» au sein de la société, ces masques servent à parodier les attitudes déviantes.
Tout comme le masque du bovidé chez les Ngangela (ci-dessous), dont on sait peu de choses. Il devait être probablement utilisé à des fins moralisatrices vis-à-vis de la communauté.

Ngangela_200
Photo 1 : in Makishi lya Zambia © Marco Leo Felix, Manuel Jordan.
Photos 2 et 3 : Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne © José Pessoa.

Les masques en résine Tshokwe

Mne_cikungu
Nous avions évoqué les masques en résine, CIKUNZA et KALELWA, intervenant pendant les rites d'initiation Tshokwe en RDC.
Il existait, en Angola également, deux autres masques importants : CIKUNGU et CHISALUKE.
CikunguLe premier s'opposait d'une certaine façon au masque en bois CIHONGO car plus secret, incarnant des divinités tutélaires.
Masque puissant, il appelait au sacrifice afin d'apaiser les Ancêtres lors de problèmes dans la communauté.
Il est vrai, sur cette photo in situ, qu'il avait de quoi impressionner !
Chisaluke_bergendalLe second accompagnait PWO (ou Pwevo) et concluait les cérémonies de la Mukanda.
D'aspect moins agressif, avec sa barbe en fibres ou en fourrure et son visage à rayures...
Ses trois pointes au-dessus du front évoquaient, semble-t-il, la sagesse.
Fait particulier, plusieurs masques Chisaluke dansaient en même temps.
Ce type de masque se retrouve encore maintenant en Angola et en Zambie.
Makishi désigne le terme générique des masques et vous trouverez La mascarade des Makishi parmi les oeuvres sélectionnées par l'UNESCO au titre de Patrimoine immatériel de l'humanité.

Photo 1 : Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne © José Pessoa.
Photo 2 : Tirée du site Tucokwe
Photo 3 : © Afrika Museum - Berg en Dal.

Pwo chez les Tshokwe d'Angola

Art_inst_ofchicagoLes Tshokwe (ou Chokwe) constituent un peuple important de l'Angola.
Nous les avons déjà «rencontrés» au sud de la République Démocratique du Congo. Parmi leurs masques, Pwo demeure l'un des masques les plus importants de la Mukanda (Société d'initiation).
Pwo_lisbonne Il se veut protecteur des jeunes garçons.
Évoquant un esprit ancestral, Pwo constitue surtout une représentation idéalisée de la jeune fille.
Récoltés tous les trois dans le nord-est de l'Angola (mais à des époques différentes), ces masques présentent des différences stylistiques aisément repérables.(cf. aussi ceux du Congo).
Pwo_part


S'ils ont conservé leur couvre-nuque en raphia tressé (N'oublions pas que c'était un homme qui dansait sous ce masque), remarquons la douceur de ce visage orné de petites croix au niveau de la coiffure; contrastant avec l'aspect plus agressif rendu par la présence de dents élimées du masque précédent.
Mais peut-être pouvons-nous aussi retenir de ces visages, les incisions pratiquées sous les yeux, rappelant les pleurs des mères séparés de leur fils.
Ce dernier masque est peut-être attribué aux Lunda (proches des Tshokwe).

Photo 1 : The Art Institute of Chicago.
Photo 2 : Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne © José Pessoa.
Photo 3 : Collection particulière © José Pessoa in Sculptures angolaises.

Tshokwe - Bibliographie

Sifflet_anvers
Art et mythologie, figures tshokwe - Catalogue d’exposition, Musée Dapper, Paris, 1988.
Bastin, M.-L., Art décoratif Tshokwe - Lisboa : Companhia de Diamantes de Angola (DIAMANG), Serviços Culturais, 1961.
Bastin, M.-L., La sculpture Tskokwe – Meudon, Chaffin, 1982.
Remondino D., article "Sifflets Tshokwe. Instruments de message, objets de prestige" in Art Tribal 2/ Printemps 2003.
Wastiau B., Chokwe - Ed. 5 continents, Coll. Visions d’Afrique, 2006.
(nouvelle collection, étude et iconographie par peuple, très bien réalisée, avec 2 titres pour l’instant : Fang et Chokwe)

A compléter par la bibliographie sur les arts de l'Angola.

n.b : Toutes les bibliographies données ne sont pas exhaustives, elles consistent simplement dans le compte-rendu de mes sources «imprimées», des ouvrages, utilisés pour écrire les billets du blog. Elles vont donc évoluer avec le temps et je l'espère, avec vos suggestions.

