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15 septembre 2006

Commentaires

holbein

Ces objets sont donc des margelles de puits en bois où la corde a creusé des sillons. Ces bois étaient donc disposés horizontalement, à l’origine. Ils ont été basculés à 90°, mis sur des socles et rassemblés pour être montrés.
Je trouve ça très beau, mais d’une beauté qui n’est pas uniquement liée à la forme. Le passage du temps a laissé des traces. Des traces humaines. Et puis il y a l’aléatoire : des bois “sculptés” de main d’homme, à l’aide d’un outil, la corde, sans que ce soit l’intention.

Cette galerie est une galerie “d’arts premiers”: elle présente des “objets témoins de l’art rituel et traditionnel africain” ainsi que des “objets vestiges des cultures anciennes de l’Afrique” (cf. site). Par contre, ces belles pièces que sont les margelles de puits sont des objets d’art créés pour être des objets d’art, et uniquement (équivalents à ceux que l’on peut voir dans les galeries d’art contemporain, par exemple). On parle toujours “d’arts premiers” dans ce cas, comme le fait la Galerie Noir d'Ivoire ?

yvan

Je ne pense pas qu'un objet de ce type, surtout si les cordes laissent leurs traces, ait pu être créé comme objet d'art au sens occidental du mot.Cela ne signifie nullement qu'il n'y ait aucune reconnaissance du beau dans les cultures qui l'ont produit,mais pas au sens de notre esthétique qui tire ses effets de l'exposition et de la contemplation.S'il y a beauté dans les objets "d'arts premiers" c'est plutôt au sens de "beauté agissante",mêlant plusieurs valeurs: on ne peut séparer le beau, de l'utile, du bon etc...Ce qui était d'ailleurs le cas dans la Grèce antique.Nous plaquons une esthétique ethnocentrique en oubliant qu'elle est elle même le produit d'une histoire, comme l'ont montré les travaux de Benjamin, Leiris ou plus récemment Danto sur la "transfiguration du banal".A partir du pop art et du ready made,est oeuvre d'art ce qui relève d'une décision: Par ce "fiât ars!" . l'objet est mis en scène, il est destiné à la contemplation (galeries, musées). Par conséquent, le regard du spectateur n'est plus le même que celui qu'aurait le sujet à l'égard d'un objet non exposé mais du même genre que celui qui est présenté dans une galerie ou dans un musée.
Je ne déplore d'ailleurs ,ni ne condamne en rien, cette esthétique: elle est simplement relative à un moment de notre histoire mais ne ne peut donc être appliquée aux autres cultures sans précaution..C'est ce que je veux montrer par une étude sur les "BATEBA" LOBI dans l'inspiration du concept d'ethno-esthétique de Leiris.

holbein

Ces objets "margelles de puits" sont très touchants pour ce qu'ils ont été. La question que je posais était finalement double : le détournement d'objets mais aussi le problème de la définition de ce que sont les "arts premiers".
Pour ce qui concerne le détournement d'objets (qui est à la fois une pratique de l'art occidental née au XXème siècle, mais également, il me semble, une pratique africaine plus liée à la pénurie, au recyclage économique comme ce que l'on voit actuellement à Cuba). Mais ici, dans cette oeuvre, c'est une pratique de la version "occidentale" qui est retenue, je crois. On utilise des objets du quotidien, ayant eu d'autres fonctions, pour en faire des oeuvres d'art montrées dans des galeries d'art. Le basculement à 90° que je signalais n'est pas neutre, d'ailleurs, car ce basculement à 90° est lié à la création du 1er (?) ready made de Marcel Duchamp, lorsqu'il a acheté une pissotière, qu'il l'a signée et qu'il l'a basculée à 90° avant de l'exposer. Historiquement, ce geste est fort. Fondateur, comme on dit...

Ce que me disait Lyliana, en privé, sur les masques dissociés des costumes est intéressant et pose vraiment le problème : “(Évoquons) le cas pratiquement de toutes les oeuvres d'art premier où la fonction n'est plus. Pratiquement pour tous les masques on a perdu le costume parce que cela faisait "moche" et je sais que pour un Africain , le masque sans costume n'a aucun sens, comme la statuette sans la charge magique.”