Photo : © Etnografisch Museum Anvers.

Sifflets Tshokwe et Pende

Sifflet_tschokwe_dapperLes sifflets Tshokwe, travaillés surtout dans le bois mais aussi dans l'ivoire, sont des vecteurs de message, utilisés essentiellement pour la chasse, la guerre. Mais ce ne sont nullement des objets anodins.
De nombreux sifflets sont ornés de têtes. On reconnaîtra sur ce premier sifflet un masque Cikunza avec sa haute coiffe.
Esprit bienfaisant, il accompagne le chasseur.
Cleveland_sifflet
Ici, la "petite bonne femme" triste est presque émouvante. Esprit d'une ancêtre féminine, elle veille, avec ses yeux grand ouverts...
On pourra lire avec intérêt l'article de Dominique Remondino sur les sifflets Tshokwe, petits objets très raffinés et peu connus.
Hermann_pende


Ils sont aussi l'occasion pour moi, d'une transition vers l'art d'un peuple voisin, les Pende; eux aussi grands chasseurs.
Ils ont produit de très beaux sifflets.
L'exception confirmant la règle, ces sifflets sculpés Pende sont en bois.
Afrique_artdesformes1


... alors que la majorité des sifflets Pende sont en ivoire comme cet exemplaire.
La réputation des Pende tenait beaucoup à leur travail de l'ivoire et notamment celui de leurs pendentifs amulettes représentant des masques :
les ikhoko.

Tshokwe en fumée

Tabatiere_tervurenDans l'art Tshokwe, j'ai une affection particulière pour les petits objets.
Les tabatières notamment.
Elles font partie des objets de «prestige» et appartiennent aux chefs.
Admirez le raffinement de cette première.
Le couvercle est décoré d'un masque Cihongo. Le mortier, orné de clous de laiton, surmonte un petit personnageMortier_tabatiere1 féminin finement sculpté portant son enfant sur son dos. Finesse du détail, elle est parée d'un grand bracelet spiralé...
Cet autre exemple de mortier- tabatière est en ivoire. Le bouchon là encore est sculpté en forme de masque.
Sceptre_tabatiere_tervuren
Une particularité des Tshokwe est d'avoir intégré à l'extrémité des plus beaux sceptres des petites tabatières, souvent ornées d'une tête

représentant une «personnalité».
Celle-ci, assise sur un petit tambour sculpté (le récipient à tabac), joue d'un instrument de musique : un lamellophone à dix notes posé sur une calebasse qui lui sert de caisse de résonance.
Remarquez toujours, la coiffure à ailettes, les grands pieds et les grandes mains...
Sous le tambour, une décoration ajourée évoquerait? le grillage des cages à oiseaux que les Tshokwe auraient eu pour habitude d'emporter, lorsque la cour se déplaçait, afin d'entendre le chant des oiseaux...
Pipe_dapperComplètant le panorama des tabatières, on remarque de très belles pipes dont le thème iconographique demeure la représentation du souverain ou de l'ancêtre.
C'est le cas ici : L'ancêtre, symbole de vie et de prospérité pour son peuple.




Photos 1 et 3 Tervuren : ©The Royal Museum for Central Africa (Tervuren) - Roger Asselberghs
Photos 2 et 4 : ©Archives Musée Dapper, Hugues Dubois.

Statue de chef Tshokwe

Chef_assis_portoLes représentations de chef chez les Tshokwe procèdent de la même iconographie propre à celle du héros civilisateur Tshibinda Ilunga.
Ici, c'est un homme assis sur une chaise pliante, de taille démesurée par rapport au personnage, installé comme sur un piedestal.
Jambes croisées l'une sur l'autre; l'oeil est attiré par l'ampleur des pieds, marque de son endurance pour les longues marches.
Les mains s'entrecroisent en geste de salutation et de souhait de longue vie.
Le chef a une dimension protectrice.
Chasseur_coll_p_veriteLe voici encore avec un petit personnage à ses pieds, un esprit peut-être, paré de ses attributs: la haute coiffe cérémonielle, deux cornes de médicaments sur la poitrine, une autre corne dans la main droite et un baton dans la main gauche. «Grands pieds, grandes mains»...
En fait cette statue précise a une histoire puisqu'elle appartient à la collection Vérité, collection «mythique» qui sera vendue prochainement (je vous en parlerai bientôt).
Je n'ai pas encore évoqué le marché de l'art africain. Sachez (pour les bourses intéressées) que l'estimation de cette statue se situe entre 800000 et 1200000 euros... et que l'on prédit une envolée des prix à la veille de l'ouverture du Quai Branly.

Rites d'initiation chez les Tshokwe

Cikunza1C'est l'association MUKANDA qui se chargeait de l'initiation des jeunes garçons incluant les rites de la circoncision. Les masques jouaient un rôle important pendant toute la durée de l'initiation, ayant une fonction protectrice ou nourricière.
Ceux-ci, contrairement aux masques de danse évoqués (Pwo et Cihongo), étaient fabriqués en résine et en écorce battue donc périssables et l'on n'en connaît que peu d'exemplaires. Le plus important d'entre eux est le CIKUNZA. Ce nom signifie sauterelle, insecte associé au symbole de la fécondité. Il est surmonté d'une haute coiffe représentant une corne d'antilope-cheval, symbole de pouvoir et de virilité.
Le Cikunza est protecteur des jeunes initiés.
On sait aussi que des amulettes à l'effigie de ce masque étaient fabriquées et portées par les femmes et les hommes afin de se protéger contre la stérilité.
Kalelwa_mankind


Un autre masque très particulier intervient lors de l'initiation, il s'agit du masque KALELWA. C'est lui qui a la charge d'apporter la nourriture aux jeunes initiés pendant leur période de réclusion en brousse.
La symbolisme du masque Kalelwa demeure difficile à interpréter... Il semble qu'il y ait des références au soleil, à la lune et aux étoiles. Kalelwa signifierait «nuage»...
Kalelwa_marchal_1949_3Après la circoncision, les jeunes initiés restaient plusieurs mois encore en brousse et entreprenaient une sorte de «quête solaire de la virilité», se réunissant au lever et coucher du soleil autour d'un feu et en chantant. Il s'agissait de sortir d'une nuit initiatique afin de rejoindre le soleil symbole de la valeur masculine.
L'art Tshokwe a rayonné dans les régions voisines et on retrouve ces masques chez les Lwena et les Mbwela. On retrouve cependant des résonnances de style dans les masques d'initiation des Yaka et Suku.
Cikunza_frobenius
Dessin d'un masque Cikunza extrait du livre «Les masques et les sociétés secrètes d'Afrique» de Leo Frobenius en 1898 (D'après Max Buchner)

Le masque CIHONGO chez les Tshokwe

Cihongo_dapperLe masque CIHONGO est le pendant masculin du masque PWO.
Leur proximité stylistique est évidente dans le traitement des traits du visage : le grand front bombé, dégagé, marqué de la croix de Saint André, les oreilles ornées de boucles de métal, les yeux mi-clos et les marques de«larmes», la même forme du nez, la bouche aux dents épointées mise en valeur.
Le Cihongo est la représentation d'un esprit masculin évoquant puissance et richesse. C'est l'esprit d'un notable qui doit apporter prospérité au village et rendre justice.
Cihongo180_dapperAutrefois, seul le chef ou le fils du chef pouvait porter le Cihongo. Ces masques sont surmontés d’un couvre-chef en forme d'éventail, orné de plumes.
Le danseur portait des crécelles afin de rythmer sa danse.
Son costume était composé d'une combinaison en raphia tricoté avec des manches longues et des collants. Par dessus, une jupe en fibres rythmait ses mouvements.
Cihongo_tervIl effectuait des tournées de danse et tout comme le masque Pwo, il récoltait ainsi de nombreux dons de la part des villageois.
Ce dernier masque, particulier, n'est pas en bois mais en résine et fibres végétales.
Photo 1 : ©Musée Dapper - Hugues Dubois
Photo 2 : ©Musée Dapper
Photo 3 : ©The Royal Museum for Central Africa (Tervuren) - Roger Asselberghs