La définition de ce que serait une oeuvre d’art mérite toujours qu’on s’y attarde, car cette définition, s’il en est une, est sans cesse rattrapée par l’actualité, a la nécessité de se réactualiser régulièrement et les outils de pensée liés à la définition du Beau, à la notion de Sublime ou à celle du goût et de la délectation manquent maintenant d’efficacité et n’ont plus de prise réelle sur les objets d’art qui apparaissent (j’ai prévu de placer, après demain sur l’espace-h un billet présentant une oeuvre qui me semble être une des plus dérangeantes que j’aie jamais rencontrées et qui pose le problème de cette définition de l’oeuvre).
Évidemment la référence à Danto s’impose (on l’avait déjà évoquée dans un précédent commentaire chez Lyliana) mais également à Nelson Goodman. Mais ça ne résoud pas véritablement le problème. Disons que Danto contribue à le cerner un peu plus…
Pour revenir aux arts non occidentaux, on a effectivement intérêt à faire preuve de précautions pour tenter d’éviter toute dérive ethnocentrique.

Lyliana posait deux questions :
“Mais qu'en est-il d'un patrimoine récent d'objets (sacrés ou profanes) ??? Comment des Africains se réapproprient-ils une tradition ?” .

Là, ce n'est plus mon domaine... ;-)

yvan

Je me permets de vous remercier pour ce commentaire et ce débat de qualité.
Je pense que nous sommes d'accord sur l'essentiel.. Ce que vous dites du détournement(et de la sélection) des objets est significatif.Paradoxalement c'est la chance du collectionneur qui s'interesse par exemple aux masques ou objets de pouvoir.On en trouve encore à des prix accessibles parce qu'ils sont rebutants avec leur patine sacrificielle,ce qui n'est pas le cas d'un masque Pounou ou Baoule(sans son feuillage!).
D'accord également sur l'usure des catégories esthétiques mais ce n'est peut être vrai que de l'Afrique et donc pas de tous les "arts premiers"(concept totalement flou).Je m'interesse en ce moment au concept de "beauté agissante" qu'on trouve encore en acte chez les Aborigènes ou dans les peintures de sable Navajo.

Louvre-passion

intéressant débat à propos de ces objets usuels qui se retrouvent "objets d'art" dans une galerie. Qu'en aurait pensé ceux qui les fabriqués puis utilisés ?

François

Dans le cas présent, il est certain, que les générations de nomades qui se sont succédées au labeur à ces margelles, n’auraient pu prévoir que celles-ci deviendraient un jour, pour nous, des œuvres d’arts !

laurence

Sait-on qui a placé ces margelles sur des socles ? Le galeriste ?

Lyliana

Je le suppose... mais je n'en sais pas plus.

yvan

Peut être en echo à ce debat faut il relire ce que disait M.LEIRIS:
"Toutefois, la question de la valeur esthétique de l'objet dans son contexte originel doit être examinée, car on ne saurait sans égocentrisme le considérer comme "objet d'art" s'il n'était tel que pour nos propres regards".

holbein

Tout à fait d'accord avec vous et avec Leiris.
D'autre part, votre concept de "beauté agissante" m'intrigue...

yvan

Ce concept opératoire sera le fil conducteur de mes billets à venir sur la sculpture lobi et surtout sur les peintres aborigènes et les "chanteurs" navajo. On peut partir d'une constatation:
l'Occident a réduit la fonction de l’art à un ordre seulement esthétique, surtout à partir de l'esthétique kantienne». Or d'autres cultures établissent un lien (à penser) de parenté entre la santé et la peinture.» chez Les Indiens Navajo, par exemple, «Hozho», , signifie «beauté» et «santé». Et leurs «hommes-médecine» -appelés, dans leur langue, des «chanteurs» -réalisent des peintures de «guérison» destinées à favoriser l'avènement de cet état équilibré de«beauté-santé»,«quand tout est à sa juste place".


C'est ce que je voudrais explorer

casoual

Ton blog stimule mon esprit nomade, merci, Lyliane.
CSA

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