Le masque PWO chez les Tshokwe

Pwo_washington Le masque PWO chez les Tshokwe, masque de danse, combine l'évocation de l'idéal féminin et la représentation d'une ancêtre veillant sur la fécondité.
Portrait idéalisé qui met l'accent sur la jeunesse et la beauté féminine.
Celui-ci est remarquable avec ces deux grands cercles blanchis au kaolin soulignant des yeux mi-clos, finesse de la coiffure en fibres tricotées, finesse des traits...
Le danseur du masque Pwo entretenait avec son masque un rapport si étroit qu'il recouvrait l'idée de mariage mystique. Ainsi, devait-il donner au sculpteur un anneau de cuivre pour le payer comme on le faisait de manière symbolique dans l'«achat» d'une fiancée.
À la mort du danseur, le masque était enterré avec lui.
Pwo_dapper Des qualités esthétiques frappantes pour ce masque : une croix de Saint André marque le front évoquant peut-être les 4 points cardinaux surmontée d'une ligne fermée par deux cercles en ses extrémités (symboles du soleil levant et du soleil couchant??), une perruque de tresses à l'arrière dégage le visage, les dents épointées sont à peine évoquées.
Toujours porté par un homme, celui-ci arbore un costume féminin avec des seins postiches, une jupe.
Il danse, mais ne se produit jamais avec son pendant masculin : le masque Cihongo.
Barb_m_mwanaphwevoOn peut rapprocher stylistiquement ces masques des masques Mwana Phwevo chez les Lwena, ethnie du Nord de l'Angola et de la Zambie, proche des Tshokwe (mais il n'y a aucune certitude quant à la parenté de ces masques). Ce dernier présente les mêmes caractéristiques, finesse des courbes et lignes du visage, croix de Saint André, perruque; quelques larmes...comme le précédent masque. Il pourrait représenter la figure mythologique d'une femme morte jeune et sa danse évoquerait la douleur de cette perte.
Photo 1 : ©Washington Museum
Photo 2 : ©Ancienne collection Kerels - Editions Dapper
Photo 3 :©Musée Barbier-Mueller

Les Tshokwe

Berlin_africa267_1Les Tshokwe (ou Chokwe) peuplent une vaste région à la frontière entre l’Angola et la République Démocratique du Congo. (cf. carte dans Tshokwe_Photos et pour une vue générale, la carte de la note Les Arts du Bassin du Congo).
Ce sont des agriculteurs et des chasseurs. Aujourd'hui on dénombre environ 500 000 Tshokwe.
Leur histoire est proche de celle des Lunda dont ils ont conquis le territoire à la fin du XIXème siècle.
Le héros mythique civilisateur des Tshokwe est Tshibinda Ilunga.
(Rappelez-vous chez les Luba, c'est son père Kalala Ilunga qui a tué l'affreux oncle Nkongolo). Donc Tshibinda est d’origine Luba et fut le fondateur de la dynastie Lunda par son union avec une princesse originaire de cette ethnie.
Ce serait de la rebellion de quelques chefs Lunda que serait issu le peuple Tshokwe.
À travers les Lunda, Tshibinda Ilunga aurait apporté de nouvelles techniques de chasse (chasse à l’arc, fabrication de lances). Il serait également crédité de magie en sachant attirer le gibier et protéger les chasseurs des grands prédateurs.
Tshibinda_ilunga_porto_1On retrouvera donc dans sa représentation ou plus généralement dans celle d'un chef, les caractéristiques d’un homme puissant. Grands pieds, grandes mains… parce qu'il est capable de courrir pendant des heures... Un bâton à la main, auquel sont suspendus des charmes de chasse et de l'autre un fusil à silex (importé en pays Tshokwe à la fin du XVIIIème siècle, début du XIXème). Parfois c'est une corne emplie de substances magiques qu'il tient en référence à ses dons pour la magie.
La tête est ornée d'une haute coiffure cheffale cérémonielle avec des ailettes.
Mortier_porto_t_lopesL'art Tshokwe se caractérise par sa grande diversité :
de très beaux masques en bois ou en fragile résine, des regalia (dont font partie des pipes richement décorées, des mortiers pour contenir du chanvre (fig. ci-contre), des sceptres ornés de figures de chef, des sièges sculptés...), mais aussi de petits objets tels des sifflets, et une abondante statuaire représentant des chefs ou des femmes de chef dont on ne connaît pas vraiment la fonction, toujours dans un bois de couleur sombre.
Remarquez les mains stylisées et puissantes de la femme de chef représentée en début de note, stature à l'image de celle de Tshibinda Ilunga... Toute la sculpture Tshokwe n'inspire que puissance et massivité.
Photo 1 : ©Staatliche Museen zu Berlin, Preussischer Kulturbesitz, Museum für Völderkunde
Photo 2 : ©Instituto portugués de museus, Lisbonne
Photo 3 : ©Casa Museu Teixeira Lopes, Casa municipal de Vila Nova de Gaia, Porto

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